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Publié par Magali Marc le 15 avril 2018

Comme plusieurs lecteurs de Dreuz, je m’interrogeais sur les raisons qu’aurait eues Assad d’utiliser l’arme chimique pour venir à bout des rebelles. L’attaque était mise en doute notamment par Teresa May qui disait attendre d’avoir des preuves. Puis j’ai trouvé un article signé par Sam Dagher qui a passé pas mal de temps en Syrie et j’ai compris la logique d’Assad : non seulement il veut vaincre la rébellion, mais il a besoin de les obliger à libérer leurs prisonniers alaouites, afin de conserver l’appui de sa communauté d’origine.

Pendant que je traduisais l’article de Sam Dagher*, paru dans The Atlantic, le 12 avril, les États-Unis, la France et le Royaume-Uni menaient des frappes en Syrie tel que promises par le président Trump. Cela ne change pas grand chose à l’analyse de Dagher.

À l’intention des lecteurs de Dreuz qui doutent encore qu’Assad ait utilisé l’arme chimique à Douma, voici l’explication que propose Dagher, un journaliste qui connaît bien la Syrie.


Des familles qui ont tout sacrifié pour Assad : la communauté alaouite de Syrie a été une source clé de soutien pour le régime. Mais elle pourrait se retourner contre lui.

BEYROUTH – Depuis que les forces du régime syrien ont été accusées d’avoir mené une attaque à l’arme chimique contre Douma, la plus grande ville rebelle près de Damas, le monde a attendu avec impatience la réponse des États-Unis. Après l’attaque présumée, le président Donald Trump a parlé de représailles imminentes et a eu des mots durs pour Bachar al-Assad, le président de la Syrie, et son patron la Russie. Depuis, Trump s’est rétracté disant qu’une attaque pourrait survenir « très bientôt ou pas bientôt du tout! » Pourtant, la dernière fois qu’une telle attaque chimique à grande échelle a été suspectée en Syrie, Trump a donné suite à ses menaces, quoiqu’avec une réplique mesurée (NdT: on sait maintenant que Trump ne bluffait pas) .

Compte tenu des conséquences potentielles graves qu’Assad et ses alliés pouvaient subir, on s’est demandé pourquoi il aurait pris le risque d’utiliser des armes chimiques, surtout quand son régime avait déjà annoncé la réussite de l’assaut contre la Ghouta orientale, la dernière grande zone rebelle près de Damas, qui englobe également Douma. De nombreuses théories ont été proposées, y compris le besoin qu’aurait eu Assad de terroriser davantage la population afin de la soumettre, ainsi que son désir de se montrer audacieux et d’humilier un Occident impuissant.

Une explication cruciale a été généralement négligée, à savoir la pression qu’il a subie de la part des Alaouites, membres de la secte minoritaire chiite à laquelle appartiennent les Assad.

Beaucoup d’Alaouites croyaient que le principal groupe insurrectionnel de Douma, Jaysh al-Islam, ou Armée de l’Islam, retenait jusqu’à 7500 prisonniers alaouites dans et autour de la ville – y compris des généraux, des soldats et des civils – enlevés ou capturés par les rebelles dans le but d’obtenir des concessions du régime.

Quoique les Alaouites ne représentent qu’une petite partie de la population syrienne, ils occupent des postes clés dans le régime, dominent la police et fournissent les principales forces combattantes qui ont défendu le régime depuis 2011. Nombreuses sont les familles alaouites auxquelles manquent des proches qu’Assad n’a pas réussi à faire libérer, alors même qu’il leur demande d’envoyer encore leurs fils dans la bataille.

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Assad doit absolument conserver sa légitimité aux yeux de ce puissant groupe politique, un fait reconnu à la fois par les mécènes d’Iran et de Russie.

« Nous n’abandonnerons aucune personne disparue ou kidnappée et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour les libérer s’il sont encore en vie », a déclaré M. Assad lors d’une réunion (…) avec des familles alaouites.

Pour Assad, faire preuve de solidarité avec sa propre communauté constitue une préoccupation plus importante que les éventuelles retombées de son utilisation d’armes chimiques.

Compte tenu des réactions ambivalentes de l’Occident face à de telles attaques, de la détermination de ses alliés à le protéger et de sa propre volonté à justifier toute atrocité ou à mentir impunément, le calcul d’Assad semble d’autant plus tenir la route que les Américains entretiennent une certaine confusion quant à ce que sera la réplique américaine, s’il y en a une (NdT: on sait maintenant ce qu’il en est).

Pourtant, la veille de l’attaque présumée à l’arme chimique de Douma, il était clair qu’Assad devait montrer à sa propre communauté, fatiguée de la guerre, jusqu’où il était prêt à aller afin de faire libérer les prisonniers.

