Publié par Annika le 5 février 2018

Je lis régulièrement les médias français, et suis indignée par leur parti-pris unilatéral et anti Donald Trump. Il semble que les journalistes français citent principalement les opinions et textes publiés dans le New York Times.

Il est donc pertinent que les Français soient également informés du fait que le New York Times est depuis 2015, tombé en disgrâce.

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J’ai traduit le texte qui suit pour aider les Français qui ne lisent pas l’anglais.

Annika

 

Michael Goodwin*The New York Post.

Ce qui suit est adapté d’un discours prononcé le 20 avril 2017 à Atlanta en Géorgie, lors d’un séminaire national sur le leadership du Hillsdale College.

Je suis journaliste depuis longtemps. Assez longtemps pour savoir qu’il n’en était pas toujours ainsi. Il n’y a pas si longtemps, les journalistes étaient dignes de confiance et admirés. Nous étions généralement jugés capables de diffuser des nouvelles impartiales et honnêtes. Aujourd’hui, tout ceci a changé. En l’occurrence, on peut blâmer l’élection de 2016 ou, plus précisément, accuser la manière dont certains médias ont choisi de reporter les élections. Entre autres nouveautés, l’élection de 2016 donna l’impression effarante que les principaux organes de presse placent deux pouces sur la balance –et que la plupart de leurs textes sont faussés par un parti-pris délibéré et antagoniste. Je n’avais jamais rien vu de tel.

Bien évidemment, la plupart des journalistes voulaient faire couler un président à condition qu’il soit Républicain

La plupart des journalistes ont une sensibilité de gauche, ce n’est pas vraiment une nouveauté. J’ai moi-même eu un penchant pour la gauche. J’ai grandi au New York Times, et donc je connais bien cette espèce humaine. Pour la plupart des médias, le parti-pris est né de la révolution sociale des années 1960 et 1970. Alimentés par les droits civiques et les mouvements anti-guerre du Vietnam, les médias ont suivi ce mouvement anti-autoritariste au sens large. Cette entente a été confirmée avec le Watergate, quand le journalisme fut perçu comme étant plus fiable que le gouvernement, et beaucoup plus passionnant et glamour. Pensez à Robert Redford dans «All the President’s Men». Depuis, les jeunes sont devenus journalistes parce qu’ils voulaient être les prochains Woodward et Bernstein, trouver une gorge profonde et provoquer la chute d’un président. Bien évidemment, la plupart d’entre eux voulaient faire couler un président à condition qu’il soit Républicain. Le fait est que le progressisme est par dessein le produit inévitable du journalisme.

Pendant mes années d’enseignement à la Columbia University School of Journalism, j’ai souvent dit à mes élèves que le travail du journaliste était de «réconforter les affligés et d’affliger le confort». Je ne sais plus où j’ai entendu cette phrase, mais elle reflète la manière dont la plupart des journalistes perçoivent leur métier. Si l’on transpose la première partie de cette idée empreinte de compassion dans les délibérations quotidiennes qui déterminent l’information, il est facile de prendre l’habitude d’estimer que chaque personne affectée par un mal doit être aidée. Ou, comme les progressistes aiment à le dire, «Le gouvernement c’est ce que nous entreprenons ensemble.» A partir de là, on arrive vite à conclure que tout problème a une solution gouvernementale.

Le reste de cette éthique journalistique –«affliger le confort»– conduit au soutien systématique d’interminables taxations gouvernementales. Quelqu’un devra payer pour l’intervention étatiste voulue par les médias. Dans le même ordre d’idées et pour la même raison, le journaliste moyen soutiendra toutes les réglementations imaginables afin d’égaliser les conditions de vie des pauvres. Il accordera aussi une couverture médiatique compatissante à des groupes tels Occupy Wall Street et Black Lives Matter.

J’étais conscient de l’état d’esprit des médias à l’aube de la campagne présidentielle de 2016. Mais fus malgré tout choqué par ce qui est arrivé. Ce n’était pas du progressisme soudainement fou furieux, c’était une toute nouvelle conception de la politique. De nos jours, personne n’avait jamais rien vu de tel.

Une nouvelle dimension

Quelque chose d’extraordinaire s’est produit. Trump dominait une campagne qu’aucun expert ne soupçonnait qu’il puisse gagner, et soudain, le voilà qui gagne

Tout comme pour le deuil, il y a eu plusieurs étapes.

