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Publié par Abbé Alain Arbez le 18 mars 2018

Face à l’énigme de l’univers et de l’origine de la vie, diverses options s’affrontent. Le message de la révélation biblique a façonné les esprits et reste porteur d’un questionnement utile à l’humanité.

La notion de « Dieu créateur – Dieu sauveur » est éminemment biblique. Elle implique la dimension de la nature et de l’histoire. Ce qui veut dire qu’elle touche donc à la substance et au cœur même de l’alliance, le fondement de l’anthropologie biblique.

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Aujourd’hui, le retour à la nature, l’écologie, le bio, cette nouvelle donne privilégie la prise en compte de la notion de création et de créateur. En revanche, la notion de sauveur est davantage en difficulté puisque dans l’opinion – et les médias y sont pour beaucoup – toutes les religions se valent, chacun a sa vérité. L’athéisme omniprésent laisse penser qu’il y a forcément incompatibilité entre foi et science. Les symptômes de la postmodernité accentuent une ambiance générale d’agnosticisme. La connexion intellectuelle ne se fait donc plus entre création et salut. De plus, l’extension de l’islam propage le sentiment confus qu’il n’y a pas de salut, préoccupation inutile puisque le coran ignore le péché et le sauveur. Pas de rédemption, mais des injonctions auxquelles se soumettre!

On voit donc qu’il y a un enjeu considérable derrière la réflexion « Dieu créateur-Dieu sauveur » et bien des perspectives sur le sens du réel et de l’histoire humaine en découlent.

Commençons cette réflexion par une citation de Charles Péguy : « C’est une thèse métaphysique, et des plus grandes, que l’univers – j’entends : l’univers sensible – est un langage que Dieu parle à l’esprit de l’homme, un langage par signes… ».

Cette vision des choses provient directement de la tradition hébraïque. En effet, l’existence de Dieu est connue à travers la création. Il s’agit de connaissance et non pas de simple croyance. C’est une intelligence du réel à la portée de tous. La théologie thomiste affirme en effet que l’homme est par nature « capax Dei »… Ce qui fait que Dieu est abordable même par des incroyants, à partir du langage de la création. C’est ce que rappelait – à la suite des pères de l’Eglise – le 1er concile du Vatican en 1870 : l’existence de Dieu peut être pressentie par la raison humaine qui analyse la réalité objective de l’univers. Il ne s’agit donc pas d’une conviction erratique, une illumination dissociée de l’intelligence et dans laquelle l’approche rationnelle n’aurait pas sa part. On sait combien le pape Benoît XVI a insisté sur le lien entre foi et raison dans son enseignement.(Ratisbonne)

Aborder la question d’un Dieu créateur de l’univers et de l’humanité, à partir de nos questionnements d’hier et d’aujourd’hui, rejoint étonnamment la recherche récente de certains scientifiques, en particulier dans la physique quantique. Il ne s’agit pas ici de créationnisme à l’américaine, mais de détection rationnelle d’un logiciel intelligent mais encore inconnu qui régit la marche de l’univers.

Ainsi, Andrew Briggs est un physicien, professeur à Oxford, qui croit en un Dieu qui ne réside pas dans les trous de la connaissance scientifique, ni dans la contradiction des découvertes déjà acquises. Il a été marqué en tant que chrétien anglican, par le témoignage de son responsable de laboratoire, qui associait étroitement l’engagement spirituel et la motivation scientifique.

Il fait remarquer que St Jean l’évangéliste – tout comme Philon d’Alexandrie – ont employé le terme logos, un concept né chez les juifs hellénistiques pour évoquer un Dieu créateur qui communique avec l’humanité par sa Parole et qui est en même temps le principe organisateur de l’univers. Logos : logiciel…Quand St Jean affirme qu’en Jésus le Logos a pris chair, il veut dire qu’un concept abstrait – un processus intelligent – s’est incarné physiquement, ce qui est intéressant puisqu’en physique quantique, les chercheurs estiment que l’information invisiblement présente au cœur de l’univers est incarnée physiquement. Newton puis Einstein avaient élaboré des lois du mouvement, et Einstein surnommait « spukhafte Fernwirkungen » (= les mystérieuses actions à distance) – tous ces phénomènes surprenants qui se produisent dans la réalité.

