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Publié par Sidney Touati le 11 mars 2018

Avec ce nouveau film « la ch’tite famille », Dany Boon poursuit l’exploration d’une terre devenue étrangère, la France.

Boudée par la critique mais plébiscitée par le grand public, la ch’tite famille présente une France coupée en deux : celle d’un brillant architecte designer symbolisant le microcosme parisien et celle d’une pauvre famille du Nord, représentant un peuple livré à lui-même. Les deux univers vivent en vase clos, ne communiquent pas.

 

Dans « bienvenue chez les ch’tis » on trouvait également une opposition entre deux France, celle du Nord et celle du Sud. Mais s’il y avait coupure, il n’y avait pas rupture. Les deux France communiquaient, étaient reliées entre elles par le lien du travail et par un fond culturel commun. Une France bon enfant, qui se riait de ses différences, les cultivait, les aimait. Une France qui se perçoit sans la relation à l’autre, à l’immigré.

Dans « La chi’ite famille « , l’analyse est grinçante. Nous assistons à la confrontation brutale de deux mondes antagonistes : la pauvre famille du Nord perdue au milieu de nulle part, dans un parc à ferraille, et celle du milieu parisien branché qui évolue sur une autre planète, celle du luxe, des mondanités.

Les deux mondes s’ignorent. Plus grave, sont incompatibles et fonctionnent sur le refoulement, le rejet de l’autre. Ils ne peuvent ni échanger, ni communiquer dès lors qu’ils ne partagent aucune valeur, ne parlent pas la même langue. Ils n’ont ni histoire, ni tradition, ni passé communs.

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À travers l’amnésie traumatique du héros, Dany Boon fait le procès d’une France devenue amnésique

D’une part celle des élites, rendue malade par ses productions délirantes, dont la chaise à trois pieds est l’archétype. Une France qui ne tient pas, qui tombe, boîte, qui est grotesque dans sa suffisance, prête à aller jusqu’au crime, au vol pour conserver ses privilèges.

D’autre part, celle des pauvres. Une de ces familles ouvrières abandonnée, sacrifiée, qui tombe dans le sous-prolétariat et qui est elle-même en rupture avec ses origines, avec sa culture, au point d’en devenir quasiment folle. Le parc à ferraille où survit cette famille symbolise le monde ouvrier déclassé, mis au rebut de la société.

Voyez le personnage interprété par Pierre Richard totalement loufoque, déconnecté du réel.

Les deux univers que tout sépare ont un point commun : le vide, la bêtise, la folie.

L’un riche et superficiel, l’autre pauvre et affectif.

Deux France qui s’excluent, qui ne communiquent plus. Qui ne peuvent se parler car toutes deux sans culture : les riches bobos snobs sans racine sont dans une position symétrique de celle de cette famille pauvre qui a perdu sa culture ouvrière, qui ne communique plus qu’avec elle-même dans un langage des plus rudimentaires.

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L’amnésie qui frappe le héros est le propre d’une France incapable de reconnaître ses enfants, ses parents, une France défigurée qui en réalité n’existe plus.

Lorsque le héros se réveille, qu’il prend conscience des deux versants de son existence, il réalise que face au vide d’une France mutilée, tout est à construire.

Ne pas renier son passé et continuer à créer et à vivre dans le présent. Comment tenir les deux bouts de cette chaîne ? C’est l’amour qui va rendre possible cette reconstruction. La petite snob vaniteuse et superficielle comprend qu’elle doit faire sienne le passé, l’histoire de l’homme qu’elle aime. Elle apprend à parler Ch’ti.

Ce qui était objet de mépris et de honte, devient enrichissement. La vraie rencontre peut commencer.

Le film se termine par un feu d’artifice. Un hommage à Johnny Hallyday en qui toutes les France se retrouvent.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Sidney Touati pour Dreuz.info.

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