  • Au départ, la candidature de Donald Trump fut traitée comme un coup de pub délirant, comme s’il n’était pas un candidat sérieux et méritait d’être accueilli comme un artiste de cirque.
  • Puis les dirigeants de la télévision firent une découverte surprenante : plus ils mettaient Trump à l’antenne, plus leur indice d’écoute augmentait. L’audimat, c’est de l’argent. Dès lors, les émissions d’informations ont décidé de consacrer des heures et des heures à pointer les caméras sur Trump et à les laisser tourner.
  • Au fur et à mesure que ses meetings politiques croissaient, la couverture médiatique augmentait, donnant lieu à une dynamique singulière. Le candidat que personne dans les médias ne prenait au sérieux attirait le plus grand nombre de monde à ses rassemblements et obtenait le plus de couvertures médiatiques.
  • Les journaux se sont aussi mis de la partie. Trump, contrairement à la plupart de ses adversaires, était toujours disponible pour les médias, et on pouvait compter sur lui pour dire quelque chose de scandaleux ou polémique qui faisait la une des journaux. Il a fait la une en se donnant en spectacle.

Malgré les moqueries des journalistes et des comiques de fin de soirée, quelque chose d’extraordinaire s’est produit.

Trump dominait une campagne qu’aucun expert ne soupçonnait qu’il puisse gagner, et soudain, le voilà qui gagne.

Ce n’est que lorsque le camp surpeuplé des candidats Républicains diminua, et que Trump multiplia les victoires à l’élection primaire, et aux caucus, que le ton des médias devint plus grave.

Une étude a révélé que le temps d’antenne gratuit dont Trump bénéficia était tellement élevé que s’il avait dû le financer, le coût global se serait élevé à 2 milliards de dollars. Quand les dirigeants, producteurs et journalistes prirent conscience qu’ils avaient contribué à la montée en puissance de Trump, ils en étaient furieux ; une fois l’investiture obtenue, suivie par les élections générales, Trump entra alors dans leur ligne de mire. Seuls deux candidats pouvaient désormais devenir présidents, et l’écrasante majorité des médias convinrent que ça ne devait pas être Donald Trump, et qu’ils se chargeront de le faire perdre. La médiatisation de ses propos devint alors tellement vicieuse et partiale que j’ai consacré une chronique en août dernier à ce parti-pris inédit et sans précédent. Sous le titre «American Journalism Is Collapsing Before Our Eyes» (Le journalisme américain s’effondre devant nos yeux), j’ai écrit que la prétendue crème de-la crème des médias «exhibait un étalage de partisanerie éhontée», conçu pour enterrer Trump et élire Hillary Clinton.

Le New York Times n’a pas recommandé un Républicain au poste de président depuis Dwight Eisenhower en 1956

L’évidence d’un parti-pris était à la une, en dernière page, dans les pages culturelles et même dans les pages sportives. On le retrouvait en début et fin d’émissions aussi bien télévisées que radiophoniques. Jour après jour, dans tous les supports médiatiques d’Amérique, Trump a été attaqué comme de mémoire aucun autre candidat. Nous avons assisté à un effondrement total des normes. Impartialité et équilibre ont été jetés par-dessus bord. Chaque témoignage était une opinion déguisée en information, et chaque opinion allait dans la même direction– en faveur de Clinton et loin de Trump.

Je blâme principalement le New York Times et le Washington Post d’avoir provoqué cette débâcle. Ces deux principaux journaux progressistes ont tenté de se surpasser l’un l’autre dans leur diabolisation de Trump et de ses sympathisants. Ils ont donné le ton, et la plupart des autres médias ont suivi comme des moutons.

  • D’une part, un examen plus minutieux de Trump était clairement défendable. Il avait une carrière et un mode de vie polémiques, et pour sa toute première fonction au sein du gouvernement, il aspirait à la présidence. Il avait également mis de l’huile sur le feu avec des paroles et actions choquantes durant la campagne.
  • D’autre part et depuis le début, il y avait aussi un deuxième facteur à prendre en compte pour expliquer cette couverture médiatique déséquilibrée. Le New York Times n’a pas recommandé un Républicain au poste de président depuis Dwight Eisenhower en 1956, ce qui signifie que le NYT pourrait soutenir un chien mort pourvu qu’il soit Démocrate. Ainsi le NYT aurait soutenu George McGovern plutôt que Richard Nixon ? Jimmy Carter plutôt que Ronald Reagan ? Walter Mondale plutôt que Reagan ? N’importe quel Démocrate ferait l’affaire. Et le Washington Post, quant à lui, n’a jamais au grand jamais recommandé un Républicain au poste de président.