On voit que des questions métaphysiques s’imbriquent intimement dans les constatations scientifiques de la complexité du réel. Le savant physicien Gleiser pense que « nous sommes des êtres en quête de signification, et la science est l’un des produits de notre volonté chronique de révéler son sens à l’existence ».

Quel serait le salut de l’humanité, s’il n’y avait pas de révélation possible d’un sens à son existence ? Quelle éthique tiendrait-elle la route sans cette mise en lumière de perspectives à atteindre? Et comment orienter l’histoire s’il n’y a pas d’origine porteuse d’objectif dans l’univers ?

Un autre scientifique de Londres, le professeur Wolpert, soutient que nous sommes empreints d’un impératif cognitif, et qu’au fond, notre cerveau est un véritable « moteur d’espérance ». Nous avons un besoin inné d’approfondir le fonctionnement de notre monde extérieur et intérieur. Comme le confirme le sociologue Steve Fuller, en affirmant que nous sommes « créés à l’image de Dieu », nous reconnaissons que nous faisons partie de l’univers créé, d’une vie évolutive, et donc nous avons une conviction intuitive qu’il existe un ordre mondial et universel décryptable. C’est la base de toute entreprise scientifique. Le physicien John Polkinghorn ajoute même que nous sommes à l’évidence des êtres incarnés matériellement, mais que nous ne sommes pas seulement de nature matérielle – sans être pour autant des aliens ! – nous appartenons à deux mondes en même temps – comme les amphibiens – monde matériel et monde spirituel.

Le livre de la genèse (bereshit) éclaire d’une parole particulière le caractère unique de l’homme dans l’univers. Chaque jour de création est une étape, et le texte dit qu’à chaque réalisation Dieu voit que le résultat est BON. Mais c’est le 6ème jour que se dessine de façon différente l’apparition de l’être humain ainsi que sa vocation ; cette fois, il n’est pas dit que cela est BON, comme pour les jours précédents, car le texte dit : vayehi boker, vayehi erev, yom hashishi, TOV MEOD : il y eut un soir, il y eut un matin, sixième jour, c’était TRÈS BON !…Ce qui indique que, au centre de la nature et parmi les animaux, l’apparition de l’homme réjouit Dieu, et ce potentiel humain se révèle plein d’espérance, en connexion avec le projet dynamique de l’univers en cours de création.

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Toutefois, il n’y a pas de fuite dans l’irréel ou l’idéalisme : la marche du monde et les comportements humains en attestent, il y a une adversité face à cette belle aventure. La suite du texte biblique parle d’une blessure dans la relation de confiance primordiale entre l’homme et son créateur. Si l’homme prétend maîtriser à lui seul la connaissance du bien et du mal, sans se référer à un principe qui le transcende, l’avenir de l’humanité est aussitôt assombri de menaces mortelles. S’il n’y a pas pour l’humanité une éthique reliée à une source qui la fonde, l’avenir est compromis : la transcendance apparaît comme une garantie pour l’avenir de l’humanité. C’est alors que face à ce dilemme et à ses dangers mortels, le visage du Dieu créateur se révèle être indissociablement celui du Dieu sauveur. Mais il s’agit du seul Dieu biblique, qui offre à l’homme le libre arbitre, il n’y a pas de prédestination comme dans l’islam. Le Deutéronome affirme : « Voici que je mets devant toi le bonheur et le malheur, la vie et la mort, choisis donc la vie pour que tu vives ! ». Le prophète Isaïe dit au peuple d’Israël, porteur du message de vie : « Ton créateur est ton époux, Yahvé Tzevaot, le rédempteur d’Israël, est le Dieu de toute la terre ».

