Publié par Ftouh Souhail le 5 mars 2018

Le Bahreïn est devenu une cible prioritaire pour l’Iran, juste après Israël. L’opposition chiite dans ce petit pays insulaire d’Arabie veut s’inspirer du Hezbollah libanais. Le Royaume avait échappé de peu à une tentative de coup d’État fomenté par l’Iran. Le régime iranien ne supporte plus de voir la proximité entre le Bahreïn et Israël.

Le ministère de l’Intérieur bahreïni annonce l’arrestation de 116 terroristes qui ont des liens avec le Corps des gardiens de la Révolution islamique (CGRI), rapporte Bahrain News Agency.

Le coup de filet est de taille; c’est une réussite majeure pour les services de la sécurité intérieure.

Parmi les 116 personnes arrêtées, 48 auraient reçu un entraînement militaire dans des camps de formation du CGRI et de leurs branches étrangères en Irak et au Liban.

Les matières explosives récupérées par les enquêteurs comprenaient environ 42 kilogrammes de C4 et de TNT de haute qualité et plus de 757 kg de nitrate d’urée précisent des médias du Golfe.

Le ministère de l’Intérieur a également fait part de la neutralisation de plusieurs opérations terroristes, affirmant que les personnes arrêtées auraient été impliquées dans la préparation d’attentats ou bien le transfert de charges explosives et que les autres étaient responsables de la fabrication et la production des explosifs.

Le ministère bahreïni a également accusé le CGRI d’avoir formé « une cellule terroriste composée de ces groupes dont le but est de viser les dirigeants des appareils sécuritaires, les patrouilles et les bus transportant les forces de sécurité, ainsi que les installations pétrolières et vitales de Bahreïn pour porter atteinte à l’ordre public et à l’économie nationale.»

Les groupes terroristes pro-iraniens sont dirigés par des responsables fugitifs qui se trouvent actuellement en Irak, en Iran et au Liban, selon le général Tarek ben Hassan al-Hassan, le chef de la sécurité de Bahreïn.

Ces dernières années, le groupuscule chiite d’opposition armé Saraya al-Ashtar ainsi que le groupuscule Saraya al-Mukhtar ont commis plusieurs attaques dans le royaume. Leur emblème présente une thématique sans équivoque quant à leur obédience : il reprend tous les éléments de l’emblème des Gardes révolutionnaires islamiques iraniennes, le Sepah, tel l’AK-47, le poing refermé et un même verset du Coran.

La question qui se pose dès lors : quelle était les intentions des 116 terroristes ?

Le nombre important de ces mercenaires inquiètent les autorités. Il implique en effet l’hypothèse d’une menace terroriste sensiblement accrue ou, plus probablement, de l’imminence d’une insurrection armée dont l’objectif serait de déstabiliser le royaume, voire d’en renverser le gouvernement.

L’Iran ayant sponsorisé plusieurs mouvements de contestation dans ce petit pays admet son support aux mouvements politiques chiites au Bahreïn, tout en niant toute implication à caractère militaire ou terroriste. Les ingérences politiques et militaires iraniennes visent à renverser le régime pro-Riyad des Al Khalifa de Bahreïn.

Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Bahram Qassemi, a nié l’implication de son pays dans la tentative de coup d’État à Manama.

Téhéran continue pourtant d’affirmer son intention d’annexer leur petit voisin, que les Iraniens considèrent comme historiquement partie de l’Iran.

Les enquêtes des services de la sécurité du royaume de Bahreïn ont identifié toutes les personnes arrêtées dans le cadre de cette opération et ont établi sans ambiguïté qu’elles entretiennent des liens avec les autorités iraniennes (et probablement aussi avec le gouvernement pro-chiite irakien). Lors des interrogatoires, les inculpés auraient admis avoir suivi des entraînements au combat de rue, à la guérilla urbaine, et des formations pour la fabrication de bombes et ce en Iran et en Irak. Selon les autorités bahreïnies, 48 individus interpellés aurait admis avoir été formé dans un camp des Gardes révolutionnaires iraniennes.

Manama fait part, de temps en temps, de l’arrestation d’un nombre de ressortissants bahreïnis à la solde des Iraniens.

En juin 2017, le ministère bahreïni de l’Intérieur a identifié deux cellules terroristes et avoir arrêté six de ses membres. Cinq personnes, toutes âgées d’une vingtaine d’années, étaient soupçonnées d’avoir formé une cellule du groupe Saraya al-Achtar et seraient impliquées dans trois attaques contre les forces de l’ordre.

En octobre 2015, plus d’une tonne et demie d’explosifs et des armes (armes automatiques, pistolets, grenades à main, détonateurs…) ont été découvertes par les services de la sécurité bahreïnie dans le sous-sol d’un immeuble de Manama, la capitale. Il apparaît que cet impressionnant arsenal de C4, de RDX et de TNT, la première cache d’armes de cette ampleur découverte au Bahreïn depuis les troubles de 2011, a été introduit dans le royaume dans la perspective d’une vague d’attaques à grande échelle.

