Publié par Ftouh Souhail le 30 mars 2018

L’Iran vient de faire un pas de plus vers un plan visant à boycotter  le dollar dans ses activités commerciales, en annonçant que les commandes passées avec le billet vert ne seraient plus autorisées dans l’importation. Téhéran veut donner l’impression qu’elle défie les Etats-Unis.

En annonçant que les commandes passées en dollar ne seront plus intégrées dans la procédure d’importation, l’Iran franchit une étape cruciale vers ce qu’il appelle la « dé-dollarisation » dans son marché d’importation en le remplaçant par d’autres devises (1). Il ne sera plus possible de facturer les commandes en dollar selon la Banque centrale d’Iran (CBI).

Le ministère iranien de l’Industrie des Mines et du Commerce a déjà annoncé la mise en vigueur de cette politique visant à stopper l’utilisation du dollar américain comme devise de choix dans les rapports financiers et de change depuis le début de la nouvelle année iranienne ( le 20 mars 2018).

 

Le rial a perdu environ 25 % de sa valeur face au dollar des Etats-Unis en six mois.

En appliquant cette mesure, le régime veut occulter l’érosion du rial face au dollar.En effet, cette mesure est destinée à obliger les Iraniens à conserver leurs rials plutôt que d’acheter des dollars ou d’autres devises.

Alors que le président Hassan Rouhani multiplie les déclarations rassurantes sur l’état de l’économie, la dépréciation du rial iranien, qui a perdu environ un quart de sa valeur face au dollar en six mois, alimente l’inflation… et l’inquiétude de la population.

Depuis plusieurs jours, la baisse de la monnaie nationale a été accentuée par une forte hausse de la demande de dollars émanant d’Iraniens inquiets de voir leur pouvoir d’achat continuer de baisser dans le sillage de la chute du rial. En quelques mois, une augmentation de 60 % a été constatée sur le prix du riz, denrée alimentaire de base en Iran.

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Mi-février, la Banque centrale d’Iran a pris des mesures pour enrayer la chute de la monnaie nationale. Leur effet n’a été que de courte durée et la dégringolade du rial a repris.

La banque centrale a également annoncé, par la voix de Mehdi Kasraeipour, le directeur des Affaires internationales de la CBI, la vente de pièces d’or à des prix censés être attrayants pour permettre de détourner une partie de la demande de dollars vers le métal jaune, valeur refuge par excellence.

Le ministère iranien de l’Industrie des Mines et du Commerce a rapporté que la police de Téhéran a arrêté des centaines de revendeurs de devises, accusés de perturber le marché des changes. Les autorités ont fermé les comptes bancaires de 775 « perturbateurs du marché des changes » qui avaient des mouvements de capitaux d’un total de 200.000 milliards de rials (un peu plus de quatre milliards de dollars).

 

La rupture de l’Iran avec le dollar plus facile à dire qu’à faire

Cette mesure nouvelle mesure va créer un problème majeur pour les commerçants ainsi que pour le secteur bancaire iraniens.

Le responsable de banque centrale, Mehdi Kasraeipour, a précisé qu’il advient aux commerçants iraniens d’informer leurs fournisseurs du changement de devise de base pour mettre les documents d’importation en conformité avec la procédure d’importation. Ils doivent aussi préciser l’intermédiaire avec lequel les paiements s’effectueront, à savoir les banques ou les bureaux de change.

« Les importateurs doivent seulement demander à leurs homologues étrangers d’offrir leurs factures pro forma dans d’autres devises et d’utiliser des devises alternatives telles que l’euro pour leurs achats« , a-t-il déclaré.

L’Iran éprouve déjà des difficultés pour  rapatrier l’intégralité des devises provenant des exportations de pétrole du pays. Certains pays comme l’Inde et la Chine ont fixé des conditions pour que les Iraniens reçoivent  une partie de leurs revenus pétroliers sous forme de produits de ces pays.

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Cette mesure nouvelle mesure va créer d’avantages de problèmes pour les investisseurs étrangers alors que la suspension d’une partie des sanctions étrangères contre la République islamique n’a pas amélioré le climat des affaires. L’accord international sur le nucléaire iranien, conclu en juillet 2015, avait crée l’espoir en Iran d’une amélioration de la situation économique, de l’arrivée d’investisseurs étrangers et surtout d’une revalorisation de la monnaie nationale.

L’accession au pouvoir, en janvier 2017, du président américain Donald Trump, qui a durci la position américaine à l’égard de Téhéran, a fortement découragé les investisseurs étrangers et les grandes banques internationales.

