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Publié par Jean-Patrick Grumberg le 17 avril 2018
Seath Doane, seul journaliste américain à Douma

Les inspecteurs de l’OIAC, l’agence internationale envoyée pour prélever des échantillons d’air, d’eau et de sol sur le site de l’attaque présumée de gaz toxique en Syrie la semaine dernière sont bloqués depuis samedi par les forces russes et syriennes, a déclaré le directeur de l’organisation.

Lundi, le Président Trump a décidé de reporter de quelques jours son projet d’augmenter les sanctions contre la Russie pour ce que l’administration Trump l’accuse de son soutien au programme d’arme chimique du président syrien Bachar al-Assad.

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La confusion est apparue lorsque neuf inspecteurs de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) ont été bloqués à Damas et se sont vus refuser l’autorisation de se rendre à Douma, une banlieue à l’est de la capitale syrienne qui a été attaquée à l’arme chimique le 7 avril.

Mais Ahmet Uzumcu, directeur général de l’OIAC a déclaré lors d’une réunion d’urgence avec le conseil exécutif et aux États membres que les responsables syriens et russes avaient affirmé qu’il restait encore des questions de haute sécurité à régler avant qu’un déploiement puisse avoir lieu :

« Les responsables syriens et russes qui ont participé aux réunions préparatoires à Damas ont informé l’équipe FFM (Mission d’établissement des faits) qu’il restait encore des questions de sécurité à régler avant tout déploiement. »

Uzumcu a exprimé l’espoir que les inspecteurs pourraient se rendre à la Douma « dès que possible ».

La Russie a d’abord nié avoir bloqué l’accès de l’équipe de l’OIAC au site de l’attaque de Douma.

Puis, dans un revirement, le vice-ministre des Affaires étrangères russes, Sergei Ryabkov, a déclaré un peu plus tard lundi matin que la mission n’avait pas été autorisée parce qu’elle n’avait pas obtenu l’approbation du Département de la sûreté et de la sécurité de l’ONU.

En réaction, Stéphane Dujarric, porte-parole du Secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres, a contredit les déclarations russes et confirmé à New York que l’équipe de l’OIAC disposait de toutes les autorisations nécessaires pour prélever des échantillons à la Ghouta.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a ensuite répété lundi les affirmations de son gouvernement selon lesquelles aucune attaque chimique n’a eu lieu et a déclaré que les photographies et les vidéos montrant des gens s’étouffant et d’autres symptômes d’empoisonnement chimique ont été « mis en scène ».

A Douma, on estime qu’au moins 40 personnes sont mortes dans l’attaque chimique présumée du 7 avril.

Les observateurs se demandent aujourd’hui pourquoi, si aucune attaque chimique n’a eu lieu, bloquer l’accès aux enquêteurs internationaux, qui ne seront pas autorisés à pénétrer sur la zone avant mercredi.

Associated Press

Coïncidence, la ville a été libérée immédiatement après l’attaque chimique qui n’a pas eu lieu

Jusqu’à samedi, la ville était la dernière ville, le dernier bastion, tenu par les rebelles près de la capitale et la cible d’une offensive gouvernementale en février et mars infructueuse qui a tué des centaines et déplacé des dizaines de milliers de personnes. Mais coïncidence, la ville a été libérée immédiatement après l’attaque chimique qui n’a pas eu lieu. Quelques heures après l’attaque chimique présumée, la faction rebelle qui contrôlait la ville, l’Armée de l’Islam, a cédé et a été évacuée avec des milliers d’habitants.

Associated Press, lors d’une visite organisée par le gouvernement syrien lundi à Douma, s’est entretenu avec des survivants et des témoins qui ont décrit avoir été victimes de l’attaque chimique. Plusieurs ont dit qu’une odeur étrange s’est répandue et les gens ont crié : « C’est du chlore ! C’est du chlore ! »

AP a visité un abri souterrain de deux pièces où Khaled Mahmoud Nuseir a dit que 47 personnes ont été tuées, y compris sa femme enceinte et ses deux filles, Qamar, 18 mois, et Nour, 2 ans et demi. Une odeur étrange persistait, plusieurs jours après l’attaque.

Nuseir, 25 ans, a dit qu’il a couru du refuge à une clinique voisine et s’est évanoui. Après avoir été réanimé, il est retourné au refuge et a trouvé sa femme et ses filles mortes, avec de l’écume sortant de leur bouche. Lui et deux autres résidents ont accusé l’armée rebelle de l’Islam d’avoir perpétré l’attaque.

Pendant que Nuseir parlait avec les reporters d’AP, les troupes gouvernementales syriennes n’étaient pas loin et écoutaient. Nuseir a également déclaré qu’on a trouvé une bouteille de gaz qui fuyait, ajoutant qu’il ne pensait pas qu’elle était tombée de l’air parce qu’elle semblait encore intacte.

Par ailleurs, et en dehors de la présence immédiate de l’armée syrienne, AP s’est entretenu avec un médecin qui faisait partie de ceux qui ont été évacués vers le nord de la Syrie. Ahmed Abed al-Nafaa a déclaré que des hélicoptères ont volé avant l’attaque chimique et que lorsqu’il est arrivé sur le site, les gens criaient au « chlore ». Il a dit qu’il a essayé d’entrer dans l’abri mais qu’il a été vaincu par une forte odeur de chlore et que ses camarades l’ont sorti de l’abri.

Dimanche, la télévision publique d’Etat syrienne Al-Ikhbariya a diffusé des interviews avec près d’une douzaine de médecins qui ont déclaré n’avoir trouvé aucune trace de gaz toxique à Douma. Un médecin a dit qu’il a entendu quelqu’un crier « attaque chimique ! » mais n’a vu aucun patient avec des symptômes. D’autres ont dit que la poussière peut s’infiltrer dans les abris souterrains, causant l’étouffement et d’autres symptômes associés aux attaques chimiques. Il n’est pas possible d’établir de façon indépendante si ces témoignages favorables n’ont pas été obtenus sous la menace.

En raison des pressions de la Russie au Conseil de sécurité de l’ONU, la commission d’enquête de l’OIAC n’a pas reçu le mandat d’attribuer la responsabilité de l’attaque, mais simplement de dire si une attaque s’est produite, et avec quels agents.

Recrudescence de cyber activité russe

  • Lundi, le département de la Sécurité intérieure, le Pentagone et le FBI ont annoncé une recrudescence très importante des attaques de Trolls russes, jusqu’à 2000% de plus, et qu’une nouvelle vague de « cyberespionnage et d’agressions » russe avait ciblé des gouvernements et des entreprises privées par des attaques numériques sur des cyberinfrastructures, routeurs et firewall.
  • Le New York Times rapportait en février que la société Internet Research Agency, une entreprise liée au Kremlin, avait un effectif de plus de 1 000 personnes en 2015. Et en janvier dernier, Twitter a identifié près de 4 000 comptes actifs liés à l’agence.
  • Le rapport 2017 de la Defense Intelligence Agency américaine sur la puissance militaire de la Russie a averti que le pays disposait d’une « armée de commentateurs en ligne rémunérés » [trolls] visant à manipuler les articles publiés sur internet en faveur de la Russie, et semer la discorde.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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Sources :

http://www.latimes.com/nation/la-fg-syria-us-20180416-story.html
https://www.cbsnews.com/news/russia-opcw-syria-alleged-chemical-attack-after-us-strikes-2018-4-16/

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