Or les chrétiens ont reçu d’Israël la révélation biblique de la destinée humaine. Dès les origines du mouvement de Jésus, la Bible hébraïque a été reconnue comme livre sacré, comme parole de révélation. Les évangiles rédigés quelques décennies après la mort du Christ l’ont été comme un midrash, une méditation actualisée autour des événements de la passion et de la résurrection. Et ce témoignage affirme qu’en raison de la justice de Dieu, la mise à mort de Jésus n’a anéanti ni sa personne, ni la cause qu’il défendait. La vie l’a emporté sur les forces mortifères, le Ressuscité est vivant et sa présence réconcilie le ciel et la terre, elle donne également à l’histoire une orientation vers le Royaume.

Mais dès le début de cet épisode qui était à la fois continuité et développement nouveau de la foi des pères du 1er testament, le mouvement christique a connu une crise très grave. Au 2ème siècle, juste après la période où fut rédigé l’évangile de Jean, un chef de communauté chrétienne nommé Marcion s’autoproclama docteur de la foi et il provoqua un schisme dans l’Eglise primitive. Sa secte fut aussitôt condamnée et il fut lui-même excommunié. Car les enjeux étaient considérables : Marcion opposait ancien et nouveau testament. Il rejetait les Ecritures juives, en prétendant que le Dieu créateur de la Bible est un Dieu mauvais, tandis que le Dieu sauveur du Nouveau testament est un Dieu bon. Cette vision a malheureusement perduré durant de longs siècles par la suite, jusqu’à nos jours. Beaucoup en ont tiré le cliché totalement erroné que le Dieu de l’ancien testament est violent tandis que celui du nouveau testament serait doux…Cette doctrine biaisée est influencée par la gnose, une croyance influente venue de Perse, avec une conception du monde totalement dualiste. Qui considère que le principe du bien est en lutte frontale avec le principe du mal. Cette querelle théologique n’est pas une simple bagarre intellectuelle. Elle a des conséquences gravissimes sur la vision du monde et de l’humanité et sur les comportements qui en découlent.

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L’Eglise officielle du 2nd siècle a – à juste titre – rejeté cette offensive sectaire. Pour les chrétiens qui assument une suite logique de la tradition biblique, la création est bonne, même si elle est entachée par la présence du mal et l’ambivalence de la liberté humaine. Mais le mal n’est pas une entité, c’est un non-être, une absence de bien, dangereuse pour l’homme. Il n’existe pas de divinité du Mal, même si le déploiement du mal dans le monde ressemble fort à un système intelligent pour nuire. Ainsi, le mal ne reste pas invaincu, car dans l’épreuve des consciences humaines, le Dieu créateur se révèle être en même temps le Dieu sauveur. Il sera fidèlement le « Dieu avec nous » (Emmanuel) esquissé par le prophète Isaïe.

On voit les enjeux et les conséquences – en anthropologie – d’une fracture philosophique et métaphysique entre Dieu créateur et Dieu sauveur. Il n’est pas possible d’oublier que le christianisme primitif ne s’est édifié que sur la foi au Dieu créateur et sauveur inscrite au coeur du judaïsme. Le nom même de Jésus – Yeshua – signifie en hébreu « Dieu sauve ». Jésus a développé son enseignement au cœur de cette tradition sotériologique, dans un contexte politique particulier, sous l’oppression romaine. Jésus a agi en tant que rabbi prédicateur au sein d’une population en attente de salut et de rédemption. Après sa mort et sa résurrection, ses disciples – tous juifs – en ont fait une figure récapitulative de la foi au Dieu créateur et sauveur de la révélation biblique. C’est ce qui unit la dimension cosmique et sotériologique de l’homme Jésus.

On a vu combien Jésus inscrit son témoignage dans le courant pharisien, qui, lui-même, est la forme d’adhésion la plus vivante au Dieu créateur et sauveur au sein du judaïsme. C’est ainsi que le professeur David Flusser a écrit une réflexion intitulée : « Le christianisme : une religion juive ». Le rabbin Theo Beck en Allemagne avait la même perception. Cependant, il n’y a là aucune confusion dans le fait d’affirmer une réalité historique qui a été évolutive et qui a abouti à deux religions distinctes issues du même tronc hébraïque – avec leurs traditions en partie communes et en partie différenciées.

