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Publié par Magali Marc le 19 mars 2018

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J’ai traduit pour les lecteurs de Dreuz, cet article de Vivian Bercovici*, paru le 14 mars dans le National Post.


Après plus de deux ans, nous commençons à avoir une idée de ce que le gouvernement Trudeau estime être sa politique étrangère.
Cette politique semble toute faite d’opportunisme et n’a rien à voir avec un quelconque principe ou une vision mondiale sérieuse.
Ceci nous amène à la curieuse façon dont ce gouvernement a critiqué une décision israélienne récente concernant le traitement réservé aux demandeurs d’asile entrés illégalement dans le pays depuis 2005.
Environ 37 000 personnes de l’Érythrée et du Soudan ont fui leurs pays et ont survécu à une périlleuse traversée du désert du Sinaï afin d’atteindre une relative sécurité en Israël.
Pratiquement tous ces demandeurs d’asile ne sont pas considérés comme des réfugiés en vertu de la loi israélienne : ils sont acceptés en tant que résidents temporaires et obligés de renouveler leur visa tous les deux ou trois mois.
Après le 1er avril, aucun autre renouvellement de visa ne sera autorisé et ces personnes seront soit expulsées vers un pays tiers, soit incarcérées pour une durée indéterminée.
Les expulsions concernent des pays tiers non spécifiés qui seraient l’Ouganda et le Rwanda.
Chaque individu – seuls des hommes célibataires seront expulsés – recevra un billet d’avion en aller simple et environ 4 000 $ US. Les familles et tous les enfants seront exemptés de cette mesure, qui a été décriée par certaines ONG et de nombreux citoyens israéliens comme étant injuste.

Arrive le gouvernement du Canada. Parlant au nom de la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland, son porte-parole Adam Austen a émis un commentaire audacieux : « Le Canada n’appuie pas les politiques d’expulsion massive des demandeurs d’asile. Les droits des demandeurs d’asile et des réfugiés sont énoncés dans la Convention de Genève sur le statut des réfugiés, dont Israël est signataire. »
L’insinuation clairement exprimée par M. Austen, est, bien sûr, à l’effet qu’en procédant à ces expulsions, Israël contrevient, en fait, à la Convention de Genève

En réponse à une demande d’explication de cette position, le ministère a fourni par écrit un blâme concernant l’importance pour Israël de garantir « un accès institutionnel égal et non discriminatoire aux services de santé, aux demandeurs d’asile et aux minorités ». Cette question, quoique très importante, n’a strictement rien à voir avec la question des expulsions.

Un haut responsable du gouvernement israélien a confirmé sa position selon laquelle, légalement, le traitement par Israël des demandeurs d’asile ne va pas à l’encontre de la Convention de Genève.
En fait, la Cour suprême israélienne, connue pour ses positions de centre-gauche sur de nombreuses questions, n’a soulevé aucune préoccupation de ce genre lorsqu’elle a examiné les questions liées aux expulsions envisagées.

De plus, l’éminent ministre libéral, ancien ministre canadien de la Justice et expert juridique international en matière de droits de la personne, Irwin Cotler, a récemment commenté cette question et a pris soin de modérer sa critique de la politique et du processus israéliens. Vraisemblablement, étant donné sa stature prestigieuse, Me Cotler serait le premier à dénoncer Israël concernant une question juridique internationale de cette ampleur.

Sa principale préoccupation, cependant, semble être qu’Israël n’a pas ce qu’il considère comme un « processus efficace et complet de détermination du statut de réfugié » et que sans un tel système, même les décideurs les mieux intentionnés peuvent agir « arbitrairement ».
Bien qu’il s’agisse d’une préoccupation importante, elle est loin de justifier l’accusation de violation d’une convention internationale.

En Israël, cette question est très conflictuelle. Constituant une nation fondée par des dépossédés, dont la plupart ont survécu à l’Holocauste ou ont été expulsés de force de leurs pays d’origine en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, les Israéliens sont extrêmement sensibles au sort des réfugiés.

Il y a quelques semaines, 20 000 Israéliens sont descendus dans les rues de Tel Aviv pour exprimer leur colère contre le gouvernement.
En janvier, les pilotes de la compagnie aérienne israélienne – ils font partie de l’élite de la société et sont nombreux à avoir servi dans l’armée de l’air israélienne – ont refusé de prendre des expulsés dans leur avion.

Les opposants à l’expulsion nous rappellent que les demandeurs d’asile ne bénéficient pas de services sociaux de base et sont marginalisés économiquement, ce qui les mène au désespoir. Ils sont indignés que le gouvernement du Premier ministre Benjamin Nétanyahou ait eu recours à la stigmatisation des demandeurs d’asile en utilisant un langage préjudiciable, par exemple en les traitant d’« infiltrés illégaux ».

Ce sont les signes d’une démocratie robuste et la preuve de la grave discorde que cette politique a provoquée en Israël.

Toutefois, il s’agit de questions éthiques et non légales. Aussi glacial que cela puisse paraître, il demeure important de faire cette distinction.

En février, une cour d’appel spéciale d’Israël a estimé que les demandeurs d’asile qui cherchent à éviter la conscription en Erythrée (qui s’apparente à une servitude à vie) pourraient bien bénéficier d’un statut de protection en Israël, ce qui suggère que cette saga est loin d’être terminée.
En décembre 2015, lorsque le Royaume de Jordanie a expulsé 800 demandeurs d’asile érythréens en sa basant sur le fait qu’ils étaient là seulement afin de recevoir un « traitement médical », le Canada est resté silencieux.
Des femmes et des enfants étaient parmi les déportés, dont beaucoup ont été saisis dans les rues sans préavis. Il n’y a pas eu d’audience devant les tribunaux ni de procès en appel en Jordanie et il n’y a pas eu de manifestation civile de masse. Et il n’y a pas eu de critique cinglante de la part du Canada.

S’il y a un principe derrière cette approche plutôt dissonante de la politique étrangère canadienne à l’égard de la même question dans deux pays voisins, Israël et la Jordanie, il est tout sauf évident.
Le bureau de la ministre Freeland refuse refuse toujours de s’expliquer.


* Vivian Bercovici a été ambassadrice du Canada en Israël de 2014 à 2016. Elle vit à Tel Aviv.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Traduction de Magali Marc (@magalimarc15) pour Dreuz.info.

Source: nationalpost.com

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