Publié par Rosaly le 13 avril 2018

L’Amérique est prête à frapper la Syrie de Bashar al-Assad, soupçonné d’avoir perpétré une attaque chimique contre des civils à Douma dans la région de la Ghouta orientale.

Mais comment expliquer la présence d’ un laboratoire rempli de produits chimiques en provenance d’Arabie Saoudite dans une zone contrôlée jusqu’à 48 heures plus tôt par ces mêmes rebelles de Jaysh al Islam, qui publièrent des images de l’attaque présumée attribuée au gouvernement de Damas vendredi dernier ?

L’auteur de cet article, le reporter de guerre Gian Micalessin, est entré dans le laboratoire chimique du village de Shifounieh le 14 mars dernier, accompagné par des militaires de l’armée syrienne. Ces derniers venaient de libérer le village occupé par les « rebelles ».

“Dans ce laboratoire,” m’a dit le soldat, qui m’escortait, il y a plusieurs matériaux envoyés par des pays occidentaux. Cet endroit contient des matières premières pour la fabrication d’explosifs et de produits toxiques. Les processus de mélange se déroulent dans la partie supérieure du bâtiment et sont ensuite transportés vers l’extérieur. »

Et en effet, les produits chimiques présents dans le bâtiment étaient nombreux, notamment le méta-xylène, principalement utilisé pour la fabrication d’ explosifs. A l’intérieur du laboratoire il y avait aussi de nombreux systèmes de ventilation, nécessaires pour rendre l’air respirable. À plus d’une occasion, les « rebelles » syriens, dont l’Armée de l’islam, ont admis avoir utilisé des armes chimiques contre leurs adversaires.

Le 4 avril dernier, par ailleurs, Sama TV a diffusé des images d’un autre laboratoire des rebelles de la Ghouta dans lequel du chlore , le produit utilisé lors de l’attaque du 8 avril dernier, était présent. Dans ce laboratoire, qui était loin d’être artisanal, il y avait des précurseurs chimiques, des masques à gaz et des composants pour la fabrication de gaz potentiellement mortels. Que faisaient-ils là? A quels usages les « rebelles » les destinaient-ils ? Tuer les rats des champs sans doute, qui infestent ce qui fut le verger de Damas ! Et pourquoi, face à de telles preuves, seul le gouvernement de Damas continue à être accusé? Mais surtout, pourquoi risquer un conflit pouvant impliquer la Russie quand, parmi les suspects, il y a ces mêmes « rebelles » qui dénoncent les tueries chimiques?

Qui a utilisé les armes chimiques en Syrie ces 7 dernières années ? Tous les belligérants ! C’est la guerre, de par sa nature brutale, qui impose les pires atrocités. Aussi bien le gouvernement d’Assad que les rebelles pourraient avoir utilisé des armes non conventionnelles. Savoir qui les utilise, quand et surtout pourquoi est quasiment impossible. Les faits sont nombreux, mais non les certitudes, à l’exception d’une seule : le gouvernement de Bachar al- Assad n’est pas le seul à posséder des armes chimiques, qui, du moins sur papier, auraient toutes été éliminées en 2013. Dans le chaos syrien, qui s’est amplifié suite à l’expansion de l’EI, n’importe qui a pu s’emparer des dépôts d’armes chimiques, notamment Al Nusra , anciennement branche syrienne d’al Qaïda et autres factions djihadistes.

Dans les tunnels creusés par les « rebelles » de la Ghouta, on a trouvé des cargaisons de mortier, des plans pour atteindre Damas et des produits destinés à la fabrication d’armes chimiques.

Dans une vidéo diffusée par Sama TV le 4 avril dernier, on peut voir divers produits, notamment du chlore en provenance d’Allemagne.

 

Un élément supplémentaire à ajouter au puzzle afin de comprendre ce qui se passe en Syrie depuis des années et dernièrement dans la Ghouta orientale, devenue un théâtre de guerre.

