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Publié par Gaia - Dreuz le 16 mars 2018

Les quatre Suissesses ayant dénoncé récemment dans nos colonnes les abus de l’ancien professeur saluent l’ouverture d’une enquête indépendante.

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Elles n’y croyaient plus. Quatre mois après avoir osé briser le silence dans nos colonnes en dénonçant les abus du professeur Tariq Ramadan dans les années 80 et 90 à Genève, quatre de ses anciennes élèves réagissent à une décision de la cheffe du Département de l’instruction publique (DIP) prise dans la douleur. Ces Suissesses saluent l’ouverture d’une enquête indépendante autour de l’affaire Ramadan, élargie à d’autres cas jusqu’à nos jours.

«L’enquête aurait dû être ouverte bien plus vite, vu la gravité des faits que nous avons dénoncés publiquement en novembre. C’est scandaleux», s’exaspère Agathe*. Cette mère de famille a confié dans nos colonnes avoir consenti à quelques reprises des rapports sexuels avec son professeur, alors qu’elle avait 18 ans. Une expérience destructrice. Sommée de se taire, elle n’a jamais osé déposer plainte. Alerté à l’époque, le directeur du Collège de Saussure avait questionné le doyen Tariq Ramadan, lequel avait tout nié. L’histoire en était restée là. La jeune fille n’avait jamais été entendue.

Garantie d’anonymat

Plusieurs témoins de ces années-là pourraient être appelés à s’exprimer dans le cadre de la future enquête. Agathe s’y prépare aussi, dans la crainte. «Je veux bien témoigner, à condition d’obtenir la garantie stricte de l’anonymat.» Un avis partagé par nos autres interlocutrices, atterrées par les attaques dont est victime, sur les réseaux sociaux, l’une des trois Françaises qui a porté plainte pour viol contre l’islamologue.

Même sentiment de colère toutefois mêlé de soulagement pour Claire*. «Enfin une réaction politique forte! Cette enquête va pouvoir établir les faits sur les agissements de Tariq Ramadan», espère l’ancienne élève du Collège de Saussure. «Quand il nous invitait en tête à tête à déjeuner, on trouvait ça sympa, mais l’institution aurait dû être plus attentive à ce mélange des genres.» Une porte ouverte aux dérapages. C’est de cette façon que Claire affirme avoir été piégée, flirtant avec lui à l’âge de 17 ans, puis entretenant à l’âge de 18 ans des relations sexuelles avec ce charismatique professeur de français et de philosophie.

Au-delà du cas Ramadan, Claire espère que la lumière soit faite sur «les manquements de l’institution, dans le but de prévenir d’autres abus à l’avenir».

Les premières réponses apportées en janvier par le DIP n’ont pas été à la hauteur du problème, selon elle. «La mise en place d’une ligne téléphonique ne prévient pas ces actes interdits. Des mesures fermes doivent être prises vis-à-vis du corps enseignant, premier responsable. Pourquoi le DIP ne s’intéresse-t-il pas davantage à ses fonctionnaires de l’État? Comment est-il possible que ceux-ci abusent de leur pouvoir sur des élèves? Que fait-on pour les former à cette question, pour leur rappeler qu’ils ont un devoir de protection envers les jeunes quand ils suspectent des abus de la part d’un collègue?»

Même avis de Léa*. À l’âge de 14 ans, elle avait repoussé les avances de Tariq Ramadan dans sa voiture, alors qu’il l’emmenait déjeuner. Un rituel qu’il avait instauré avec ses élèves au Cycle des Coudriers, déjà dans les années 80. Comme Léa avait parlé de ce dérapage autour d’elle, elle se souvient avoir subi les foudres de l’enseignant. Elle s’interroge aujourd’hui sur ce qui l’a retenue de dénoncer formellement les faits.

«Pourquoi je n’en ai pas parlé à un représentant scolaire mais seulement à des amies et à mes parents? Ceux-ci avaient bien réagi en allant directement le voir pour le mettre en garde. Lui avait tout nié. Mes parents en étaient restés là. Aujourd’hui, est-ce que cela pourrait se dérouler encore de cette manière? J’attends de cette enquête qu’elle évalue les processus de l’époque et ceux actuels pour que les abus de professeurs soient enfin pris en compte.» La mise en place de la ligne téléphonique ne suffit pas à régler le problème, estime-t-elle également. «Les enseignants ont fait passer l’information aux parents d’élèves, mais l’information ne permet pas de traiter les abus. J’espère que l’audit s’intéressera aux moyens donnés aux professeurs pour être capables de gérer ce genre de problème sensible.»

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«Il n’était pas le seul»

Sandra*, 15 ans lorsqu’elle a eu à deux ou trois reprises des relations intimes avec Tariq Ramadan, son professeur aux Coudriers, se dit prête à témoigner dans le cadre de cette enquête. «Je souhaitais cette action depuis le début. Tariq Ramadan n’était pas le seul à agir ainsi. Comment l’institution a-t-elle pu fermer les yeux? Il faut expliquer pourquoi cela n’a pas fonctionné. Qu’on ne nous dise pas que c’était une pratique tolérée par le passé. Aujourd’hui encore, beaucoup trop d’enseignants minimisent ce sujet.»

Le périmètre et les modalités exactes de l’enquête seront communiqués prochainement par le DIP. Pour l’heure, il s’agit de faire la lumière sur le rôle qu’ont joué les membres du conseil de direction du Collège de Saussure. Mais rien ne concerne le Cycle des Coudriers. Peu cohérent, regrettent nos interlocutrices.

* Identités connues de la rédaction

Source : Msn.com

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