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Publié par Guy Millière le 8 avril 2018

La France a choisi le Qatar et l’Iran des mollahs, et on n’y donne guère d’informations sur ce qui se passe en Arabie Saoudite qui ne soient des informations négativement orientées. C’est très regrettable. La visite que va bientôt effectuer à Paris le prince héritier Mohammed ben Salman va peut-être changer un peu cet état de fait, mais ce n’est pas certain.

L’Arabie Saoudite est un pays important. C’est le pays où se trouvent La Mecque et Médine, les deux principales villes saintes de l’islam. Et c’est, avec l’Egypte, et sans doute plus encore que l’Egypte, le pays clé du monde sunnite.

C’est un pays qui a longtemps été régi par un obscurantisme moyen-âgeux et par une application stricte de la doctrine wahhabite. Et c’est un pays qui a financé pendant des décennies, depuis les chocs pétroliers des années 1970, la dissémination planétaire de l’islam le plus strict.

C’est un pays qui est en train de changer à grande vitesse.

Ces changements reposent sur la doctrine Trump et, précisément, sur l’action de Mohamed ben Salman.

Donald Trump entend changer la donne au Proche-Orient, et ses objectifs essentiels pour cela sont: a) l’endiguement (voire la chute) du régime des mollahs en Iran, b) un retour à une alliance stratégique entre les Etats-Unis et les principales puissances du monde sunnite, c) la mise hors d’état de nuire des forces djihadistes, d) la mise en place d’une alliance entre Israël et le monde sunnite.

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La volonté de puissance et d’hégémonie régionale de l’Iran inquiète les pays sunnites du statu quo, au premier chef l’Arabie Saoudite, et contribue fortement à leur volonté de contribuer à l’endiguement et de retrouver une alliance avec les Etats-Unis que Barack Obama avait remise en cause. Le fait que l’Iran soit devenu le principal financier des forces djihadistes grâce à l’argent donné aux mollahs par Obama, et le fait que les forces djihadistes menacent les pays sunnites du statu quo, fait que ceux-ci sont désormais très désireux de voir détruites les forces djihadistes. Le fait qu’Israël soit la puissance militaire majeure au Proche-Orient mène les pays sunnites du statu quo à voir en Israël un allié indispensable face à l’Iran et à enclencher un rapprochement.

Le fort accroissement de la production énergétique américaine voulu par Donald Trump et qui a rendu les Etats-Unis indépendants du pétrole acheté à l’étranger, ce qui inclut le pétrole du monde sunnite, a fait comprendre aux pays sunnites du statu quo que l’urgence pour eux est de s’intégrer à la modernité, sous peine de retourner dans le sous-développement.

La menace iranienne contre l’Arabie Saoudite s’est nettement accentuée ces dernières années avec le rapprochement Qatar-Iran, l’agitation entretenue par l’Iran au Bahrein, la tentative de prise de pouvoir de l’Iran au Yémen par le biais des milices Houthi, la mainmise de l’Iran sur l’Irak, sur la Syrie de Bachar al Assad, et le Liban du Hezbollah.

 

Ce qui a découlé a été le sommet de Riyad en mai 2016, et le passage de Mohammed ben Salman en position de prince héritier. Deux événements majeurs.

Le sommet de Riyad a consisté à mettre en place une alliance renouvelée entre les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite et cinquante pays sunnites à des conditions très strictes : l’absence vérifiable de tout soutien des pays sunnites membres de l’alliance à des organisations djihadistes, et l’inclusion graduelle d’ Israël dans l’alliance.

Ces conditions ont été acceptées sans réserves par les pays membres de l’alliance. Les Etats-Unis veillent à ce qu’aucun soutien à des organisations djihadistes venu des pays membres de l’alliance ne s’opère, sous quelque forme que ce soit, et aucun soutien n’a été détecté. La police de chaque pays de l’alliance réprime toute cellule djihadiste visible et surveille les moyens de communication aux fins de repérer des suspects. Une coopération entre les services de renseignement des pays membres de l’alliance et les services de renseignement israéliens fonctionne.

Mohammed ben Salman a été nommé prince héritier deux mois avant le sommet de Riyad et a les pleins pouvoirs. Il est en train de mener une véritable révolution en Arabie Saoudite.

