Publié par Gaia - Dreuz le 21 février 2018

Des baffes, des insultes, des enfants molestés et plaqués au sol : les réseaux sociaux tunisiens sont en émoi depuis la publication, dimanche 18 février, d’images filmées en caméra cachée montrant la maltraitance de jeunes autistes par leurs éducateurs. Tournée en caméra cachée dans un centre spécialisé d’Ariana, une banlieue au nord de Tunis, elle a provoqué l’ouverture d’une enquête ce lundi. Le journaliste à l’origine de la vidéo revient sur sa démarche.

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Les images ont été publiées ce week-end par le média en ligne Essada. Elles révèlent les violentes méthodes du personnel dans un centre d’aide aux enfants autistes d’Ariana. Sur la vidéo, on peut voir plusieurs séquences différentes. Dans l’une d’entre elles, une enseignante plaque un enfant contre le mur. Dans une autre séquence, une nourrice attache les mains d’un enfant et lui assène plusieurs coups sur la tête. Dans la dernière scène de la vidéo, un enfant est attaché à une chaise avec un vêtement et violenté.

“Tous les jours, sans exception, ces enfants se font battre”

Rashed El Khiari

Rashed El Khiari est directeur de la rédaction du site tunisien Essada.net. Il est à l’origine de la publication de cette vidéo. Il a raconté aux Observateurs les coulisses de son enquête.

Tout a commencé vers fin janvier 2018. Nous avions reçu plusieurs informations venant de fonctionnaires du centre nous indiquant qu’il y avait eu des abus de la part de membres du personnel en charge des enfants. Nous avons donc décidé de munir une de nos sources d’une caméra cachée pour voir de nos propres yeux ce qu’il se passait. L’enquête a duré près de quinze jours et chaque jour réservait son lot de surprises.
Au début nous comptions filmer pendant quelques jours seulement en espérant pouvoir capturer une preuve de ces abus. Mais face à l’ampleur des violences, nous avons continué l’enquête. Cela concerne les 120 enfants de ce centre d’autistes d’Ariana. Ces abus ne sont pas anecdotiques, ils sont systématiques. Tous les jours, sans exception, ces enfants se font battre. Ça peut être parce qu’un enfant demande à aller aux toilettes, dit qu’il a faim, ne comprend pas une consigne, se plaint… Comme nous a indiqué notre source, les coups et insultes se font devant l’administration du centre. Celle-ci ne réagit pas.”

“Des douches glaciales et des douches brûlantes”

Les enseignants pratiquent également des punitions corporelles encore plus humiliantes, comme les douches glaciales ou brûlantes. Ils agissent en toute impunité : les enfants ne pourront pas se plaindre à leurs parents car ils ne réalisent pas que ce qu’on leur fait est anormal. Certains ont par ailleurs des problèmes de langage et ne pourront pas formuler ce qui leur arrive. Cette vidéo n’est que la partie émergée de l’iceberg.
Nous avons choisi de ne pas communiquer ces informations aux autorités ou aux associations. Nous avons voulu mettre les autorités au pied du mur et éveiller les consciences. Si l’affaire avait été traitée différemment, elle serait passée plus discrètement. C’est une affaire d’autant plus choquante que ce centre est financé par plusieurs organisations étatiques et reçoit une aide annuelle de l’État de près de 800 dinars par élève (soit près de 270 euros).”

Sur les réseaux sociaux, la publication de cette vidéo a provoqué l’émoi. Certains parents ayant reconnu leurs enfants ont d’ailleurs porté plainte contre certaines éducatrices présentes sur la vidéo, d’après Rashed El Khiari.

À Tunis, de premiers rassemblements ont eu lieu sur la place de la Kasbah pour condamner les pratiques du centre.

Ce n’est pas la première fois que la Tunisie doit faire face à ce genre de scandale. En novembre 2017, le centre privé d’éducation spécialisée “Shems” à Al Mourrouj, au sud de Tunis, fermait ses portes après la diffusion d’une vidéo de l’agression d’un enfant.
Contacté par la rédaction des Observateurs, le ministère de la Femme, de la famille et de l’enfance n’a pas donné suite à nos questions.

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Dans un communiqué, le délégué général pour la protection de l’enfance, Mihyar Hamadi, a réagi à une séquence de la vidéo. Il a annoncé qu’une enquête judiciaire serait lancée ce lundi 19 février, qui devra déterminer de l’avenir du centre.

Source : France24.com

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