Publié par Ftouh Souhail le 28 avril 2018

Il faut reconnaître au Qatar sa maîtrise du jeu des contradictions. 

La monarchie des pétrodollars renforce sa défense aérienne, terrestre et maritime avec du matériel dernier cri occidental, elle établit progressivement une alliance solide avec les Russes, et tente un rapprochement avec l’OTAN.

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  • Les forces armées du Qatar ont signé, le 19 avril 2018 au siège de la représentation militaire qatarie à Washington, un accord estimé à 2,5 milliards de dollars pour l’acquisition d’un système américain de défense aérienne avec l’entreprise américaine Raytheon.

Citant l’attaché militaire qatari à Washington, Youssef al-Kawari, cet accord s’inscrit dans le cadre du renforcement de la coopération militaire entre les deux pays, notamment, en matière de défense aérienne.

Le ministre qatari de la Défense, Khaled al-Atiyya, est arrivé le 18 avril aux Etats-Unis pour finaliser ce contrat.

  • En juin 2017, le ministère qatari de la Défense avait signé un accord d’achat d’avions de chasse de fabrication américaine de type F-15, d’une valeur de 12 milliards de dollars.
  • Le mois dernier, lors du salon Dimdex (Doha International Maritime Defence Exhibition and Conference), le Qatar a également passé un accord avec l’entreprise européenne Airbus pour l’achat de 28 hélicoptères NH90. Dans la région du Moyen-Orient, le Qatar est le deuxième acquéreur du NH90, après Oman.

Outre la fourniture des hélicoptères, ce contrat de près de 2 milliards d’euros prévoit également l’aide à la mise en place des infrastructures nécessaires à leur mise en œuvre (tarmac, bâtiment, hangar, salles opérationnelles, systèmes informatiques au sol, etc.), la formation des équipages navigants et des mécaniciens, ainsi que le soutien au sol directement sur place avec l’entretien des appareils pendant huit ans.

  • Nexter SA, le groupe industriel d’armement appartenant à l’État français, a signé un contrat évalué à 1,5 milliard d’euros pour la vente de 490 chars VBCI aux forces terrestres du Qatar.

Lors du même salon Dimdex, le groupe d’armement terrestre public et la société qatarie Barzan Holdings, détenue par le ministère de la Défense, ont signé deux protocoles d’entente pour obtenir cette commande.

Lors de la visite d’Emmanuel Macron à Doha le 7 décembre 2017, le Qatar avait signé une lettre d’intention pour la fourniture de 490 VBCI.

  • Puis le Qatar s’est engagé pour l’achat de 2 avions ravitailleurs MRTT dérivés d’A330 d’Airbus, a indiqué le ministère français de la Défense, le 27 mars dernier lors de la visite de Jean-Yves Le Drian à Doha.
  • En décembre 2017, Doha a signé un contrat de 8 milliards de dollars avec le Royaume-Uni sur l’achat de 24 avions de chasse Typhoon de fabrication britannique. Selon le ministre britannique de la Défense, Gavin Williamson, il s’agit de la plus grosse commande d’avions de chasse Typhoon depuis une décennie. De même, les troupes qataries sont entraînées par les militaires britanniques.
  • Les forces navales qataries et britanniques ont organisé des exercices militaires conjoints, la semaine dernière, dans les eaux régionales du Qatar. Le ministère qatari de la Défense a annoncé dans un communiqué que le navire britannique HMS participait également à ces manœuvres militaires conjointes.
  • En 2017, le Qatar et le Royaume-Uni ont organisé quatre manœuvres militaires maritimes, aériennes et terrestres.

Et en juin 2017, les pays du Golfe ont rompu leurs relations avec le Qatar et lui ont imposé des sanctions économiques, pour son soutien au terrorisme.

L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l’Égypte ont rompu leurs relations diplomatiques avec le Qatar, le 5 juin 2017, et lui ont imposé un embargo économique, accusant Doha de “soutenir le terrorisme” et de “suivre une politique étrangère nuisant aux intérêts des pays arabes”.

Le Qatar a multiplié en contrepartie les contacts diplomatiques et les accords commerciaux, militaires ou technologiques à l’international et s’est rapproché de l’Iran et de la Russie.

Vers une alliance Moscou-Doha

En visite officielle à Moscou, l’émir du Qatar, le cheikh Tamim ben Hamad Al Thani a rencontré le 26 mars 2018 au Kremlin, le président russe Vladimir Poutine. Lors de ce tête-à-tête, les deux dirigeants ont insisté sur l’impératif du renforcement des relations russo-qataries. Les deux pays font partie de l’OPEP gazière.

«Les relations commerciales russo-qataries se sont nettement améliorées depuis l’an dernier. Il y a un large éventail de capacités pour que les deux pays donnent de l’essor aux relations bilatérales. Mais le processus de l’élargissement des relations bilatérales est amplement satisfaisant», s’est félicité le chef du Kremlin.

