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Publié par Jean-Patrick Grumberg le 13 avril 2018
Douma – avant…

La question revient, encore et encore – souvent du camp de ceux qui refusent de croire qu’Assad ait utilisé l’arme chimique : pourquoi aurait-il utilisé l’arme chimique sur sa population, alors qu’il est en train de gagner la guerre par des moyens conventionnels.

Douma – maintenant…

J’ai beau demander à ceux qui refusent l’idée qu’Assad ait pu gazer les siens d’exprimer leurs raisons, personne à ce jour n’a apporté de réponse satisfaisante. Soit.

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Voici un exposé, tiré d’un article publié hier, des raisons pour lesquelles Assad a eu intérêt à gazer sa propre population.

« Convaincre » Jaïch al-islam de rendre les armes et quitter la ville

  • Dans l’Orient le Jour du 11 avril (1), un article d’analyse pose cette question que beaucoup se pose : « Que gagnerait Bachar el-Assad à utiliser des armes chimiques ? », et apporte cet élément de réponse :

« En quelques heures, un accord a été conclu avec les combattants de Jaïch al-islam, groupe islamiste majoritaire dans la Ghouta, mais qui se refusait à quitter Douma.

Plusieurs milliers de civils et de combattants avaient entre-temps déjà quitté la zone pour être redirigés vers Jarablos, dans le nord. Le départ des derniers combattants n’était plus qu’une question de temps, selon certains observateurs. Quel intérêt, dans ce cas, pour le gouvernement syrien, d’attirer davantage l’attention de la communauté internationale sur le conflit qui fait rage en Syrie ? Justement, répondraient les soutiens du régime syrien, Assad a déjà gagné. 

Sauf que les négociations avaient capoté entre Moscou et les groupes armés de la Ghouta quelques jours auparavant.

Alors que Damas exigeait de Jaïch al-islam qu’il rende les armes ou quitte la ville, le groupe aurait à son tour affirmé vouloir y rester en tant que « force de police locale », à la fureur du gouvernement syrien.

L’attaque du 7 avril aurait alors servi de moyen de persuasion particulièrement convaincant. C’est là toute l’horreur des armes chimiques. Invisibles, quelques fois inodores, elles sont bien plus redoutables que les bombes et les armes traditionnelles. Elles font partie d’une guerre psychologique souvent plus destructrice que des frappes aériennes. Elles ont également une connotation bien plus cruelle : elles génèrent des souffrances longues, et une mort assez lente, par asphyxie. »

Douma, dernière ville tenue par les rebelles

Avant
  • Il convient ici de prendre en compte ce que les journalistes Tom Perry et Laila Bassam écrivaient depuis Beyrouth le 6 avril dernier sur le site de Reuters (7) :

« Le gouvernement syrien a lancé un violent assaut aérien et terrestre sur la dernière ville tenue par les rebelles dans l’est de Ghouta vendredi, tuant au moins 32 personnes dans le but de sceller la plus grande victoire du président Bachar al-Assad depuis 2016.

« La plus grande victoire du président Assad depuis 2016 » : on le comprend, la Ghouta avait pour Assad une signification particulière.

L’arme chimique : plus cruelle, moins coûteuse, plus dissuasive

  • De plus, les armes chimiques présentent des avantages certains :

« Persuasives, plus cruelles et moins coûteuses, les armes comme le chlore ou le sarin restent un atout pour Damas »

« Dotées d’un pouvoir de dissuasion particulièrement puissant », explique l’édito de l’Orient Le Jour, « les armes chimiques ont aussi l’’avantage’ de causer moins de destructions matérielles que des missiles ou autres barils explosifs, armes quotidiennes de Damas et de ses alliés russes. Elles sont, dans ce même registre, moins chères à produire. Le chlore, par exemple, est couramment utilisé au civil, comme dans le traitement de l’eau. Mais il est également moins foudroyant que le gaz sarin, cent fois plus puissant que le cyanure.

Sur le plan politique également, l’utilisation d’armes chimiques peut se révéler utile.

D’après un communiqué publié par l’agence syrienne officielle SANA au lendemain de l’attaque de Douma, soit le dimanche 8 avril, Jaïch al-islam aurait demandé à négocier avec Damas, et non plus avec Moscou comme ce fut le cas jusque-là. «Toutes les négociations qui ont eu lieu actuellement sont avec l’État syrien exclusivement après que les terroristes de Jaïch al-islam ont plaidé pour la cessation des opérations militaires lancées contre eux tout au long de la nuit dernière», d’après l’agence.

Selon certaines sources, Bachar el-Assad aurait décidé de s’imposer face à la position russe, laquelle aurait permis une présence islamiste à sa porte. Le président syrien fait, ainsi, acte de présence à sa manière, sur un terrain dominé par ses alliés russes, iraniens et autres, et qui ont permis un tournant dans le conflit, notamment depuis le début de l’intervention russe en Syrie en septembre 2015. »

Réactions internationales ? Quelles réactions ?