Les « rebelles » ont utilisé des armes chimiques en Syrie en de nombreuses occasions.

En novembre 2015,  Reuters  publiait un article, basé sur un rapport de l’Organisation pour l’interdiction d’armes chimiques, (Organisation for the Prohibition of Chemical Weapons) (OPCW) confirmant l’utilisation de gaz moutarde lors d’une bataille entre des groupes rebelles et l’EI.

En décembre 2012, al-Qaïda Syrie, devenue par la suite Al Nusra, réussit à prendre le contrôle d’une usine syro-saoudienne près d’Alep, la Sysacco, (Syrian-Saudi chemicals factory) où l’on produit entre autre agents chimiques, le chlore.

Le 30 mai 2013, les forces de sécurité turques arrêtèrent des militants d’Al Nusra en possession d’un produit suspect. On pensa d’abord au gaz Sarin, mais les analyses démentirent cette hypothèse. Il s’agissait en fait d’antigel. Le groupe, accusé de chercher des produits chimiques pour fabriquer du Sarin, fut condamné.

Le premier juin 2013, l’armée syrienne trouva dans les zones contrôlées par les rebelles quelques containers présentant à l’intérieur des traces de Sarin, confirmé par l’ONU. ( Anche l’Onu conferma. )

Enfin, le 8 avril 2016, l’Armée de l’islam, la faction qui contrôlait la ville de Douma, utilisa le gaz – peut-être le Sarin – contre les Kurdes à Alep. (contro i curdi ad Aleppo.)

Et la liste pourrait être bien plus longue.

Alors, qui a utilisé le gaz toxique à Douma ? Personne aujourd’hui ne peut le dire avec certitude , ni ne le pourra peut-être demain. Quand on parle d’armes chimiques en Syrie, il vaut mieux être prudent.

Mais qui sont ces gentils « rebelles » qui s’opposent à « l’animal », au « boucher » de Damas , ces combattants du camp du Bien, au-dessus de tout soupçon ?

Pourquoi ne donne-t-on jamais la parole aux victimes des « gentils » rebelles, pourquoi ne montre-t-on jamais leurs souffrances ? Pourquoi ce silence hypocrite, cette indifférence glaciale, ce manque total d’empathie envers ces femmes, ces enfants, ces hommes massacrés par les bouchers du soi disant camp du Bien ?

Toutes les victimes de cette sale guerre méritent notre compassion, notre indignation, notre colère, quels que soient les moyens utilisés pour tuer et certains gouvernements occidentaux, au lieu de se focaliser sur un seul coupable, devraient battre leur coulpe, car ce sont leurs politiques interventionnistes, qui sont aussi responsables de ces bains de sang. Ces va-t-en guerre n’agissent pas pour apporter ou défendre la démocratie, mais dans leurs propres intérêts. Indifférents aux conséquences pour les peuples, ils font et défont des alliances puis versent des larmes de crocodile devant l’un ou l’autre drame et crient leur profonde et douloureuse indignation. Les hypocrites !

Kashkoul, quartier populaire à la périphérie de Damas, a été le théâtre de l’un des massacres de civils les plus sanglants de ces dernières semaines. Ce carnage a coûté la vie à 44 femmes, hommes et enfants. Il a été perpétré par les gentils « rebelles » de la Ghouta, décrits par l’Europe depuis des années comme les seules victimes du conflit syrien, les seuls dignes de compassion, de larmes, de soutien, tout en ignorant superbement les morts et les blessés de Damas et autres zones contrôlées par le gouvernement. A croire qu’il y a des gentils morts et des méchants morts.

Ahmad, un habitant du quartier, se frappe la poitrine, puis montre le sweat-shirt couvert de taches sombres.