Mais je tiens à souligner une nouvelle fois que 2016 avait ces éléments prévisibles, ainsi qu’une tout autre perspective. Cette fois-ci, les journaux ont laissé tomber le prétexte d’impartialité et se sont jetés tête baissée dans le giron d’Hillary Clinton. Le journaliste du Times s’est exprimé ainsi :

« Si vous êtes journaliste actif, et estimez que Donald J. Trump est un démagogue qui se joue des pires tendances racistes et nationalistes de la nation, qu’il est à l’aise avec des dictateurs antiaméricains, et qu’il serait dangereux que Trump soit aux manettes des codes nucléaires américains, comment diable êtes-vous censé parler de lui ? »

Après avoir lu cette introduction, je me suis dit la question était simple. Si telle est votre opinion [de Trump], l’éthique journalistique vous dicte normalement de ne pas parler de lui – car vous ne pourriez pas être impartial. Et puisque vous avez déjà décidé qui devrait être président, vous ne devriez pas non plus couvrir Hillary Clinton. Il vous serait préférable de parler de sport ou de spectacle. Le journaliste du Times justifia finalement le parti-pris indéniable qu’il venait d’admettre, en faisant valoir son propre point de vue– que Clinton était «normale» et que Trump ne l’était pas.

J’ai déploré cette conception dans son ensemble. Qu’est-il advenu de l’impartialité ? Qu’est-il advenu des normes ?

Je vais vous dire ce qu’il en est advenu. Le rédacteur en chef du Times, Dean Baquet, les a supprimées.

Lors d’une interview réalisée en octobre dernier à Harvard avec la Nieman Foundation for Journalism, M. Baquet a admis que l’article de son reporter reflétait très exactement son opinion personnelle. Trump «a remis en question notre langage», a-t-il dit. «Trump aura changé le journalisme». En ce qui concerne le travail quotidien en vue d’impartialité, Baquet dit ceci : «Je pense que Trump a mis fin à cette quête… On dit des tas de choses. On les fait vérifier. On écrit d’une façon plus percutante puisque [ce qu’il dit est] faux.»

Baquet était trop modeste. Trump est un provocateur, certes, mais c’est Baquet qui a changé le journalisme. C’est lui qui a décidé que les normes d’équité et d’impartialité devaient être abandonnées sans conséquence.

En prenant cette décision, Baquet modifia également la formule de base des reportages.

En plus des questions classiques qui, quoi, quand, où et pourquoi, il fit aussi valoir l’opinion du journaliste. Dès lors, les vannes se sont ouvertes, et pratiquement tous les pseudo-articles de presse ont fait preuve d’un parti-pris très net contre Trump. Les témoignages, les photos, les gros titres, le positionnement dans le journal– tous les outils dont disposent les rédacteurs et les éditeurs– furent mobilisés. Le but était de désigner le prochain président.

Dès lors, se déclencha, et se poursuit encore aujourd’hui, une recrudescence d’articles, dans lesquels le Times traite fréquemment Trump de menteur dans ses pages d’info et ses gros titres.

Je me permets de rappeler que le contraste avec le passé est flagrant.

je tiens à préciser que le comportement de la plupart des médias, mais surtout du New York Times, était une honte

Le Times n’a jamais traité Barack Obama de menteur, malgré les opportunités manifestes telles que «Vous pouvez garder votre médecin» [avec Obamcare] et «L’attaque de Benghazi a été causée par une vidéo sur Internet». En effet, le Times et le Washington Post, ainsi que la plupart des journalistes invités dans la salle de presse de la Maison-Blanche, ont passé huit ans à applaudir l’administration Obama, ne relevant ni corruption ni ne serait-ce qu’une brindille de malhonnêteté. Ils ont été plus sévères envers Hillary Clinton au cours de sa longue carrière. Mais ils ne l’ont jamais traitée de menteuse, malgré ses inepties telles que «J’ai installé mon propre serveur informatique pour n’avoir besoin que d’un seul appareil», «J’ai fourni tous les emails au gouvernement» et «Je n’ai jamais envoyé ou reçu de courriels classifiés». C’était des mensonges, mais pas pour les organes de presse nationaux. Seul était de bonne guerre d’accuser de mensonge les déclarations de Trump.

