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Publié par Gaia - Dreuz le 11 avril 2018

Dans Les leçons du pouvoir, que Le Figaro s’est procuré, l’ancien chef de l’État dresse un premier bilan de son quinquennat, évoque ses regrets politiques, et revient sur la trahison d’Emmanuel Macron.

SES REGRETS DU QUINQUENNAT

La déchéance de nationalité: «Tel est mon regret»

«Tel est mon regret: avoir sous-estimé l’impact émotionnel de la déchéance de nationalité. (…) Aujourd’hui encore, je suis sûr que notre démarche ne menaçait en rien les libertés publiques, pas plus que les principes d’égalité entre les citoyens. Mais en démocratie, il ne suffit pas d’avoir raison, il faut aussi convaincre».

Loi travail: «Une erreur de méthode et de calendrier»

«Je maintiens que la réforme était justifiée même si elle ne figurait pas dans mon programme. Elle vivifiait les négociations d’entreprise. Elle adressait un message d’encouragement aux PME, elle comprenait des avancées sociales dans un contexte où la mobilité est devenue la réalité vécue de beaucoup de salariés. (…) C’était un compromis social-démocrate fondé sur l’équilibre entre souplesses et garanties, différent dans sa philosophie et ses modalités des ordonnances mises en œuvres par le gouvernement d’Édouard Philippe que seul le Medef a approuvées. Je reconnais néanmoins une erreur de méthode et de calendrier. Préparé dans une période où les attentats mobilisaient notre attention, le texte n’a pas fait l’objet d’une concertation suffisante. Sa présentation a été précipitée. Les mesures les plus discutables n’ont pas été expliquées avec la pédagogie nécessaire. L’annonce maladroite d’un recours au 49-3 avant même l’ouverture du débat parlementaire, qui tenait du coup de menton, avait été perçue au mieux comme une maladresse, au pire comme une provocation».

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LA TRAHISON DE MACRON

Macron: «À l’été 2015, le jeune ministre a pris de l’assurance»

«À l’été 2015, le jeune ministre a pris de l’assurance et s’aventure sur un terrain plus politique. Dans un hebdomadaire, il affirme que la France vit dans une nostalgie implicite de la monarchie, que la disparition du roi a laissé une place vide au sommet de l’État. Je n’y vois pas de malice. Je ne crois pas que la France ait besoin d’une nouvelle monarchie, serait-elle élective. Je mets cette idée sur le compte de son goût pour les débats d’idées. Pourtant, rétrospectivement, cette dissertation éclaire bien la pratique du pouvoir qu’il met en avant depuis son élection».

Meeting de la Mutualité: le SMS de Macron à Hollande

«Je l’exhorte à démentir au plus vite la rumeur. Sa réponse est nette: il n’y aurait que “de la malveillance”. Et il ajoute dans son message: “Mes soutiens diront demain que le 12 (juillet 2016) ne sert ni à démissionner ni à annoncer ma candidature. Grotesque. Bises”. Mais à la Mutualité, en présence d’une foule qui scande des “Macron président!”, il s’écrie: “Plus rien n’arrêtera le mouvement de l’espoir. Nous le porterons ensemble jusqu’en 2017 et jusqu’à la victoire!” Le doute n’est plus permis, même s’il m’assure, imperturbable, qu’il n’a pas “personnalisé” la victoire, laquelle pourrait donc être la mienne. Toujours cette façon de nier l’évidence avec un sourire».

Le dernier rendez-vous avec Macron avant sa démission, le 30 août 2016

«Il m’annonce qu’il veut retrouver sa liberté. Je lui demande ce qu’il fera si je me déclare. Il entre dans un développement emberlificoté sur une “offre politique” qui exprime bien plus la gêne que l’ambiguïté. Sa non-réponse en est une. Qu’a-t-il à perdre? Je comprends ce jour-là qu’Emmanuel Macron ne s’inscrit pas dans l’histoire de la gauche, pas davantage dans celle de la social-démocratie, ni même dans une recomposition qui pourrait préfigurer une coalition progressiste. Il est à son compte. Il a créé une entreprise; il entend la mener le plus loin possible».

Pendant la présidentielle, «je fulminais»

«J’ai regardé la campagne présidentielle avec un mélange de consternation et de vigilance. Je sentais qu’elle allait déboucher sur un dénouement inédit. Elle allait bouleverser le paysage politique mais elle ne pourrait occulter les tendances profondes à l’œuvre dans la société française. Je me retenais d’intervenir. Je suis sorti du silence dans les derniers jours, pour dénoncer l’extrémisme et le populisme, pour désigner la menace qu’ils faisaient peser sur le mode de vie des Français, sur leur pouvoir d’achat et sur leur emploi. Au fond de moi, je fulminais. Les Français méritaient mieux que cette succession d’affaires judiciaires, ces rebondissements jusque-là réservés aux séries télévisées, de meetings en hologrammes et en débats pléthoriques, indignes de l’enjeu. Mais je n’étais pas dans la course: avais-je le droit d’en juger? Je pensais simplement que ceux qui annonçaient à son de trompe une nouvelle donne pour en finir avec les affrontements de jadis et “dégager” les leaders d’un autre temps jouaient avec le feu.»

