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Publié par Guy Millière le 21 mars 2018

Les élections russes ont donc eu lieu ce 18 mars. Vladimir Poutine a obtenu une majorité écrasante. Logique : tous ses concurrents sérieux ont été éliminés. Ils sont ou bien en exil ou bien au cimetière. Il n’y a en Russie ni presse libre ni pluralisme.

Vladimir Poutine est un dictateur, et les élections présidentielles en Russie sont un simulacre. Elles sont maintenues pour que Vladimir Poutine puisse dire, contre toute évidence, que la Russie est une démocratie, ce qu’elle n’est pas du tout.

Vladimir Poutine est aussi un assassin et fait tuer ceux qui le gênent. Un opposant appelé Nikolai Glushkov a été retrouvé étranglé chez lui voici peu. Un autre, Sergei Krispal, a été empoisonné alors qu’il dînait au restaurant avec sa fille : ils sont tous deux agonisants à l’hôpital.

L’empoisonnement de Sergei Krispal et de sa fille a été effectué avec du Novichok, un poison destructeur du système nerveux, dont seule la Russie dispose. Les agents russes auraient pu utiliser un autre poison. Ils ont utilisé celui la sans aucun doute pour que le meurtre soit signé.

Un autre dictateur que Poutine n’aurait sans doute pas signé son crime : Poutine l’a fait parce qu’il sait que les ripostes contre lui seront faibles (l’Europe est faible : expulser des diplomates est une riposte faible) et parce que la population russe apprécie d’avoir à sa tête un homme fort, cynique et cruel. Il a signé son crime aussi pour entretenir la peur auprès des opposants russes exilés à l’étranger.

Vladimir Poutine gouverne un pays qui n’a jamais connu la démocratie et ne la connaîtra vraisemblablement pas avant longtemps. La Russie a été régie par des tsars impitoyables. Quand un tsar s’est montré plus faible et a vu son pouvoir ébranlé, cela a été la fin du tsarisme, et le glissement vers ce qui a conduit au coup d’état fomenté par Lénine en 1917 et à la création de l’empire totalitaire soviétique.

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Quand l’empire totalitaire soviétique s’est effondré et que Ronald Reagan s’est donné les moyens de gagner la guerre froide, la Russie a connu un effondrement intérieur et une explosion de la corruption. Des membres de l’ancienne nomenklatura ont pris des milliards dans les caisses et ont placé leur argent à l’étranger ou ils se sont installés. Vladimir Poutine a mis fin à l’effondrement et a remis de l’ordre, mais il l’a fait de manière autocratique, en ancien du KGB. Il n’a pas mis fin à la captation de l’argent. Il a laissé des gens détourner des sommes immenses à la condition qu’ils lui soient fidèles à lui, Vladimir Poutine, et il ne s’est pas oublié au passage (selon les estimations les plus fiables, sa fortune s’élèverait à environ deux cent milliards de dollars, répartis dans plusieurs paradis fiscaux).

Vladimir Poutine gouverne un pays où il n’y a jamais eu de développement économique effectif (un embryon de développement s’est opéré brièvement sous Piotr Stolypine entre 1906 et 1911, et s’est achevé avec l’assassinat de ce dernier), et la Russie n’est pas à proprement parler un pays développé. Le pays vit largement des rentes pétrolières et gazières et n’a créé aucune industrie de transformation et quasiment aucune activité post-industrielle. Une croissance a existé au temps du gaz et du pétrole chers, elle a laissé place à la stagnation.

Hors du pétrole et du gaz, le seul secteur dynamique en Russie est le secteur militaire et Poutine est à la tête d’un pays dont l’économie, en termes de produit intérieur brut, est de la taille de celle de l’Italie, avec une population un peu plus de deux fois plus nombreuse que celle de l’Italie. La Russie est économiquement un nain par comparaison avec les États-Unis.

Vladimir Poutine a été formé au KGB et il est nostalgique de la grandeur perdue de la Russie, ce qui le conduit à tout faire pour rétablir un glacis autour de son pays, constitué de pays asservis ou intimidés, et à concevoir qu’il est en rivalité de puissance avec les États-Unis sur la surface de la planète. Il considère toute avancée de l’Alliance Atlantique et de la démocratie comme une menace pour sa vision du monde, très imprégnée des idées d’Alexandre Douguine et, en particulier, de l’idée que qui tient l’Eurasie tient le monde. Que l’Ukraine et les pays balte puissent échapper à l’emprise russe est pour lui intolérable. Il a noué des liens avec divers mouvements souverainistes nationalistes et gauchistes en Europe occidentale et rêve d’imposer son emprise sur le continent européen. Il y parvient pour partie et influence même des gouvernements en place : le nouveau gouvernement Merkel offre, comme celui qui l’a précédé, la part belle aux socialistes, qui conservent les affaires étrangères, et l’Allemagne est en train de glisser dans l’orbite russe (et dans l’orbite iranienne).

Poutine est allié de la Chine néo-communiste, de la Corée du Nord, de l’Iran des mollahs en un axe anti-occidental et, particulièrement, anti-américain.

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C’est sans aucun doute un homme attaché à la Russie mais son attachement à la Russie ne peut être dissocié de l’histoire non démocratique de la Russie, de ce qui fait que la Russie n’est pas développée économiquement et a fonctionné pendant des décennies à la prédation, pas à la production, et de ce qu’il se conçoit en rivalité de puissance avec les États-Unis.

Il est confronté à des problèmes qui se rapprochent de ceux que connaît l’Europe occidentale : dénatalité et vieillissement accéléré de la population, et islamisation. Il est l’héritier de ce qui a été appelé le “malheur russe”.

Il aurait sans aucun doute préféré l’élection de Hillary Clinton aux États-Unis à celle de Donald Trump (Hillary Clinton n’aurait pas développé la production énergétique aux États-Unis et n’aurait donc pas fait baisser les prix du pétrole et du gaz, elle n’aurait pas non plus relancé les programmes d’armement exigés par l’armée américaine) et la campagne des Démocrates et de la gauche contre Donald Trump parlant de “collusion” est d’autant plus grotesque et répugnante qu’elle repose sur un dossier utilisé par les Démocrates pour tenter d’éliminer Donald Trump et pour faire élire Hillary Clinton, et que ce dossier repose essentiellement sur des éléments de propagande venus de l’ex KGB, ce qui fait que tous ceux qui parlent de “collusion” contre Donald Trump servent, consciemment ou inconsciemment, les intérêts de Poutine et de l’axe anti-occidental.

Vladimir Poutine est froidement rationnel : s’il voit une faiblesse de ses ennemis, il l’exploite. S’il voit la force, il se place en retrait.

Donald Trump sait cela et entend proposer des accords tactiques à Poutine, en étant prêt à lui faire des concessions mineures et en attendant en échange des concessions russes.

Il sait que Poutine ne peut pas être un allié stratégique car Poutine ne veut pas d’une Russie alliée des États-Unis mais d’une Russie puissance de l’axe.

Donald Trump doit gérer la situation complexe résultant de ce que j’ai appelé le désastre Obama, et il sait que Poutine joue une partie d’échecs où les pions sont le régime Assad, l’Iran, la Corée du Nord, l’Ukraine, la Turquie.

La guerre planétaire en cours est une nouvelle guerre froide. Elle va se poursuivre.

Vladimir Poutine a un pouvoir de nuisance, mais il n’est pas l’acteur majeur de l’axe anti-occidental, mais simplement l’un des acteurs. L’acteur majeur est la Chine. J’y reviendrai.

© Guy Millière pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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