Avant
  • Et les réactions de la communauté internationale ?

« …il [Assad] n’en a que faire. Comme pour narguer ces mêmes pays qui le critiquent avec virulence depuis maintenant sept ans, et dont les «lignes rouges» ne semblent plus représenter grand-chose. Malgré les menaces, le gouvernement syrien s’attend à des frappes – si elles ont lieu – limitées, similaires à celles qui ont visé la base de Chaayrat l’année dernière, en représailles à l’attaque de Khan Cheikhoun.

Bachar el-Assad sait pertinemment que le contexte actuel ne permet pas aux Occidentaux d’en faire plus, par peur d’un embrasement généralisé dont personne ne veut. »

L’arme chimique a permis de sceller la réédition des rebelles

  • Raisonnement similaire, dans le Journal du Cameroun (2), qui affirme que les gaz chimiques « auraient pu servir de tactique pour finalement reconquérir la dernière enclave rebelle en dehors de Damas. »

« Les analystes disent que le régime aurait pu choisir de mener une attaque au chlore pour éviter de nouvelles pertes importantes parmi ses troupes et pour s’assurer que le groupe rebelle Jaish al-Islam a quitté Douma dans les conditions fixées par Damas.

Plutôt que de s’enfoncer profondément dans Douma et de faire un bain de sang [JPG : Assad tente de reprendre Douma depuis 5 ans sans succès], une attaque aux armes chimiques a été utilisée pour semer la terreur au sein de la population dont Jaish al-Islam tire son soutien », a déclaré Nick Heras, analyste syrien.

  • « La tactique a fonctionné, et Assad régnera bientôt sur Douma », a déclaré mardi l’analyste du Center for New American Security.

« Le président Bachar al-Assad a repris le contrôle de la quasi-totalité du Ghouta oriental depuis la mi-février, mais jusqu’à la semaine dernière, les rebelles de la dernière poche de Douma refusaient résolument de se retirer.

Après l’attaque chimique présumée, le régime a déclaré qu’un accord avait été conclu pour que les combattants de Jaish al-Islam quittent la ville bombardée.

Reprendre le contrôle de l’Est de Ghouta serait une victoire majeure pour Assad dans la guerre de Sept Ans en Syrie, qui a tué plus de 350 000 personnes et déplacé des millions de personnes.

Cela libérerait les forces pro-gouvernementales pour expulser les combattants de l’opposition d’autres parties du pays, y compris la province d’Idlib au nord-ouest et la zone sud de Daraa, et sécuriserait la capitale Damas », conclut l’analyste.

  • « Assad a besoin que toutes les opérations soient à faibles pertes, sinon son armée n’aura pas les effectifs nécessaires pour se déplacer dans d’autres zones contrôlées par les rebelles », a ajouté M. Heras.
  • Selon Faysal Itani, chercheur au Centre Rafic Hariri pour le Moyen-Orient du Conseil de l’Atlantique; où il se concentre principalement sur le conflit syrien et son impact régional :

« Les forces du régime auraient pu choisir d’utiliser une arme chimique à Douma comme « tactique de combat [pour sécuriser] ce qui est pour eux la zone géographique la plus importante de cette guerre ». 

« Ils [les Syriens] étaient confrontés soit à la perspective d’un combat prolongé et moche dans cette zone construite, contre un ennemi assez dur et expérimenté – Jaish al-Islam – soit à utiliser des armes chimiques « , a-t-il dit.

« En tant que tactique, la seconde fonctionne assez bien pour briser le moral et provoquer la panique derrière les lignes de front », a ajouté en conclusion Itani, qui est également professeur auxiliaire de politique du Moyen-Orient à l’Université George Washington.

« Parce qu’il peut le faire »

  • Dans le Times of Israel (3), Avi Issacharoff se demande pourquoi Assad est-il si pressé qu’il aurait utilisé une arme chimique alors qu’il est si près de son but, la libération totale de Douma.

Pour plusieurs raisons, répond Issacharoff à sa propre question :

• « d’abord, parce qu’il peut le faire. Le président syrien a compris qu’à la lumière de l’annonce récente du président américain Donald Trump que l’Amérique a l’intention de retirer prochainement ses forces de Syrie, il n’a personne en travers de son chemin.

• Il est probable que le dirigeant syrien paiera le prix sous la forme de quelques missiles Tomahawk américains frappant l’une des bases militaires du régime, mais il est tout à fait clair que les Américains n’iront pas plus loin que cela.

• Le Conseil de sécurité de l’ONU n’agira pas tant que les Russes soutiendront Assad, et la « communauté internationale » est une expression qui n’a plus de sens au Moyen-Orient.

