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Publié par Ftouh Souhail le 14 avril 2018

 

Israël observe avec intérêt la situation dans le deuxième pays d’Afrique par sa population, derrière le Nigeria, l’Éthiopie qui vient de connaître une évolution importante qui consiste à l’arrivée au pouvoir du 1er Premier ministre musulman de l’histoire de l’Éthiopie. Jérusalem entretient des relations historiques solides avec ce pays, considéré comme le second berceau de l’humanité.

L’Éthiopie est aujourd’hui constitutionnellement laïque, mais il est un pays où de nombreuses croyances coexistent. Après l’Arménie, c’est la deuxième plus ancienne nation chrétienne au monde. Elle abrite aussi une minorité juive les Bete Esraél ou Falachas qualifiés en Israël de « juifs éthiopiens. »

Au cours des années 1990, Jérusalem avait autorisé la plupart de ceux-ci à émigrer en Israël. Certains ont pu le faire grâce à la loi du retour, qui permet à un parent non Juif d’un Juif israélien d’émigrer, d’autres ont été accueillis à titre humanitaire.

 

Abiy Ahmed, le nouveau Premier ministre de l’Ethiopie

Le nouveau Premier ministre éthiopien, Abiye Ahmed, qui avait été désigné comme chef du gouvernement par la coalition au pouvoir, a pris officiellement ses fonctions le 2 avril dernier.

Originaire de Beshasha, une ville à environ 400 km au sud-ouest d’Addis-Abeba, il est le troisième Premier ministre de l’Éthiopie depuis la chute de la junte militaire en 1991 et le premier Premier ministre musulman de l’histoire du pays dans lequel, selon le dernier recensement, 61 % de la population est chrétienne, 33 % musulmane et 6 % professent une autre religion.

Titulaire d’un doctorat sur les questions de paix et de sécurité de l’université d’Addis-Abeba, sa nomination arrive un mois et demi après la démission surprise de l’ancien Premier ministre, Hailemariam Desalegn, qui avait quitté le pouvoir suite à de nombreuses manifestations antigouvernementales.

Abiy Ahmed a servi dans l’armée éthiopienne jusqu’au grade de Lieutenant-Colonel. Il a fait partie des casques bleus de la mission de l’Onu au Rwanda. Il a été formé aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Il parle couramment l’anglais, l’oromo, l’amharique et le tigréen. Des atouts et un profil consensuel qui expliquent son choix.

Abiy Ahmed est aussi un député de la coalition depuis 2010 et fut pendant une année ministre des sciences et de la technologie du gouvernement du premier ministre déchu.

Sur le plan intérieur, il a joué un rôle important dans la mise en place des services de renseignements éthiopiens sous leur forme actuelle. En 2009, il crée la première agence de cybersécurité du pays qu’il dirige jusqu’en 2012 avant d’être nommé ministres des sciences et technologie.

Dans son discours ayant suivi sa prestation de serment, le nouveau Premier ministre, âgé de 42 ans, a promis de redoubler d’efforts pour lutter contre la mauvaise gouvernance dans le pays, résoudre le problème du chômage, unifier le pays et éliminer la corruption qui selon lui gaspille les ressources du pays.

Abiy Ahmed aura pour première mission d’apaiser les fortes tensions qui agitent son pays, le système du fédéralisme ethnique en vigueur semblant à bout de souffle. Il a soigneusement évité de mentionner l’état d’urgence instauré le 16 février 2018.

Le nouveau leader éthiopien est crédité d’un immense soutien au sein des jeunesses de la région Oromia. Abiy Ahmed doit apporter des réponses aux revendications des dizaines de milliers de manifestants Oromos. Ces derniers se disent victimes de marginalisation politique, économique et culturelle bien qu’ils soient issus de l’ethnie majoritaire en Éthiopie.

Aussitôt après sa désignation comme premier ministre de l’Ethiopie, Abiy Ahmed a ouvert une brèche. Dans son discours d’investiture, lundi 2 avril, il a tendu la main au frère ennemi, l’Erythrée, en appelant à la réconciliation et au dialogue pour résoudre un conflit qui dure depuis l’indépendance du pays en 1993.

Alors que le nouveau Premier ministre musulman de l’Éthiopie arrive au pouvoir, Israël continuera probablement les efforts de l’approfondissement de sa coopération bilatérale avec ce pays et renfoncera ses bonnes relations en Afrique dans une « alliance sacrée » contre l’Iran. Avigdor Lieberman avait demandé, le mois dernier à l’Afrique de s’allier à son pays pour isoler l’Iran.