Ainsi que nous pouvons le constater, la plupart des médias sont passés à côté de l’attrait qu’a Trump pour des millions et des millions d’Américains. Les préjugés à son encontre ont aveuglé ces organes de presse sur ce qui se passait dans le pays. Encore plus surprenant, je pense que le parti-pris et l’hostilité [des médias] envers Trump se sont retournés contre eux. Le sentiment que l’élection était, en partie, un référendum sur les médias, a donné à certains électeurs un motif supplémentaire pour voter Trump. Un vote pour Trump devint alors un vote contre les médias et contre Washington. Ce n’est pas un hasard si Trump tira profit de ce sentiment, lorsqu’il attisait ses foules en lançant des menaces aux journalistes. Il fait de même jusqu’à ce jour.

Dans le but d’être parfaitement clair, je tiens à préciser que le comportement de la plupart des médias, mais surtout du New York Times, était une honte. Je ne crois pas que ce journal parviendra jamais à regagner la confiance du public.

La renommée précédemment acquise par le Times, et basée sur ses excellents critères de qualité est légitime. Ces normes avaient été élaborées au fil des décennies afin de contraindre les reporters et rédacteurs en chef à se montrer objectifs, et à gagner la confiance du public. Cet engagement en faveur de l’équité fit du New York Times le fleuron du journalisme américain. Mais les normes sont comme des lois, conçues pour guider nos comportements dans les bons comme dans les mauvais moments. Le respect rigoureux de ces principes fut la source de la crédibilité du Times. La suppression de ces principes a rendu ce journal pire qu’ordinaire.

De nos jours, la seule règle au Times est la règle du deux poids, deux mesures.

Je vous dis ceci avec une grande tristesse.

J’ai eu la chance de grandir au Times, d’obtenir un emploi de bureau dès que j’ai fini l’université et de me frayer un chemin jusqu’à l’équipe de rédaction où j’ai travaillé pendant dix ans. Au cours de cette période formatrice de ma carrière, j’ai appris la plupart de ce que je sais en matière de reportage et de rédaction. Hélas, c’était alors un journal bien différent. A cette époque-là, Abe Rosenthal était le rédacteur en chef, et longtemps avant que l’expression «politique de tolérance zéro» ne devienne monnaie courante, c’était précisément ce à quoi Abe souscrivait en matière de conflits d’intérêts et d’opinions de journalistes. Il avait instauré les règles [journalistiques] et tout le monde le savait.

Je vais vous conter une histoire vécue et comment Abe Rosenthal avait résolu un conflit d’intérêts.

Une jeune femme qui travaillait pour l’un des journaux de Philadelphie avait été embauchée par le Times. Mais peu après son arrivée à New York, une rumeur s’était répandue à Philadelphie selon laquelle cette femme aurait eu une affaire de cœur avec un politicien sur lequel elle avait écrit des reportages ; elle aurait accepté de sa part un manteau de fourrure ainsi que d’autres cadeaux onéreux. Lorsqu’Abe découvrit cette affaire, il appela la femme dans son bureau et lui demanda si c’était vrai. Quand elle lui répondit oui, il lui dit d’aller vider son bureau– que sa carrière au Times était terminée et qu’elle n’y travaillerait jamais plus.

Cette nouvelle se répandit vite dans la salle de presse ; quelques reporters prirent parti pour la jeune femme et se rendirent hâtivement dans le bureau d’Abe pour lui faire savoir que son licenciement était trop sévère. Il les écouta pendant 30 secondes, leva la main pour faire silence et dit [ses paroles sont vaguement édulcorées] :

«Je me fiche que vous ayez une liaison romantique avec un éléphant pendant vos loisirs, mais si c’est le cas, vous ne pouvez plus couvrir les numéros de cirque pour ce journal». Affaire classée. La politique sur les conflits d’intérêts était claire, incontestable et inoubliable.