La guerre d’influence que se livrent l’Iran et l’Arabie Saoudite dans la région –à travers leurs interventions respectives en Irak, en Syrie et au Liban (où l’Iran s’efforce de renforcer les gouvernements pro-chiites affaiblis), et au Yémen notamment- laisse penser que l’ingérence iranienne au Bahreïn, dont les premiers effets sensibles se sont fait sentir dans les désordres qui ont ébranlé le pays au cours des révoltes arabes de 2011, s’intensifie aujourd’hui dans des proportions dangereuses ; parmi les monarchies du Golfe, le Bahreïn, en effet, abrite une communauté chiite importante, sur laquelle l’Iran tente d’étendre son influence pour s’immiscer dans les affaires intérieures du pays.

Les autorités bahreïnies estime que la menace iranienne instrumentalise et exacerbe les tensions communautaire dans le royaume. Un indice patent de l’influence croissante de l’Iran au Bahreïn est certainement ce slogan du mouvement d’opposition armé chiite qui se fait de plus en plus fréquemment entendre : « Nous sommes tous des membres de la résistance ! » ; des mots précis, propres au front chiite et qui le désignent de manière évidente, constitué sous l’égide de l’Iran et qui regroupe le Hezbollah (Liban), les milices chiites d’Irak, le mouvement des Houthis et Ansar allah au Yémen, et le gouvernement Syrien.

Téhéran est accusé de financer et aider les groupes terroristes locaux en leur fournissant des armes, d’inciter la communauté chiite à la violence par des campagnes médiatiques trompeuses et de protéger des personnes recherchées par la Justice bahreïnie.

 

Le régime intégriste iranien ne supporte pas le rapprochement entre Manama et Jérusalem

La tentative de coup d’État fomenté par l’Iran s’inscrit aussi dans ce cadre.

Le ministre israélien de la Communication, Ayoob Kara, a annoncé le mois dernier que le prince bahreïni Mubarak Al Khalifa se rendait en Israël.

Une autre délégation officielle de Bahreïn s’est rendue à Tel-Aviv, en décembre dernier, sous les instructions du monarque bahreïni Hamad Bin Isa Al Khalifa. Des médias israéliens ont évoqué récemment la visite d’une délégation officielle envoyée par le roi dans le but d’exprimer sa volonté d’instaurer la coexistence pacifique entre l’État Hébreu et le petit émirat du Golfe. Le but de cette visite est d’encourager la tolérance religieuse dans le monde.

En fait, Bahreïn veut être le premier Etat du Golfe à s’ouvrir et normaliser ses relations avec Israël, alors que, rappelons-le, il n’y a pas de relations diplomatiques entre ces deux pays. On parle d’une annonce dans ce sens qui serait faite cette année. Les dirigeants du Bahreïn estiment que leur ennemi n’est pas Israël, mais l’Iran. Ainsi, des contacts ont été établis entre les deux pays pour préparer le terrain à des visites réciproques autour des questions économiques et qui impliquent aussi la «société civile», dans la perspective de la signature d’accords – commerciaux dans un premier temps – qui s’élargiraient à d’autres domaines.

Il y a quelques mois, une délégation israélienne avait été reçue dans la capitale de ce très petit royaume du Golfe, Manama. Des sources israéliennes ont fait état de projets communs pour faciliter les séjours des citoyens bahreïnis en Israël, pour la construction conjointe d’un musée israélo-bahreïni en faveur de la «tolérance religieuse».

C’est le centre Simon-Wiesenthal, une organisation juive de droits de l’homme, établi Los Angeles, aux Etats-Unis, qui pilote cette courageuse initiative du roi du Bahreïn. Les rabbins Marvin Hier et Abraham Cooper, qui dirigent le centre Simon-Wiesenthal, ont profité de leur séjour à Bahreïn l’an dernier pour inviter la délégation bahreïnie à visiter Israël. Et, selon les sources israéliennes, le roi n’y a vu aucun inconvénient.

L’initiative de l’émir du Bahreïn n’est pas isolée dans la région du Golfe. Elle fait partie d’une démarche qui implique également le grand voisin sunnite, l’Arabie Saoudite. Ryad est la seule capitale arabe qui a toléré la décision très attendue du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et d’y transférer l’ambassade des Etats-Unis. Cette décision, rappelons-le, a été condamnée à l’unanimité par les pays arabes.

La menace iranienne poussent actuellement des États du Golfe à solliciter la coopération avec les Israéliens. C’est ce qui explique la création d’une nouvelle alliance entre l’Arabie Saoudite et Israël. Les dirigeants saoudiens ne sont pas satisfait du rendement du Premier ministre libanais, Saad Hariri, qui a peur d’affronter politiquement le Hezbollah, alors qu’Israël et l’Arabie sont prêts à faire face dans front uni contre l’Iran. Les dirigeants saoudiens veulent d’abord créer les conditions de la normalisation des relations avec Israël et bâtir ensuite l’alliance anti-iranienne.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Ftouh Souhail pour Dreuz.info.

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