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Publié par Abbé Alain Arbez le 26 mars 2018

En entrant dans la semaine sainte, nous revivons la passion de Jésus. Et en écoutant les textes bibliques, nous comprenons mieux comment Jésus est allé librement, courageusement au-devant de sa destinée, il l’a fait en choisissant librement de se donner entièrement à la cause de la vérité. Et nous découvrons à quel point la cause de Dieu et celle de l’homme se rejoignent !

Jésus entre à Jérusalem sous les acclamations de la foule : hosanna au fils de David !…Son projet n’est absolument pas de prendre le pouvoir; il arrive assis sur un âne! C’est le symbole de l’humilité des pères d’Israël et le symbole des travailleurs qui convoient des charges quotidiennes. Au contraire du cheval, symbole de la puissance et de la conquête dominatrice!

L’âne correspond précisément à toute une tradition biblique. Il y a l’ânesse de Balaam, qui se met à parler à son maître pour lui éviter l’ange de la mort et l’amener à bénir Israël. L’âne, c’est le signe par excellence du refus de la violence, tandis que le cheval, c’est l’image de la conquête par la force, l’oppression romaine sur la terre d’alliance que Dieu a donnée à son peuple pour toujours.

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Rien donc, apparemment, dans cette entrée de Jésus à Jérusalem – scène proche des pauvres et des grands spirituels – qui soit une menace pour le puissant Empire de Rome ! Pourtant l’événement a été très mal ressenti par les sadducéens, collaborateurs des occupants, en particulier les grands-prêtres hommes de paille nommés directement par le pouvoir romain. On se souvient de l’épisode où Jésus renverse les tables des changeurs au service des sadducéens. Ce sont eux qui contrôlent les activités religieuses et économiques du Temple, et ils ont senti le danger de ce prédicateur itinérant qui offre à tous un accès direct à la venue du Règne de Dieu… En le poussant devant Ponce-Pilate, ils veulent se débarrasser de Jésus, en l’accusant de troubler l’ordre public et même de blasphémer.

Cependant, à son entrée dans la ville sainte, on voit combien la foule attend quelque chose de lui : Hosanna au Fils de David! Hoshanna signifie « à l’aide, Seigneur, sauve-nous ! », car ce mot a la même racine (hosh) que le nom même de Jésus, Yehoshua « Dieu sauve », ou celui du prophète Osée, (Hoshea) qui parlait du 3ème jour.

En souvenir des temps de liberté d’autrefois, à l’époque du roi David, les gens étendent alors leurs manteaux sur le sol et ils offrent à Jésus un tapis rouge, un chemin d’honneur avec des palmes. En l’appelant Fils de David, la foule reconnaît en Jésus les qualités d’un roi messianique, le petit berger devenu roi ayant commencé à rassembler des tribus adverses. C’est pourquoi des groupes de sympathisants crient leur espérance et leur reconnaissance envers Jésus, cet homme de Dieu dont la renommée progresse : ils lui attribuent la royauté spirituelle, différente des pouvoirs des puissants, à lui qui a sillonné les routes des villes et des villages de Judée et de Galilée en faisant partout le bien. Ils savent qu’il a rencontré des hommes et des femmes, et qu’il a relevé ceux et celles qui ployaient sous les épreuves de leur vie, les aidant à se reconstruire.

Le Père dont Jésus se réclame le porte-parole, et qu’il appelle familièrement Abba, n’a rien à voir avec une divinité païenne qui exigerait du sang pour calmer sa colère : bien au contraire, il ne s’agit pas ici d’un Jupiter vengeur comme dans la mythologie des Grecs et des Romains, il s’agit bien du Dieu d’amour de l’Ecriture, un Dieu qui aime son peuple, celui dont les psaumes magnifient la miséricorde et la patience..

La séquence de la passion du Christ nous dit qui est Dieu mais elle nous dit aussi qui nous sommes : les dérives possibles de nos vies humaines sont inhérentes à notre liberté, et l’impressionnante omniprésence du mal qui se manifeste dans l’humanité n’est que le revers de la médaille d’êtres humains créés libres par Dieu. Nous lisons au Livre du Deutéronome : « Voici que je mets devant toi la vie et la mort, le bonheur et le malheur. Choisis donc la vie pour que tu vives ! » La liberté que Dieu nous a confiée nous rend capables de construire ou de détruire, d’honorer Dieu ou de le blesser, de respecter ou de bafouer autrui. Pas question ici de prédestination ou de scénario écrit d’avance. C’est bien pourquoi la situation de notre monde est si contrastée : à côté de magnifiques réalisations humaines, et de gestes de don de soi exemplaires, on trouve de multiples expressions effrayantes de la complicité avec le mal, cela ressemble à un système intelligent, mais une intelligence destructrice.

Quand nous contemplons le Christ entrant à Jérusalem pour aller au-devant de sa passion, nous n’avons pas devant nous un miroir froid qui nous renvoie notre propre souffrance : nous voyons ce miroir lumineux de compassion et d’amour qui restaure notre dignité humaine et notre relation à Dieu. Le Christ va prendre sur lui tout ce que nous ne pouvons pas supporter et résoudre seuls : l’injustice, le mal absurde, la mort, l’irresponsabilité, la lâcheté, les situations inextricables, le non-sens…

En Jésus nous pouvons reprendre confiance, car il nous accueille tels que nous sommes, avec nos contradictions. Des contradictions semblables à celles de la foule qui l’acclame avec enthousiasme à son entrée dans la ville sainte, mais qui va quelque temps plus tard se joindre aux accusateurs. En Jésus nous retrouvons notre visage transfiguré par la confiance en Dieu présent à nos côtés, comme il a été présent aux côtés de celui reconnu comme « le Fils ».

Avec les rameaux bénis que nous emportons avec nous à la maison, nous réaffirmons notre adhésion au Christ et surtout aux valeurs évangéliques manifestées dans sa passion. Nous continuons ainsi de l’accompagner sur son chemin de solidarité et nous le ferons dans nos propres réalités quotidiennes.

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« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » dit l’évangile. Par sa passion, Jésus a ouvert une voie d’humanité salvatrice : sa vie offerte a été le contrepoids décisif à nos comportements d’otages du mal, partagés entre inertie et soif de vérité.

Innocent crucifié, il met en évidence l’injustice qui régnait de son temps sous le joug romain, mais aussi cette séduction ambiguë et malsaine qui menace à chaque époque les âmes dans ce monde, et qui laisse s’infiltrer la violence et à la haine, détruisant en nous l’image d’un Dieu créateur de vie, d’amour et d’unité.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, Commission judéo-catholique des évêques suisses, pour Dreuz.info.

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