Abe avait une vision semblable en ce qui concerne les opinions personnelles [des journalistes]. Abe n’en voulait pas dans les bulletins d’info. Et si leurs points de vue étaient par malheur insérés, Abe les éliminait. L’opinion des journalistes appartenait exclusivement aux pages d’opinion –un département géré séparément. Il affirmait que puisque les journalistes sont plus enclins au gauchisme, et trouveraient moyen de glisser discrètement leurs opinions personnelles dans leurs reportages, il lui fallait diriger le Times légèrement vers la droite. «De cette façon le journal se retrouvera au centre» [de l’échiquier politique] disait-il. Il était renommé pour ce trait de caractère qu’il résumait en termes simples «Je me dois de garder ce journal respectable». Il avait même indiqué que son épitaphe devrait dire : «Il a tenu un journal respectable.» Comme beaucoup de gens, je croyais qu’il plaisantait. Après avoir détaillé ce qui précède dans une tribune l’année dernière, sa veuve me contacta pour me confier que ce n’était pas une plaisanterie –et que la pierre tombale d’Abe disait bien : «Il a tenu un journal respectable.» Comme preuve, elle m’en fit parvenir une photo. J’ai publié la photo de sa pierre tombale dans une chronique où j’excoriais le Times pour sa couverture électorale. Malheureusement, les exigences rigoureuses du Times furent enterrées avec Abe Rosenthal.

Regard vers l’avenir

Il nous faut aborder les questions cruciales.

  • Les médias américains peuvent-ils être remis sur les rails ?
  • En tant que citoyens, que pouvons-nous faire pour changer cette situation ? La réponse est simple : «Non, ça ne sera pas possible.»

L’élection de 2016 a été le moment Humpty-Dumpty des médias [Humpty-Dumpty est le personnage homme-œuf d’une ancienne comptine anglaise]. « Humpty Dumpty sur un muret perché, Humpty Dumpty par terre s’est écrasé. Tous les chevaux et soldats du roi ne purent le remettre à l’endroit ».

L’année 2017 nous a confirmé que les normes journalistiques ont bel et bien trépassé. L’orgie de haine viscérale anti-Trump se perpétue sans relâche.

Il faut cependant reconnaître que le futur du monde du journalisme n’est pas si sombre. Si en pratique nous assumons cette situation de partialité généralisée, et exploitons le potentiel qui en découle, il y a lieu d’être optimiste. Il convient de noter les résultats de cette élection ; à savoir que l’Amérique est divisée à parts égales entre ceux qui voteront pour un Démocrate, et ceux qui voteront pour un Républicain. En revanche, nos médias nationaux sont plutôt favorables aux démocrates (80-20). Alors que les médias devraient, en théorie, refléter largement le public, ce n’est pas le cas. Trop d’entre eux agissent comme un groupe de pression. Indifférents au bien commun, les médias ont pour but de favoriser leur propre intérêt ainsi que celui du parti politique sur lequel ils s’alignent.

L’optimisme de Ronald Reagan est parfois exprimé dans une anecdote—certes apocryphe—mais néanmoins séduisante : il serait entré dans une grange remplie de fumier de cheval et fit remarquer, avec enthousiasme, qu’il devait bien y avoir un cheval [qui se cache] quelque part.

Je vous invite à examiner l’environnement médiatique de cette même façon : le décalage entre les médias grand public, et les sensibilités du public, signifie qu’il existe un vaste marché encore inexploité—sur des sujets et points de vue qui sont actuellement absents des médias. Pour en tirer parti, nous n’avons besoin que de trois ingrédients, et ces derniers existent déjà :

  • premièrement, la liberté de paroles ;
  • deuxièmement, le capitalisme et le marché libre ;
  • et troisièmement, vous, les consommateurs de news.

il est devenu presque impossible de faire taire toute la dissidence et d’exercer un monopole, bien que Facebook et Google tentent assurément de le faire

La liberté de paroles fait l’objet de représailles dans de nombreux campus universitaires, et aussi dans les organes de presse qui présentent un point de vue conforme à leur public, et obtiennent en échange un public politiquement isolé. Voyez la section courrier des lecteurs du New York Times—pratiquement tous les lecteurs qui se prononcent sont d’accord avec les opinions du journal. Ce n’est pas un miracle—c’est une bulle. Il fut un temps où les gens de gauche se plaisaient à dire : «Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire». On n’entend plus la gauche parler ainsi. De nos jours, si vous ne partagez par leur avis, ils veulent vous faire taire. Et ils y parviennent quelque peu.