À l’issue de sa tournée africaine qui l’a conduit au Rwanda, en Zambie et en Tanzanie, Lieberman a émis le vœu de voir l’Afrique créer une coalition aux côtés d’Israël pour isoler l’Iran. Cité par Yediot Aharonot, Lieberman évoque en échange des aides qu’Israël pourrait apporter à l’Afrique dans les secteurs agricole, pharmaceutique et défensif : « En échange de ces aides, les Africains devront aider Israël à marginaliser l’Iran. »

Ce n’est pas la première fois que Lieberman cherche à liguer l’Afrique contre l’Iran. En 2009, alors qu’il était ministre des Affaires étrangères d’Israël, Lieberman était parti en tournée en Afrique pour rassembler les pays africains sous sa bannière anti-iranienne.

 

Des pays arabes sont inquiets des relations israéliennes avec l’Éthiopie

Emad Adawi, l’ex-chef d’état-major des forces armées soudanaises a mis en garde, la semaine dernière, contre l’influence d’Israël dans le bassin du Nil.

« L’influence israélienne dans le bassin du Nil constitue une menace pour la sécurité nationale du Soudan », a-t-il déclaré le 7 avril 2018.

Le général Adawi a rappelé le droit du Soudan à fermer ses frontières avec l’Érythrée, ajoutant que divers facteurs, dont l’influence israélienne dans le bassin du Nil, menaçaient la sécurité nationale du Soudan. Cet ex-responsable militaire a noté que certains pays attaquaient les terres agricoles du Soudan et que cela était aussi une menace pour la sécurité intérieure de son pays.

Cette déclaration intervient en effet alors le Soudan, l’Égypte ainsi que les pays riverains du Sud, Éthiopie et Kenya en tête, réclament un nouveau partage des eaux du Nil. Le traité actuel, élaboré en 1929 par la puissance coloniale britannique, puis amendé trente ans plus tard, attribue des quotas très favorables à l’Égypte et au Soudan, soit près de 90 % du volume annuel du fleuve.

L’Éthiopie, qui cherche un nouveau critère de répartition des ressources hydriques, construit des barrages sur le Nil avec une participation israélienne. Jérusalem se serait aussi engagée à financer trois autres ouvrages en Ouganda. Les outils de cette stratégie sont aussi bien économiques que politico-militaires. En Éthiopie, Israël a financé la construction de dizaines de projets pour l’exploitation des eaux du Nil Bleu. Ces ouvrages permettent d‘irriguer de nouvelles terres et produire de l’énergie électrique en Éthiopie. L’eau du Nil est considérée comme un instrument d’influence.

Pour Israël, l’Éthiopie, situé sur la Corne de l’Afrique, est un pays central du continent africain

Les autorités israéliennes accordaient toujours une importance particulière à ce pays de la Corne de l’Afrique.

Les deux pays ont rétabli des relations diplomatiques en 1992. L’Éthiopie a une ambassade à Tel Aviv et Israël une ambassade à Addis-Abeba. Israël a été l’un des fournisseurs d’assistance militaire les plus fiables d’Éthiopie, soutenant différents gouvernements éthiopiens pendant la guerre d’indépendance érythréenne. En 2012, un Israélien d’origine éthiopienne, Belaynesh Zevadia, a été nommé ambassadeur d’Israël en Éthiopie.

Pendant l’ère impériale, les conseillers israéliens ont formé des parachutistes et des unités de contre-insurrection appartenant à la Cinquième Division (également appelée la Division Nebelbal, «Flamme»).

En décembre 1960, une partie de l’armée éthiopienne tenta un coup d’État alors que l’empereur Hailé Sellassie effectuait une visite d’Etat au Brésil. Israël est intervenu pour que l’Empereur puisse communiquer directement avec le général Abbiye. Le général Abbiye et ses troupes restèrent fidèles à l’empereur et la rébellion fut écrasée.

Au début des années 1960, Israël a commencé à aider le gouvernement éthiopien dans ses campagnes contre le Front de libération érythréen (ELF). Les forces anti-insurrectionnelles formées par Israël et le gouverneur général de l’Érythrée, Asrate Medhin Kassa, avaient pour conseiller un attaché militaire israélien. Un colonel israélien a été chargé d’une école d’entraînement militaire à Decamare et de l’entraînement des forces du Commando maritime éthiopien.

En 1966, il y avait environ 100 conseillers militaires israéliens en Ethiopie. La coopération éthiopienne-israélienne a eu des répercussions sur le discours des mouvements rebelles érythréens, qui ont de plus en plus commencé à utiliser la rhétorique antisioniste. Cela a également permis aux Érythréens de mobiliser un soutien matériel du monde arabe et islamique. La perception israélienne de la guerre en Érythrée dans le cadre du conflit arabo-israélien a été renforcée lorsque des rapports de liens entre le Front de libération érythréen et l’Organisation de libération de la Palestine ont émergé après la guerre des Six Jours.

Parallèlement à la guerre en Érythrée, Israël a été accusé d’avoir aidé le gouvernement éthiopien à écraser la résistance Oromo. Le nouveau Premier ministre éthiopien, Abiye Ahmed, vient de cette région.