Des responsables gouvernementaux, dont le président Hassan Rohani, ont tenté ces dernières semaines de rassurer la population au sujet du rial mais les autorités ont été critiquées pour leur passivité et l’absence de mesures concrètes.

 

La grogne sociale ne tarit pas  contre les mollahs 

La grogne sociale ne s’apaise pas en Iran, sur fond de chute de la monnaie nationale, deux mois après la vague de contestation contre la situation économique et le pouvoir menées dans des dizaines de villes du pays.

Depuis une quinzaine de jours, la presse iranienne fait état de grèves à répétitions de centaines d’ouvriers à Ahvaz (sud-ouest) et Arak (ouest).

Une vidéo des manifestants de l’usine Hebco d’Arak diffusée sur Telegram les montre scandant avec dérision : « Le pauvre ouvrier doit être pendu, le corrupteur économique doit être libéré ! »

Le slogan fait allusion à une série d’affaires retentissantes de corruption, de détournements de fonds publics ou de crimes économiques survenues au cours des dernières années.

La semaine dernière a été marqué par des protestations de milliers d’agriculteurs et de la population d’Ispahan. Une foule massive s’est rassemblée le long du pont célèbre de Khaju pour protester contre le refus du régime d’accorder aux agriculteurs l’accès à l’eau, dénonçant les moyens de subsistance catastrophiques des agriculteurs et des éleveurs. Ils ont marché dans les rues de la ville avec les slogans : « Aujourd’hui est le jour de deuil, la vie de l’agriculteur est en péril », « Rohani le menteur, où est notre argent ».

Les travailleurs des services portuaires de la compagnie de ferries du port Khomeini se sont rassemblés devant la Direction générale des ports et des affaires maritimes de la province du Khouzistan. Ils s’opposent à un projet de loi qui réduit les salaires des marins et autres travailleurs de l’entreprise dès le début de la nouvelle année iranienne.

L’administration Hassan Rouhani, qui continue de financer le terrorisme islamique  à coups de milliards de dollars, fait face aussi aux manifestants qui eux veulent obtenir le versement d’arriérés de salaires et défendre leur retraite face à un régime qui dépense plusieurs milliards de dollars par an pour aider ses alliés dans les guerres au Proche et au Moyen Orient.

Depuis quelques mois, l’investissement dans le dossier « palestinien » est également à la hausse, dans un désir d’influence, avec une augmentation du financement de la bande de Gaza (Hamas et Jihad islamique), augmentation portée à 100 millions de dollars annuels. Téhéran donne au Hezbollah entre 700 millions et un milliard de dollars par an. Ces données sont fournies par les services de renseignement occidentaux, russes et israéliens.

L’Iran a dépensé des milliards de dollars depuis 2012, notamment pour la Syrie. Les mollahs iraniens ont environ 3’000 Pasdaran en Syrie, déployés aux côtés de 16’000 miliciens chiites et 7’000 combattants du Hezbollah.

Pourtant, en Iran, la communauté ouvrière est désemparée. Les médias font régulièrement état de rassemblements d’ouvriers protestant contre le non paiement de leurs salaires ou la dégradation de leur pouvoir d’achat.

Le mois dernier, un jeune Iranien a tenté de s’immoler par le feu à Fardis, près de Téhéran, alors que la police était venue détruire son magasin construit illégalement.La vidéo du drame a fait sensation sur Internet. Son geste de désespoir a été précédé par quelques autres au cours des derniers mois.

Plusieurs dizaines de villes iraniennes ont été agitées par des troubles ayant fait au moins 25 morts autour du Nouvel An en marge de manifestations non autorisées contre la situation économique et sociale du pays et le pouvoir.

Le chômage reste très élevé. Son taux est de 11,9 %, selon les derniers chiffres officiels, et atteint 28,4% pour les jeunes 15 à 24 ans. De plus en plus d’Iraniens sont obligés de se tourner vers le Comité d’entraide de l’imam Khomeiny, secours populaire parapublic, pour manger.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Ftouh Souhail pour Dreuz.info.

(1) Selon l’Administration des douanes iranienne, environ 47,6 milliards de dollars de biens ont été importés au cours des 11 derniers mois de l’année iranienne. La Chine, les Émirats arabes unis, la Corée du Sud, la Turquie et l’Inde figuraient parmi les principaux partenaires commerciaux, tandis que les biens importés directement des Etats-Unis représentaient moins de 1%.

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