Mais il existe une force compensatrice. On l’a constaté cet hiver lorsque la gauche organisa les boycotts des grands magasins qui vendent la ligne de vêtements et bijoux d’Ivanka Trump. Nordstrom baissa les bras face à cette menace, mais les partisans de Trump se mobilisèrent sur les réseaux sociaux et l’entreprise Ivanka obtint ce mois-là son meilleur chiffre d’affaires. J’ai ce schéma en tête pour les médias—un schéma semblable à celui du lancement de Fox News. Rupert Murdoch estimait qu’il y avait un marché inexploité pour une chaîne d’info plus objective et équilibrée, et il recruta Roger Ailes pour la lancer, il y a plus de vingt ans. Ailes trouva bel et bien un marché de niches : la moitié du pays !

Les progrès fulgurants dans le domaine de la technologie sont aussi un atout pour la liberté d’expression. Grâce à une multitude de choix, il est devenu presque impossible de faire taire toute la dissidence et d’exercer un monopole, bien que Facebook et Google tentent assurément de le faire.

Quant à la sauvegarde du capitalisme, regardez autour du monde.

Les nations sans liberté économique ont généralement peu ou pas de dissidence. Ce n’est pas une coïncidence. En ce sens, j’ai un souvenir rémanent du mouvement Occupy Wall Street. Ce mouvement fut un véritable fléau, encouragé par le président Obama et d’autres qui considèrent la richesse matérielle des citoyens comme un délit contre le bien commun. Cette attitude se manifesta clairement lorsque les manifestants brandirent leur iPhone pour exiger la fin du capitalisme. Comme je l’ai écrit à l’époque, croyaient-ils que Steve Jobs fabriquait chaque Apple un par un dans son garage ? Ne savaient-ils pas que les marchés financiers améliorent plus la vie du grand nombre que tout autre système ? Ils en étaient complètement ignorants. Tout comme nombre de fonctionnaires qui pensent qu’ils peuvent tuer la poule aux œufs d’or tout en continuant à se procurer des œufs d’or.

Ce qui m’amène au troisième ingrédient indispensable pour définir notre avenir. Le troisième ingrédient, c’est vous.

Je vous demande instamment de soutenir les médias que vous préférez. Comme l’a dit un jour le grand écrivain et penseur Midge Decter : «Vous devez rejoindre votre camp.»

Ce n’est un secret pour personne que les journaux et les magazines subissent des baisses de lectorat, d’argent, et doivent licencier du personnel. Certains d’entre eux sont des journaux et magazines de qualité. Il y a aussi un bon nombre d’excellentes petites revues et sites web qui sont sérieux et réfléchis, et qui survivent avec un budget restreint. Ne les laissez pas périr. Abonnez-vous et contribuez financièrement aux médias que vous appréciez. Offrez des abonnements à vos amis. Joignez le geste à la parole et sortez votre portefeuille. Un environnement médiatique plus diversifié et qui reflète davantage la diversité des préférences du public permettra, à terme, de créer une arène politique et culturelle plus objective. Ce sera une bonne chose. Aussi je vous exhorte une nouvelle fois : rejoignez votre camp.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © et traduction, Annika pour Dreuz.info.

https://imprimis.hillsdale.edu/2016-election-demise-journalistic-standards/

 

*Michael Goodwin est le chroniqueur politique en chef du New York Post. Il est titulaire d’un Bachelor of Arts en lettres anglaises du Columbia College {Baccalauréat ès arts de 4 ans} et enseigna à la Columbia University Graduate School of Journalism. Avant de rejoindre le NYP en 2009, il était chroniqueur politique du New York Daily News, où il fut rédacteur en chef et réviseur de la page éditoriale, puis conduit son comité de rédaction à un prix Pulitzer. Auparavant, il avait travaillé pendant 16 ans au New York Times, d’abord en tant que commis, puis comme Chef du département couvrant les news sur le gouvernement de NYC. Il est co-auteur de «I, Koch» et rédacteur en chef de «New York Comes Back».

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