• Assad est en violation des accords de retrait des armes non conventionnelles de Syrie conclu entre l’ancien président américain Barack Obama, la Russie et Damas après une attaque chimique à grande échelle en 2013. Mais qui s’en soucie ?

• La semaine dernière, le journal Haaretz a rapporté que l’armée syrienne a déployé des forces dans des zones où il est interdit d’opérer, comme la région du plateau du Golan. Pourquoi ? Encore une fois, parce qu’il le peut et qu’il n’y a personne pour l’arrêter.

• De plus, on peut s’attendre à ce que l’utilisation d’armes chimiques raccourcisse les combats – et pas seulement dans la région de Douma ou de Ghouta Est. Ce sera également un facteur important dans la prise de décision des rebelles dans la région d’Idlib et des hauteurs du Golan.

Les armes chimiques, des instruments de terreur contre la résistance

Avant
  • Brian Michael Jenkins, conseiller du président de RAND Corporation, une organisation de recherche un organisme de recherche à but non lucratif et non partisan qui aide à améliorer les politiques et la prise de décisions par la recherche et l’analyse (4), avance d’autres arguments :

« Les armes chimiques ont une utilité militaire limitée, un fait connu depuis la fin de la Première Guerre mondiale. Il a été démontré que les explosifs et les balles de mitrailleuses ont tué beaucoup plus de gens, sans parler des maladies. L’utilisation d’armes chimiques provoque aujourd’hui une condamnation internationale, si ce n’est une action.

Ceux qui ordonnent leur déploiement risquent d’être accusés de crimes de guerre.

Alors pourquoi le président syrien Bachar Assad les utiliserait-il ?

• Contre les populations civiles, les armes chimiques sont des instruments de terreur – une démonstration que la résistance aura des conséquences horribles. Les massacres aveugles sont une conséquence de leur utilisation, et non l’objectif. L’objectif plus large est d’encourager les civils dans les zones tenues par les rebelles à se retirer.

• Cela est conforme à l’approche générale du régime syrien à l’égard de la contre-insurrection, qui diffère des notions occidentales de gagner des cœurs et des esprits. La Syrie veut que les zones échappant au contrôle du gouvernement soient dépeuplées. Dans le cadre d’une stratégie visant à rendre la vie intenable dans les zones rebelles, les forces armées syriennes ciblent les civils, les commerces, les approvisionnements alimentaires, les hôpitaux et les établissements de soins de santé. Cette approche a permis de transformer la moitié de la population syrienne en réfugiés qui fuient vers d’autres régions du pays ou à l’étranger.

• La stratégie de la Syrie s’inscrit également dans le cadre des efforts qu’elle déploie actuellement pour consolider un bastion loyal au régime dans la partie occidentale du pays. Les attaques aériennes et d’artillerie brutales sur la partie d’Alep tenue par les rebelles l’automne dernier faisaient partie de cette stratégie.

Démoraliser l’opposition

  • « Il est tout à fait possible qu’Assad ait utilisé des armes chimiques pour se forger une réputation de résistance extrême », a suggéré Christian Davenport (5), qui ajoute que « dans ce cas, le fait de signaler la dureté servirait à démoraliser l’opposition et à modifier ses calculs pour continuer à se battre ».
  • « Il est également possible », comme Mila Johns l’a soutenu (6), « qu’Assad ait utilisé des armes chimiques pour signaler à la communauté mondiale qu’il ne reconnaît pas l’autorité des normes mondiales de la communauté internationale ».
  • Enfin, presque tous les commentateurs du site Political Violence @ a Glance sont d’accord pour dire qu’Assad « révèle stratégiquement à ses ennemis jusqu’où il ira pour maintenir le pouvoir. »

Conclusion

Contrairement à ce qui se dit, Assad tente en vain depuis 7 ans de reprendre le contrôle de la Ghouta orientale tenue par les rebelles. Il vient finalement d’y parvenir, moins d’une semaine après avoir utilisé l’arme chimique contre les rebelles. Et l’on se demande pourquoi il a utilisé ce moyen ?

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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Sources :

(1) https://www.lorientlejour.com/article/1109657/de-linteret-dassad-a-utiliser-les-armes-chimiques.html

(2) https://www.journalducameroun.com/en/why-might-syrias-regime-have-dropped-toxic-gas-on-ghouta/

(3) https://www.timesofisrael.com/why-did-assad-use-chemical-weapons-because-he-can/

(4) https://www.rand.org/blog/2017/04/why-would-assad-use-chemical-weapons.html

(5) http://politicalviolenceataglance.org/2013/09/13/friday-puzzler-the-logic-of-chemical-weapons/#comment-9883

(6) http://politicalviolenceataglance.org/2013/09/20/the-logic-behind-assads-use-of-chemical-weapons/

(7) https://www.reuters.com/article/us-mideast-crisis-syria-douma/syrian-government-launches-assault-on-last-rebel-enclave-in-ghouta-idUSKCN1HD1VO

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