En 1971, le chef d’état-major israélien, Bar Lev, s’est rendu en Éthiopie, au cours de laquelle il a présenté des propositions pour approfondir la coopération israélo-éthiopienne. Les Éthiopiens ont rejeté les propositions israéliennes mais néanmoins, l’Éthiopie a été accusée par les Arabes d’avoir accordé des concessions à Israël pour avoir installé des bases militaires israéliennes sur les îles éthiopiennes de la mer Rouge. L’Éthiopie a toujours nié toutes ces accusations.

Israël a offert une aide militaire à l’Éthiopie en cas de prise de contrôle des îles par les Yéménites, mais l’Éthiopie a décliné l’offre en craignant une réaction politique des pays arabes. Pourtant, l’Ethiopie a été attaquée au sommet de l’Organisation de l’Unité Africaine à Addis Abeba en 1973 par la délégation libyenne, accusant l’Éthiopie d’autoriser l’installation de bases israéliennes sur son territoire. Lors du sommet, le président algérien Houari Boumediène a appelé l’Ethiopie à rompre ses relations avec Israël. En retour, Boumediène propose d’utiliser son influence politique pour geler le soutien arabe au Front de libération érythréen.

Les allégations de possibles bases militaires israéliennes sur les îles de la côte érythréenne ont refait surface peu après, lors d’un sommet des ministres des Affaires étrangères des pays islamiques, tenu à Benghazi, en Libye. La réunion de Benghazi a condamné la coopération éthiopienne-israélienne et s’est engagée à soutenir le Front de libération érythréen(1).

En 1978, lorsque le ministre israélien des Affaires étrangères, Moshe Dayan, a reconnu qu’Israël fournissait une aide à la sécurité en Éthiopie, Mengistu Haile Mariam a expulsé tous les Israéliens afin de préserver ses relations avec les États arabes radicaux tels que la Libye et le Yémen du Sud.

Bien qu’Addis-Abeba ait affirmé avoir mis fin à ses relations militaires avec Israël, la coopération militaire s’est poursuivie. En 1983, par exemple, Israël a dispensé une formation en communication et, en 1984, des conseillers israéliens ont formé la garde présidentielle et le personnel technique israélien a servi avec la police. Certains observateurs occidentaux pensaient qu’Israël avait fourni une assistance militaire à l’Éthiopie en échange de la coopération tacite de Mengistu au cours de l’opération Moïse en 1984, au cours de laquelle 10 000 Beta Israël (Juifs éthiopiens) ont été évacués vers Israël.

Alors que les alliés arabes de Mengistu dans le bloc anti-Israël sont entrés dans un état de crise et de division, l’Éthiopie a commencé à mettre davantage l’accent sur les relations avec Israël. En 1989, les relations diplomatiques officielles ont été rétablies. À la fin de 1989, Israël aurait conclu un accord secret pour fournir une assistance militaire accrue en échange de la promesse de Mengistu d’autoriser l’émigration de Beta Israel en Israël. En outre, les deux pays ont convenu de rétablir les relations diplomatiques et d’accroître la coopération en matière de renseignement. Mengistu voulait qu’Israël, contrairement à l’Union Soviétique, dont les conseillers militaires mettaient l’accent sur les tactiques conventionnelles, fournir la formation et le matériel nécessaires pour transformer l’armée éthiopienne en une force de contre-insurrection.

En 1990, les relations israélo-éthiopiennes se sont renforcées. Selon le New York Times, Israël a fourni 150 000 fusils, bombes à fragmentation, dix à vingt conseillers militaires pour former la garde présidentielle de Mengistu, et un nombre inconnu d’instructeurs pour travailler avec des unités de commandos éthiopiennes. Des rapports non confirmés ont également suggéré qu’Israël avait fourni à l’armée de l’air éthiopienne des caméras de surveillance et avait accepté de former des pilotes éthiopiens.

Pour Israel, l’Éthiopie reste un pays central du continent africain.C’est un pays qui affronte le terrorisme islamique radical. L’Éthiopie comptait une population de 103 millions habitants ce qui lui vaut la seizième place mondiale et la deuxième en Afrique. Les projections prévoient pour l’Éthiopie une population de 150 millions d’habitants en 2050.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Ftouh Souhail pour Dreuz.info.

(1) Le Premier ministre éthiopien de l’époque, Aklilu Habte-Wold, a commencé à chercher un soutien politique pour rompre les relations avec Israël après le sommet de l’OUA. Après de longues discussions, le cabinet a voté pour rompre les liens diplomatiques avec Israël. La décision fut cependant censurée par un veto de l’Empereur. Au moment de la guerre d’octobre 1973, de nombreux États africains ont rompu leurs relations avec Israël. Ceci, et les menaces arabes d’un embargo pétrolier paralysant, ont fait pression sur l’empereur pour retirer son veto, et le 23 octobre 1973 l’Éthiopie a coupé ses relations diplomatiques avec Israël. La rupture des relations avec Israël a amené les États-Unis à atténuer leur soutien à la domination impériale en Éthiopie.

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