Le mouvement de Jésus de tonalité apocalyptique et messianique aurait pu rester un mouvement de réforme au sein du judaïsme. En raison des circonstances politiques de l’époque, il s’en est peu à peu détaché, et est devenu par étapes (en quelques siècles) une religion mondiale séparée du judaïsme. A la suite des tensions entre communautés pressurées par l’occupant romain, le mouvement de Jésus à été exclu par le conseil rabbinique de Yavné, qui souhaitait en l’an 90 redéfinir une identité restreinte du judaïsme en se séparant des dissidents. Cet éloignement a fait petit à petit du christianisme une religion adverse et même persécutrice du judaïsme. Cela dit, de grands penseurs du judaïsme accordent tout de même au christianisme le mérite d’avoir dès le départ diffusé et mondialisé le message de la Bible hébraïque.

On a parfois insisté sur le rôle de Paul dans l’élaboration de la nouvelle doctrine. Mais le professeur Joseph Klausner estime que tout attribuer à Paul serait une simplification inacceptable, car pour lui, sans Jésus le Christ il n’y aurait jamais eu de doctrine paulinienne. Jésus lui-même s’était inspiré du rabbi Hillel qui affirmait que la Torah se résumait simplement en : « ne pas faire à autrui ce qu’on n’aimerait pas qu’on nous fasse » ; le reste des prescriptions étant selon lui purement secondaire. Jésus s’est donné la même liberté en reprenant à sa manière cette posture simplificatrice pour développer son éthique. Il a voulu recentrer les commandements autour de l’amour du Dieu unique du Shema Israel, et de l’appel à aimer le prochain (Lévitique), comme étant les deux faces essentielles d’un même commandement divin. En proposant de tels repères spirituels, cette attitude se voulait une réelle contribution à l’avènement d’un monde nouveau, appelé « nouvelle création » dans la Bible. Ce qui a donné naissance à une communauté de foi qui engendrerait par la suite des développements civilisationnels considérables.

La foi des chrétiens s’est fondée sur la conviction que Jésus est ressuscité des morts. Cette conviction pharisienne imaginait la résurrection à la fin des temps lors du jugement dernier. La nouveauté est de l’avoir anticipée aussitôt après la mort de Jésus, ce qui a constitué une base fondamentale et actualisante du salut pour la tradition chrétienne. « Si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est notre foi », dit St Paul.

Contrairement à ce que pense souvent l’opinion, la foi en la résurrection n’est pas une invention chrétienne, c’est un dogme du judaïsme classique : tekhiat hametim, encore plus explicite après l’expérience des Maccabîm au 2ème s. avant JC et très présent au cœur de la tradition pharisienne. Maïmonide l’a développé comme tel, et Crescas l’a formulé comme une « vraie foi », différente de ce qui serait un simple principe parmi d’autres à la base du judaïsme. La résurrection reste présente dans la liturgie juive traditionnelle, comme le Shemone Esre où elle est la 2ème des 18 bénédictions. Il est ainsi confirmé que « Dieu n’abandonne pas ceux qui sont couchés dans la poussière » et qu’il ressuscite les morts dans sa miséricorde, qu’il rétablit leurs corps régénérés et leur confère la vie éternelle.

