Publié par Abbé Alain René Arbez le 9 avril 2018

Jésus était un juif fervent, il était orthodoxe, ce qui n’était pas le cas de ses adversaires sadducéens, lesquels – collaborateurs des Romains idolâtres – ne croyaient pas à la résurrection des morts, et ne reconnaissaient que le pentateuque, les 5 premiers livres de la bible.

Jésus s’est profondément inspiré de la Torah ainsi que des prophètes, des hagiographes et des psaumes. Fidèle aux grandes fêtes juives depuis son enfance, Jésus a choisi la commémoration de la Pâque pour y inscrire, entouré de ses disciples, son mémorial personnel de reconnaissance à Dieu. Après sa mort en croix, ses disciples ont pris conscience de sa résurrection, sa victoire sur les puissances du mal, sa communication d’un Esprit de sainteté pouvant libérer chaque croyant. Ils ont vu en lui l’agneau pascal immolé pour ouvrir une
brèche salvatrice offerte à tous.

Les premiers disciples, talmidim de Jésus, ont donc continué de célébrer la Pâque juive, mémorial de la sortie d’Egypte avec la réception des mitsvot, les dix paroles, mais ils y ont joint le mémorial pascal de Jésus, appelant d’abord cette célébration la « todah », le merci à Dieu, qui deviendrait plus tard en grec eucharistie (même signification).

Cette année 2018, la Pâque juive, Pessah, et la Pâque chrétienne étaient célébrées aux mêmes dates. Aujourd’hui, 2 ème dimanche de Pâques, se termine l’octave de Pâques pour les chrétiens, comme se terminent les célébrations de Pessah pour les juifs.

Pâque ou Pâques ?

C’est le latin pascha qui désigne la Pâque juive, à partir du grec paska, transcrit de l’hébreu biblique pessah. Les mêmes mots ont été repris par les chrétiens.

Initialement, la Pâques chrétienne, calquée sur la Pâque juive, à laquelle elle a été associée, s’écrit également au singulier. Mais il y a des variations au fil des siècles. Ainsi, au 10 ème siècle, la fête juive se dit « pasches » et un peu plus tard « paschas » pour la fête chrétienne. Mais ce n’est réellement qu’au 15 ème siècle que la différenciation orthographique s’opère entre Pâque et Pâques. Pendant 15 siècles, la parenté entre les deux Pâque a été évidente, avant de se diversifier, sans doute en raison d’attitudes antijudaïques et de revendications christianocentriques, qui seront dénoncées plus tard par le Concile Vatican II lors de Nostra Aetate, en 1965.

L’avantage de l’orthographe première était de marquer l’imbrication historique et théologique entre les deux « Pâque ». Et celui de la seconde formulation a été de différencier et d’éviter pour les juifs le sentiment d’une captation d’héritage spirituel. Mais les faits sont têtus, personne ne peut nier que les disciples du rabbi Jésus (Yehoshua) ont agi en toute loyauté avec leur
tradition et leurs convictions.

Cela dit, pour ma part, après le chemin de retrouvailles qui a été accompli, j’apprécie de pouvoir écrire « la Pâque » concernant le passage de Jésus du statut d’innocent juif condamné par Rome et ses supplétifs, à celui de figure emblématique de la dignité humaine selon les valeurs bibliques.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, Commission judéo-catholique des évêques suisses, pour Dreuz.info.

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