L’émir qatari a de son côté confirmé l’élargissement et l’amélioration des relations entre Moscou et Doha ces derniers mois, depuis que l’Arabie saoudite et ses alliés ont déclaré le boycott de Doha. L’émir du Qatar, Tamim ben Hamad Al Thani a aussi mis l’accent sur la nécessité du renforcement des relations bilatérales sur tous les plans.

Malgré la crise avec l’Occident, l’émir avait même souligné le rôle positif de la Russie sur la scène internationale :

«Nous comptons sur nos amis russes. Moscou joue un rôle prépondérant en ce qui concerne le règlement des problèmes du monde arabe».

Vladimir Poutine et le cheikh Tamim ben Hamad Al Thani ont également discuté les différends entre Moscou et les pays occidentaux.

Cette visite s’est soldée par une nouvelle alliance entre la Russie et le Qatar, qui permettra probablement à Doha de ne pas se sentir menacé, ni sur le plan militaire ni sur le plan économique dans la crise qui oppose l’émirat à l’Arabie saoudite.

Cette nouvelle alliance militaire entre Doha et Moscou permet au Qatar de se mettre à l’abri des menaces militaires et économiques dont il fait l’objet.

  • Fin janvier 2018, l’ambassadeur qatari à Moscou, Fahad bin Mohammed al-Attiyah, a affirmé que Doha menait des négociations avec Moscou pour acheter des systèmes russes de défense antiaérienne S-400.

Doha veut de nouveaux alliés et une armée renforcée pour résister à l’Arabie saoudite qui le traite en parent pauvre et se moque de son armée.

C’est sans doute dans ce sens que la Turquie a décidé d’envoyer ses soldats au Qatar, ou que l’Iran a choisi d’ouvrir son ciel et ses ports à Doha.

Doha compte sur Ankara pour contrer la menace militaire de Riyad, tandis que l’appui commercial iranien lui permet de contourner le blocus économique.

Doha estime avoir besoin d’instaurer un nouvel équilibre dans ses relations avec les grandes puissances, d’où la visite du cheikh Tamim ben Hamad Al Thani en Russie. L’émir qatari a pris donc le chemin de Moscou pour voir du côté des Russes et obtenir leur soutien. Mission accomplie.

La Russie a tout pour jouer le rôle de médiateur dans cette crise entre le Qatar et les pays du Golfe qui pourrait s’avérer bien bénéfique à Moscou et à sa place d’acteur régional et international. Moscou veut rassurer le Qatar de son soutien, même si le Qatar tente actuellement un rapprochement avec l’OTAN.

Les experts politiques soulignent aussi l’importance d’un rapprochement russo-qatari en termes énergétiques dans la mesure où les deux pays font partie des principaux pays producteurs du gaz.

Ami avec les Russes, le Qatar cherche une coopération militaire avec l’OTAN

Malgré ce nouveau rapprochement russo-qatari, l’OTAN et le Qatar ont signé, le mois dernier, un accord sur la coopération militaire et la sécurité.

Cet accord militaire «permettra aux forces et au personnel de l’OTAN d’entrer dans le pays, d’y circuler librement, et d’utiliser la base aérienne d’al-Udeid pour les missions de l’Alliance», selon la déclaration écrite de l’alliance.

La base d’al-Udeid se trouve à 30 km du sud-ouest de Doha, capitale qatarie où sont déployés près de 11 000 militaires de l’OTAN, pour la plupart des forces aériennes des États-Unis.

L’accord a été signé entre le secrétaire général de l’Alliance Jens Stoltenberg et l’émir qatari cheikh Tamim ben Hamad al-Thani au siège de l’OTAN à Bruxelles.

«La signature de cet accord vise à promouvoir et à faciliter les coopérations stratégiques militaires entre le Qatar et l’OTAN, à contribuer à la restauration de la stabilité et de la paix durable dans la région, et vise aussi au développement des efforts contre l’insécurité dans le monde», a déclaré le dirigeant qatari sur Twitter.

L’accord avait été signé en présence du général de brigade Tariq Khalid M. F. Alobaidli, chef du Département de la coopération militaire internationale au sein des forces armées de l’État du Qatar, et Mme Rose Gottemoeller, secrétaire générale déléguée de l’OTAN, pour une coopération entre les deux parties dans le cadre de l’Initiative de coopération d’Istanbul (ICI).

Selon le porte-parole de l’OTAN, cet accord de sécurité «sert de cadre pour la protection des échanges d’informations classifiées, comme étant défini par les 29 pays membres.»

En même temps que Doha compte sur Moscou pour contrer Riyad, elle élargit sa coopération stratégique et militaire avec les Occidentaux.

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