Assad est un fin dictateur qui comprend instinctivement à quelle vitesse les choses pourraient s’effondrer si les Alaouites se retournaient contre lui.

Au cours de cette guerre qui dure depuis sept ans en Syrie, j’ai parlé à de nombreux Alaouites qui ont l’impression d’avoir tout sacrifié pour préserver les cinq décennies de règne de la famille Assad.

Presque toutes les maisons des bastions alaouites de l’ouest de la Syrie ont été touchées par la guerre, et de nombreux membres de la communauté pensent qu’il s’agit autant de sauver Assad que de préserver leur propre existence.

Le régime a prétendu que la majorité musulmane sunnite, dont s’inspire la rébellion, veut éradiquer leur communauté.

Alors que les rangs de l’armée s’effilochaient à cause des défections, les Alaouites se sont précipités pour rejoindre les milices sectaires nouvellement créées. Mais Assad semblait toujours accorder plus d’importance aux miliciens chiites iraniens, y compris aux combattants du Hezbollah, qui ont inondé le champ de bataille pour le sauver.

L’offensive récente dans la Ghouta orientale, qui a impliqué près de deux mois d’une campagne de terre brûlée, soutenue par la Russie, contre les rebelles, semblait destinée à changer cela, d’autant plus que l’Iran et ses milices semblaient prendre leur distance. Les Alaouites et de nombreux membres du régime ont appelé Assad à infliger un maximum de souffrances à l’opposition pour garantir la libération des prisonniers.

Au cours du mois de mars, des dizaines de milliers de combattants rebelles et de civils ont émergé de la Ghouta orientale et ont obtenu un passage sécuritaire vers Idlib, une province dominée par l’opposition dans le nord. Leur libération avait été arrangée lors de négociations entre les Russes et les groupes armés.

Alors que les Alaouites les regardaient partir, ils s’inquiétaient et s’énervaient: ils n’avaient pas encore reçu d’informations concernant leurs proches toujours détenus par l’Armée islamique. Mais tandis que les négociations conduites par la Russie avec le groupe étaient tombées au point mort, le sort des prisonniers alaouites n’était toujours pas résolu.

Assad a donc apparemment décidé qu’il était temps de prendre les grands moyens.

Vendredi (6 avril), le régime syrien a repris son bombardement massif de Douma et a lancé un ultimatum aux rebelles : ils trouveront la mort et le chaos sur une échelle sans précédent, à moins que tous les prisonniers alaouites soient pris en compte ou libérés.

Puis , il y a eu l’attaque présumée des armes chimiques de Douma samedi (le 7 avril), impliquant un mélange d’agents neurotoxiques et de chlore. L’Armée islamique est revenue aussitôt à la table des négociations pour discuter de la reddition de Douma, le sort des prisonniers alaouites et des personnes disparues étant le premier point à l’ordre du jour, un développement qui procurait une satisfaction momentanée aux familles.

Peu après, des mères alaouites angoissées, des femmes et des parents se sont précipités à Damas depuis leurs villes et villages de l’ouest de la Syrie, s’attendant à retrouver leurs proches. Mais l’espoir a rapidement cédé la place à la colère et à la frustration lorsque, lundi soir (9 avril), seuls 200 prisonniers alaouites étaient sortis de Douma. Les émotions ont débordé lorsque les médias officiels du régime ont annoncé que 200 étaient le nombre final de prisonniers qui sortaient vivants de Douma. Le chiffre de 7500 prisonniers était «une fausse nouvelle», disaient-ils, diffusée (par les rebelles) dans le but d’extorquer de l’argent aux familles désespérées.

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Une scène rare et incroyable s’est alors produite : des centaines d’Alaouites furieux ont organisé lundi une manifestation impromptue dans le centre de Damas, marchant à partir d’un auditorium situé à côté de l’ambassade de Russie, transformé en zone d’attente pour les familles, jusqu’à l’une des intersections les plus achalandées de la capitale.

Les forces de sécurité du régime, nerveuses, ont immédiatement bouclé toute la zone et envoyé des représentants des médias du régime pour consoler les gens et leur permettre de se défouler. Tous les autres médias ont été tenus à l’écart d’après ce que m’a dit un journaliste indépendant basé à Damas qui a été témoin de la scène.