C’est ainsi que les énoncés de la foi hébraïque se fondent sur l’affirmation du Dieu créateur et sauveur, conviction qui subsistera intacte dans le christianisme naissant :

Il s’agit en effet du Dieu qui a créé le ciel et la terre, d’une part, et du Dieu qui a fait sortir son peuple d’Egypte d’autre part. A l’époque de Jésus, beaucoup de juifs qui croient au Dieu créateur de l’univers attendent la résurrection des morts, comme dans le livre de Daniel et le Livre des martyrs d’Israël. Seuls, les sadducéens gardiens du Temple et principaux adversaires de Jésus n’ont pas cette conviction orthodoxe et ils font le jeu mortifère des Romains pour préserver leurs prérogatives. La conviction des premiers disciples est d’affirmer que le Dieu de la création et de l’exode, le Dieu des prophètes et des sages d’Israël a parlé et agi non seulement à travers eux tous, mais aussi de façon décisive à travers le Nazaréen crucifié – en qui son visage s’est manifesté, à la manière du Serviteur souffrant d’Isaïe se livrant gratuitement pour le bien de tout le peuple.
Cela ne veut pas dire que le monde nouveau est déjà réalisé, ce n’est que la figure du monde à venir, et en ce sens, les chrétiens comme les juifs sont dans une attente de l’avènement final des temps ; juifs et chrétiens attendent et préparent l’accomplissement de l’aventure humaine selon les promesses de l’alliance. Franz Rosenzweig dit qu’à la fin des temps, apparaîtra clairement à tous quel est le visage du Messie. On constate donc que la foi biblique articule le visage du Dieu créateur avec celui du Dieu sauveur : le concept de nature se relie au concept de culture. La création est interactive avec l’histoire.

Les êtres humains créés à l’image de Dieu ont de ce fait le devoir d’imiter les actions de Dieu et de participer à la création du monde. Dieu est un Dieu de tendresse et de compassion comme le disent le livre de l’Exode et les psaumes. Juifs et chrétiens partagent cette même foi au Dieu de justice et de compassion, le Dieu créateur et sauveur, et ensemble ils sont appelés à sauvegarder et à parfaire la création pour manifester le salut de tous.

Pour les chrétiens, l’alliance prend un visage humain en la personne de Jésus. Jésus est présenté comme sauveur. Mais, demande le théologien catholique Bernard Sesboué, de quoi avons-nous besoin d’être sauvés ? Il précise : « Il suffit de regarder autour de soi, nous sommes habités par un désir profond et exigeant de bonheur qui durerait toujours et par le besoin incoercible d’aimer et d’être aimé. Mais ce bonheur parfait, nous ne pouvons l’atteindre par nos propres moyens. Nous avons donc besoin d’être arrachés à notre insatisfaction, à notre manque de bonheur. Autrement dit, nous sommes habités par un désir de salut ».

Au fil des siècles, les chrétiens avaient quelque peu oublié que les êtres humains sont avant tout aimés de Dieu avant d’être jugés par lui. C’est la découverte marquante de l’anthropologie de la Bible au 20ème siècle qui a rappelé la gratuité du salut, réaffirmée par le Concile Vatican II. Nous ne sommes pas sauvés par la mort de Jésus, mais par l’amour qu’il a manifesté tout au long de son engagement, dans ses paroles, dans ses actes, en se donnant totalement.

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C’est un fait constatable, le salut n’est pas encore pleinement réalisé. C’est souvent un grief fait au christianisme pour critiquer la messianité de Jésus qui n’a pas apporté les changements radicaux espérés. En effet, le monde n’a pas totalement changé, le monde nouveau n’est pas encore là, l’alliance n’est pas encore réalisée dans le concret de l’histoire des hommes. Juifs et chrétiens, nous voici donc en chemin, en attente, en tension entre le déjà là et le pas encore, le olam hazè et le olam haba.

Reconnaître Dieu comme créateur implique en fait une confiance dans le salut final, et cette conviction engendre au quotidien une éthique salvatrice qui nous engage tous à réparer – selon nos principes religieux respectifs – la face du monde blessée par la présence du mal, ce que la tradition rabbinique dénomme le tikun olam. Par nos initiatives au service des autres, par le témoignage de nos communautés respectives, et si possible par nos liens interdénominationnels, nous restaurons l’image de Dieu en l’homme pour anticiper le monde nouveau à venir.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, Commission judéo-catholique des évêques suisses, pour Dreuz.info.

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