Cette révolution consiste à écarter et éliminer tout dignitaire saoudien en désaccord avec les nouvelles orientations du pays. Nombre de dignitaires ont été placés aux arrêts pendant des semaines et n’ont pu partir qu’après avoir fait acte d’allégeance au futur roi, et avoir payé les sommes exigées pour que l’allégeance se concrétise. Ceux qui sont apparus réticents sont toujours aux arrêts et leurs avoirs ont été confisqués. (Ce ne sont pas des méthodes démocratiques, mais l’Arabie Saoudite est une monarchie absolue musulmane et se trouvé gérée conformément à ce qu’elle est. Attendre la démocratie dans une monarchie absolue musulmane aurait autant de sens qu’attendre que les poules puissent avoir des dents).

Cette révolution consiste à écarter tous ceux qui dans la société saoudienne sont hostiles aux nouvelles orientations du pays. Cela concerne des milliers de personnes : membres des administrations, ingénieurs, enseignants, clercs religieux. Nombre des personnes concernées ont été arrêtées et jetées en prison. Certaines ont été exécutées.

Cette révolution consiste à transformer l’économie saoudienne de façon à la rendre indépendante du pétrole. Mohammed ben Salman entend mener à bien ce qui s’appelle le projet Saudi Vision 2030. Le projet prévoit la construction d’industries de transformation et d’un secteur post-industriel en synergie avec Israël et les Etats-Unis, la privatisation graduelle des entreprises pétrolières saoudiennes, l’ouverture du pays aux investisseurs étrangers, la transformation radicale du système d’éducation et la création d’un secteur touristique. Le projet commence à être mis en œuvre.

Cette révolution consiste à mettre en place les conditions d’une paix régionale entre l’Arabie Saoudite, les autres pays membres de l’alliance, et Israël.

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Elle consiste à changer radicalement le discours religieux en Arabie Saoudite : Mohamed ben Salman prône une révolution culturelle au sein de l’islam et, sans le dire explicitement (mais c’est en filigrane dans ses propos) un retour aux idées des mu’tazilites il y a huit à dix siècles. Le mufti d’Arabie Saoudite (principale autorité religieuse du pays) a émis plusieurs fatwas disant qu’agresser les Juifs est un crime contre l’islam, que le Hamas est une organisation terroriste qui doit être détruite, que les femmes sont égales en droit aux hommes et n’ont aucune obligation de porter le voile.

Elle consiste à changer radicalement la société saoudienne : des femmes saoudiennes en nombre croissant ne portent plus le voile, sortent seules, apprennent à conduire, et vont au cinéma (un complexe multisalles a ouvert à Riyad, le premier film diffusé est Black Panther).

Bien des obstacles restent.

L’Iran continue à mener la guerre au Yémen, et les Yéménites souffrent (mais il importe de ne jamais oublier que sans intervention iranienne, il n’y aurait pas de souffrance au Yémen : l’Iran est le seul responsable de la situation de guerre au Yémen aujourd’hui). La Syrie est en état de chaos. Le Liban est aux mains du Hezbollah. La Turquie d’Erdogan est sur des positions qui sont aux antipodes de celles de Mohamed ben Salman. Le Qatar, à la différence des autres émirats du Golfe, continue à soutenir le Hamas. La signature d’un traité de paix avec Israël n’est pas encore à l’ordre du jour. L’islam reste l’islam, et seul le fait que l’Arabie Saoudite est une monarchie absolue permet ce qui se passe.

 

Les avancées impulsées par Mohammed ben Salman sont néanmoins remarquables.

L’homme qui, au sein de l’administration Trump, est en charge des liens avec Mohammed ben Salman est Jared Kushner. Pour les Saoud, que ce soit un membre de la famille Trump est un élément crucial pour créer des rapports de confiance. Pour Israël, que ce soit un Juif religieux et un ami inconditionnel d’Israël est un signe immensément positif. Pour le reste du monde, qu’un Juif religieux pro-israélien soit l’ami du prince héritier d’Arabie Saoudite devrait être un signe fort. Pour nombre de Musulmans, cela a l’effet d’une séance d’électrochocs.

Parmi les avancées, il y a la marginalisation de la “cause palestinienne”, qui n’est pas du tout au centre des préoccupations de Mohamed ben Salman qui y voit plutôt une nuisance à écarter, ce qui n’est pas loin d’être la position de Jared Kushner, de Binyamin Netanyahou et de Donald Trump. Mohamed ben Salman et son père ont réaffirmé les droits des Palestiniens (ils ne pouvaient faire moins) : ce sont, comme on dit, des paroles verbales. Mohammed ben Salman a déclaré plusieurs fois qu’Israël est légitime et que le peuple juif a le droit d’exister. Il est moins “pro-palestinien” que les dirigeants européens et a observé un silence absolu sur les attaques anti-israéliennes menées ces derniers jours depuis Gaza.