L’entretien secret avec Macron, trois jours après son élection

«Personne n’en avait rien su. La passation de pouvoir serait forcément courte. Elle dure une heure: avant de nous voir officiellement, il fallait que nous réglions d’abord officieusement les petites affaires, pour consacrer aux grandes le temps qui nous est imparti par la tradition républicaine. Nous nous sommes donc retrouvés discrètement à l’Élysée trois jours après le scrutin pour évoquer la situation politique née de son élection. Non pour revenir sur la campagne, ce temps est passé, mais pour évoquer la suite. L’échéance suivante, ce sont les législatives. (…) Le PS serait alors un possible allié. Je comprends au fil de nos échanges que son intention est tout autre. La République en marche présentera des candidats partout ou presque. (…) Il ne veut pas se concilier le PS. Il veut le remplacer. (…) Il m’annonce qu’il compte nommer une personnalité classée à droite à Matignon et rallier à lui des membres éminents de l’opposition: un pouvoir sans alternance. Débarrassé du PS, il veut désarmer la droite en débauchant ses leaders les moins éloignés de son projet».

SES AMBITIONS

«L’ancien monde»: «C’est le mien. Il a de l’avenir»

«Je sais d’où je viens, à quelle histoire j’appartiens et quelles valeurs je défends. D’autres croient que dans le ciel ne luit qu’une seule étoile, la leur, que tout est affaire de chances et de circonstances, et qu’ils ne sont liés à rien ni à personne. J’ai toujours admis la compétition politique. Mais je pense qu’elle doit se livrer au grand jour et s’assumer franchement. Convenons que ce ne fut pas le cas. Président, j’ai été celui de tous les Français mais je n’ai cessé de me situer dans un camp, celui du progrès. C’est ce qui a été appelé “l’ancien monde”. C’est le mien. Il a de l’avenir».

«J’entends toujours faire de la politique»

«Il est arrivé à d’anciens présidents de vouloir “revenir en politique”. Le mot est impropre. Même quand on ne brigue plus de fonction élective, quitter l’Élysée n’est pas renoncer. (…) Pour qu’une action soit regardée, évaluée, jugée, il vaut mieux s’éloigner et laisser le temps -et les contemporains- former leur appréciation, sans leur forcer la main. Ai-je été tenté d’intervenir après l’annonce de résultats économiques qui justifiaient mes choix? Ai-je voulu réagir aux commentaires qui tentaient de les déprécier? Bien sûr. Mais il y a des irritations qu’il faut garder pour soi, des inélégances qu’il faut feindre d’ignorer pour ne pas en être blessé, des oublis qu’il faut mettre sur le compte de l’emportement. (…) J’entends toujours faire de la politique. Je n’ai d’ailleurs jamais déclaré que j’y renonçais. Mais faire de la politique n’est pas forcément solliciter les suffrages, diriger un parti, ou préparer des échéances. (…) Ma vie nouvelle me laisse libre de défendre, au plus profond de moi-même, ce que je crois».

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SA VIE PRIVÉE

Valérie Trierweiler: «Ses mots m’ont fait mal»

«Julie Gayet est entrée dans ma vie. Notre relation fut révélée dans les pires conditions, pour ma personne et pour la fonction. J’en porte la responsabilité même si je ne saurai jamais comment et par qui une presse sans scrupules a pu être orientée et guidée de cette sorte. (…) Le choc fut rude. Valérie en fut profondément meurtrie. Notre séparation et les conditions de son annonce à laquelle elle n’a pas voulu s’associer ajoutèrent à la cruauté de la situation. Plus tard, dans un livre dont le succès fut retentissant, elle mit au jour ses blessures et exprima avec ses mots ce qu’elle avait vécu. Ils m’ont fait mal. C’était sans doute son intention. Nous avons mis du temps pour échanger de nouveau. Mais j’ai été sensible au mot délicat qu’elle m’a adressé le dernier jour de mon mandat.»

Julie Gayet: «Un inestimable soutien»

«Je peux le dire aujourd’hui: la tendre et délicate attention de Julie a été durant ces trois dernières années un inestimable soutien. Solidaire, présente mais suffisamment éloignée de la scène publique pour rester elle-même. Sans avoir besoin de jouer un rôle, elle était là, avec cette aspiration au bonheur qui rend la vie plus douce. Même à l’Elysée.»

Source : Lefigaro.fr

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