 « Vous le voyez ? Vous le voyez ? C’est le sang de mon neveu. Il rentrait de l’école, il s’est arrêté pour acheter un cadeau pour la Fête des Mères (en Syrie, on la célèbre le 21 mars) et ce missile l’a coupé en deux. J’ai couru dans la rue, je l’ai pris dans mes bras, mais il était déjà au paradis. » En guise de cadeau, la pauvre maman a dû enterrer son petit garçon.

 

J’ai ramassé sa petite tête avec mes mains.

Mais cette fois, ignorer les morts de Kashkoul serait le déni de trop, même pour la mauvaise conscience de ceux qui depuis 2011 ont délibérément pris le parti des groupes djihadistes, souhaitant la chute de Bashar al Assad. Cette fois, le boucher n’est pas Assad. Une fois de plus, nous sommes face à un massacre commis par ces « rebelles », qui trop souvent et de manière superficielle ont été dépeints comme les chevaliers de la liberté et de la démocratie.

« Quelle liberté ! Ils nous ont apporté que mort et destructions. Ils m’ont enlevé et tué un fils et voyez ce qu’ils ont fait… ici il n’y a pas de militaire, il n’y a pas des hommes de Bachar, il n’y a que de pauvres gens comme moi … mais cela ne les intéresse pas » hurle une femme. « A la veille de la Fête des Mères, l’une des fêtes les plus célébrées en Syrie, ils ont lancé un missile sur un marché bondé d’enfants. Ce ne sont pas simplement des terroristes, ce sont des créatures inhumaines. »

Parmi les enfants fauchés par le missile, il y avait Garand. Petit Chrétien, âgé de 8 ans, il s’était réfugié en Syrie avec sa mère et ses autres frères , après avoir fui le Sud Soudan déchiré par une autre guerre atroce. Son petit corps déchiqueté repose maintenant dans un petit cercueil blanc devant l’autel de l’Eglise du Mémorial de Saint Paul.

Le couvent chrétien érigé en souvenir de la conversion de Saint Paul sur la route de Damas se trouve à 2 km du lieu du carnage. Le Père Fazi Azad, un franciscain venu de l’église du quartier de Kashkoul pour célébrer les obsèques, regarde ému le petit cercueil déposé devant l’autel dans une église remplie par les membres de la communauté chrétienne soudanaise, aux visages marqués par la tristesse.

 « Il n’avait que 8 ans, il était le plus jeune de 6 frères. Il était l’un de nos enfants de chœur. Il venait à l’église tous les dimanches. Hier, il rentrait de l’école quand un missile l’a fauché. Je connais bien sa maman. Elle avait décidé de venir en Syrie avec ses enfant, afin de les mettre en sécurité. Elle rêvait de les voir grandir loin de la guerre qui déchire son pays et fait des Chrétiens un peuple de persécutés. Mais la guerre et la persécution ont suivi ce petit enfant jusqu’ici. » 

Sœur Yole Girges, originaire de la province d’Idlib, soumise depuis des années à l’arbitraire et aux atrocités des « rebelles » islamistes regarde le petit cercueil et retient à peine ses larmes.

« Pauvre petite créature. C’était un enfant innocent. Hier il jouait, aujourd’hui il est sous la terre. Quelle faute avait-il commise pour être tué de la sorte ? Sûrement aucune, mais pour les « rebelles » de la Ghouta, cela n’a aucune importance. Pour eux, la vie des enfants ne compte pas. Il n’y a rien de sacré. J’espère seulement que face à tant de souffrances, de cruauté, d’horreurs, le monde et l’Europe en particulier comprennent enfin qui sont ces « rebelles » et réalisent combien d’erreurs ils ont commises ces dernières années. »

Puisse son souhait être entendu !

Sources : Gli Occhi della Guerra – Il Giornale.it (traduit et adapté par Rosaly)

. « Dentro i laboratori dei ribelli, dove si creano armo chimiche. » (Gian Micalensi)

. « I ribelli possiedono armi chimiche e le hanno già usate in passato. » (Matteo Carnieletto)

. « Mattatoio Damasco » (Gian Micalensi)

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