L’Arabie Saoudite ne va pas devenir une démocratie, non. La démocratie n’est pas compatible avec l’islam, et quiconque connaît l’islam le sait. Le monde musulman n’a connu des expériences démocratiques qu’éphémères : la plus longue a été celle de la Turquie de Mustafa Kemal. Le choix est entre des monarques absolus et des dictateurs compensant leur illégitimité religieuse par l’exercice d’une dictature impitoyable.

Les monarques absolus et les dictateurs peuvent soutenir le djihad.

Ils peuvent comprendre aussi que leur intérêt est de coexister sans guerre avec l’Occident et de tenter d’ouvrir à nouveau les portes de l’ijtihad, même si c’est difficile. Mohamed ben Salman comprend où se trouve son intérêt. Il entend coexister sans guerre. Il comprend que Donald Trump est un homme fort et n’a pas un esprit de dhimmi. Et c’est très important. Les dirigeants du monde musulman respectent la force et méprisent la faiblesse.

Mohamed ben Salman était, ces derniers jours, en visite aux Etats-Unis où il est resté plus longtemps qu’il restera à Paris. Ce n’était pas la première fois qu’un roi ou un prince héritier saoudien se rendait en visite aux Etats-Unis. C’est la première fois qu’un prince héritier saoudien s’est rendu à Wall Street, dans la Silicon Valley et à Hollywood. C’est la première fois qu’un prince héritier saoudien a tenu à rencontrer les principaux représentants du judaïsme aux Etats-Unis et leur a parlé d’amitié fraternelle.

Les droits de l’homme, me direz-vous ? Mohamed ben Salman a donné un entretien à une chaîne de télévision américaine dans laquelle il a dit, avant que le mufti d’Arabie Saoudite le dise, que les femmes sont égales en droit aux hommes et n’ont pas obligation de porter le voile. Il a donné l’interview à une femme journaliste non voilée et lui a serré la main en public. La police religieuse saoudienne ne s’en prend plus aux gens considérés comme insuffisamment musulmans, mais aux wahhabites stricts et aux gens soupçonnés de liens avec les Frères Musulmans. Les wahhabites stricts et les gens soupçonnés de liens avec les Frères Musulmans vont continuer à subir une répression impitoyable.

S’agit-il de taqiya ? La réponse semble être: non. Mohammed ben Salman joint les actes aux paroles et va très loin dans les actes. (Cela ne signifie pas qu’il ne s’écarte pas de la vérité : il réécrit l’histoire du royaume saoudien en disant que ce dernier n’est devenu strictement wahhabite qu’en 1979).

Mohammed ben Salman doit-il être soutenu ? La réponse est : oui. Et Donald Trump, qui a voulu ce qui se passe, soutient Mohammed ben Salman. Le gouvernement israélien, lui, observe avec une attention très positive et avec une bienveillance vigilance.

Mohammed ben Salman est-il menacé ? La réponse est : oui, encore. Il est bien protégé, mais wahhabites et Frères Musulmans peuvent vouloir mener une contre révolution. Ce n’est pas à écarter.

A-t-il des chances de réussir ? C’est un homme lucide, intelligent, déterminé, puissant, et il a les moyens de ses ambitions.

S’il réussit c’est l’ensemble du Proche-Orient qui peut se trouver transformé.

Ceux qui en France continuent à considérer que l’Arabie Saoudite est, dans le monde musulman, l’ennemi principal, et qui épargnent l’Iran et le Qatar devraient, en tout cas, revoir d’urgence leurs analyses.

Ceux qui critiquent Abdel Fattah al Sissi en Egypte (j’ai lu des articles douteux à son sujet ces derniers jours) devraient par la même occasion faire la même chose. Abdel Fattah al Sissi est lui-même un proche de Mohamed ben Salman et l’un des dirigeants les plus lucides et les plus courageux du monde sunnite aujourd’hui.

L’ennemi principal dans le monde musulman est l’Iran des mollahs. Quand Mohamed ben Salman dit que Ali Khamenei est comparable à Hitler, il ne se trompe pas. Ali Khamenei est un Hitler islamique qui n’a pas les moyens de déclencher une guerre mondiale et de perpétrer un génocide, mais ce sont les moyens qui lui manquent, pas les désirs.

Qu’on présente en France l’Iran des mollahs, principal financier du Hezbollah et du Hamas, comme un pays qui “s’ouvre” est honteux, mais la France est un pays où il ne cesse de se dire des choses honteuses….

© Guy Millière pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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