« J’ai apporté à mon fils ces pantalons pour qu’il puisse les porter quand il sera libéré », a crié une femme à lunettes, vêtue de noir, en agitant un jean devant les caméras. Son fils, un soldat disparu depuis six ans, ne s’est pas présenté. « J’avais l’habitude de vous faire confiance [les médias du régime] mais c’est fini ! »

Jaafar Younis, correspondant de la télévision d’État et camarade alaouite, a essayé de la réconforter. « S’il vous plaît Tatie, calmez-vous, nous avons affaire à un groupe armé terroriste » – une référence à l’Armée de l’Islam – « on ne peut pas croire à leur parole. Et vous avez tous vu la pression que l’armée syrienne a exercée sur eux quand ils ont essayé de revenir sur l’accord », a-t-il dit.

Un autre correspondant, également alaouite, a reconnu qu’il y avait encore des milliers d’alaouites kidnappés et disparus dans toute la Syrie, mais a déclaré qu’ils n’étaient plus à Ghouta. « Nous voulons des listes avec les noms des kidnappés, morts ou vivants. … Nous voulons que notre voix soit entendue par son Excellence le président Bachar al-Assad, et lui seul », a insisté un homme.

A la tombée de la nuit de lundi, les familles alaouites ont été persuadées d’abandonner les rues après avoir paralysé la circulation. Elles sont retournés à l’auditorium, mais leur rage ne s’est pas calmée. « Les officiers [du régime] sont des bâtards. Les médias sont aussi des bâtards et ils ne disent jamais la vérité. Nous voulons connaître le sort de nos enfants ! Combien les avez-vous vendus ? Combien avez-vous eu pour le sang des martyrs ? Combien ? » s’est écriée une mère en larmes.

J’ai entendu de tels sentiments exprimés par les Alaouites à plusieurs reprises lors d’un voyage de deux semaines à travers la campagne de Hama et les provinces côtières de Lattaquié et de Tartous à l’été 2014.

Les mères et les femmes m’ont raconté qu’elles savaient que leurs proches étaient détenus par des rebelles à Douma, et voulaient qu’Assad en fasse d’avantage pour les libérer. Pour elles, Assad semble trop décontracté et préoccupé par son image de président de tous les Syriens et non uniquement comme chef des Alaouites.

Mohammad Jaber, un chef de milice proche du frère obscur et impitoyable d’Assad, Maher, m’a dit début 2013 qu’Assad n’était pas aussi déterminé que son défunt père, qui a gouverné la Syrie pendant trois décennies et a fait face à une insurrection similaire dans les années 1980.

Bashar, a déclaré Jaber, devrait «exterminer» les rebelles et leurs familles – en particulier ceux installés autour de Damas, dans des endroits comme la Ghouta orientale. C’était quelques mois avant la première grande attaque à l’arme chimique contre la Ghouta à l’été 2013, qui avait fait près de 1 400 morts et que les États-Unis et leurs alliés avaient imputés au régime.

Même si Assad a récupéré une grande partie du territoire que les forces du régime avaient perdu contre les rebelles, la guerre est à peine terminée.

Au fil du temps, le conflit a enhardi de nombreux chefs de milices alaouites et des chefs de guerre qui demandent maintenant à Assad de se montrer plus dur.

Au moins pour l’instant, il a besoin de ces gens et sait que toute défection au sein de sa communauté alaouite pourrait lui coûter le pouvoir dans les régions du pays qu’il contrôle, même avec le plein soutien de l’Iran et de la Russie.

Pourtant, Assad est obsédé par la projection de lui-même en tant que chef de file non-sectaire, un leader pour tous les Syriens qui perçoit les implications de la guerre au niveau mondial. « La bataille est plus importante et ne se limite pas à la seule Syrie. Vous vous battez maintenant dans une guerre mondiale. Une lutte mondiale. Chaque balle que vous tirez sur un terroriste change l’équilibre du pouvoir dans le monde et chaque conducteur de char qui avance d’un mètre change la carte géopolitique du monde », a déclaré un Assad rasé de près, vêtu d’un pantalon bien pressé et d’un blazer, lors d’une visite aux lignes de front de la Ghouta orientale le mois dernier pour faire étalage de sa victoire.

Mais que signifient l’équilibre des pouvoirs et les cartes géopolitiques pour les familles alaouites qui lèguent à leurs enfants le régime d’Assad ?

Il est ironique qu’après une guerre de sept ans qui a tué plus d’un demi-million de personnes, déplacé des millions et vu l’ascension et la chute d’ISIS et l’implication des puissances étrangères et régionales, la plus grande menace au pouvoir d’Assad puisse venir, en fin de compte, de sa propre communauté alaouite.

* Sam Dagher est journaliste au Moyen-Orient et l’auteur d’un prochain livre sur le régime d’Assad : Assad, Or We Burn the Country: How One Family’s Lust for Power Destroyed Syria, Little, Brown and Company , 1 mai 2019

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Traduction de Magali Marc (@magalimarc15) pour Dreuz.info.

Source : The Atlantic

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