Publié par Magali Marc le 1 avril 2018

J’en ai assez de ceux qui se croient autorisés à traiter l’ensemble des Québécois avec mépris.

Parfois ce sont des Canadiens anglais qui se livrent à du «Quebec bashing», parfois ce sont des Québécois de souche, même des chroniqueurs dans les journaux du Québec, qui parlent des Québécois de façon méprisante ou condescendante. C’est surtout notre premier ministre, Philippe Couillard, qui maltraite les nationalistes identitaires (et ses opposants politiques) dans un but bassement électoral : rallier le vote des immigrants.

D’après ces grands savants qui croient faire partie de l’élite canadienne, il est de bon ton de dénigrer les Québécois : ils seraient aliénés, colonisés, repliés sur eux-mêmes, naïfs, mal-dégrossis. D’autres se plaisent à rappeler que les Québécois auraient (sottement) porté Justin Trudeau au pouvoir en 2015. Ou alors on nous serine que 50% des Québécois sont des analphabètes «fonctionnels». Dernièrement, certains chroniqueurs ont cité une étude selon laquelle le Québec accuse un retard impardonnable dans le nombre de diplômés universitaires à cause d’un soi-disant manque d’intérêt pour l’éducation supérieure. Enfin, selon notre premier ministre et ses ministres, les nationalistes identitaires québécois seraient racistes, xénophobes, islamophobes et portés sur le totalitarisme !

Je voudrais mettre les points sur les «i» à l’aide de véritables données qui montrent que ces affirmations ne sont pas seulement offensantes, elles sont fausses !

1) Ce sont les anglophones, surtout en Ontario, les jeunes et les immigrants qui ont le plus contribué à élire Trudeau

L’Ontario a le plus contribué à la victoire libérale en termes de nombre de sièges qui leur a permis de former une majorité au Parlement.
Au total, les libéraux ont fait élire 40 députés au Québec, alors que l’Ontario en a élu 80.
Les Libéraux n’ont eu que 35.7% de votes québécois contre 44.8% de votes ontariens.
Dans les 40 circonscriptions les plus jeunes au Canada — âge médian de 36 ans ou moins —, l’appui au PLC a doublé, passant de 17,3% à 35,8% des voix. Tous les partis y ont perdu des votes, sauf les Libéraux. Sur ces 40 circonscriptions au Canada, les Libéraux en ont remporté 19, soit 14 de plus qu’en 2011.
Le Parti libéral du Canada a fait main basse sur les circonscriptions à plus forte concentration immigrante du pays. Parmi les 40 circonscriptions où résident une proportion de 45% ou plus de nouveaux Canadiens, pas moins de 35 ont été remportées par Justin Trudeau.
L’île de Montréal, Laval et la Montérégie ont presque entièrement voté libéral. Ce sont des circonscription urbaines où les communautés culturelles sont nombreuses.
Les Conservateurs se sont effondrés dans les provinces atlantiques et en Ontario, mais au Québec, ils ont fait mieux qu’aux dernières élections, en faisant élire 12 députés plutôt que 5.

En termes de pourcentage des voix, les Libéraux ont été élu avec 39.47% des voix contre 31.89% pour les Conservateurs.

En bref, ce ne sont pas les Québécois francophones qui ont voté «massivement» pour Trudeau, ce sont les jeunes Canadiens, qui ont été plus nombreux que jamais à voter, et les communautés culturelles.

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2) L’analphabétisme au Québec ne concerne pas 50% de la population

De Rima Elkouri, chroniqueuse au journal La Presse, à Richard Martineau et Denise Bombardier, chroniqueurs au Journal de Montréal, tous reprennent régulièrement les chiffres de Statistique Canada sur l’analphabétisme au Québec qui indiquent qu’« un adulte québécois sur deux est un «analphabète fonctionnel». Un adulte québécois sur deux sait lire. Mais il ne comprend pas tout à fait ce qu’il lit. »
L’affirmation selon laquelle 53 % des Québécois seraient des analphabètes fonctionnels est tirée des résultats pour le Québec de l’enquête du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA) réalisée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) auprès des populations de 16 à 65 ans de 33 pays en 2012 et en 2015.
Pierre Fortin dans la revue L’Actualité, dénonce cette étude : «…(On) entend fréquemment affirmer en mode catastrophe chez nous que « 53% des Québécois de 16 à 65 ans sont des analphabètes fonctionnels.» C’est une affirmation abusive et réductrice (…) qui ignore le contexte interprovincial et international.»

Jeanne Émard, alias ”Darwin” écrivait en décembre 2015 dans son blogue sur Word Press que :

«… Ce genre d’interprétation de l’étude de de Statistique Canada ne peut pas servir à déterminer la proportion d’analphabètes au Québec. (…) (On) peut lire aux pages 25 et 26 de l’étude la précision suivante:

«Contrairement à l’EIACA, il n’y a pas dans le PEICA de seuil dit fonctionnel ou minimal utilisé pour considérer une personne comme compétente ou non compétente pour faire face aux exigences de la société actuelle et participer pleinement à la vie en société. Il n’est donc plus question d’un niveau «souhaité» de compétence pour fonctionner aisément dans la société. Lorsque les niveaux de compétence en littératie et en numératie sont regroupés en deux catégories (niveau 2 ou moins et niveau 3 ou plus), ce regroupement est fondé sur un critère statistique et non pas sur un critère théorique. Plus précisément, ce point de coupure est celui qui permet de séparer la population en deux parties presque égales.»

Cela signifie que le PEICA est conçu pour qu’il y ait environ la moitié de la population qui se voit attribuer un résultat inférieur à 3! Et, au Québec, on se flagelle parce qu’environ la moitié de la population a justement eu un résultat inférieur à 3, alors que ce résultat découle de la conception du PEICA!
… il faudrait cesser d’associer les résultats inférieurs à 3 en littératie à de l’analphabétisme (…) On peut voir à la page 19 de ce document que les Français ont obtenu un résultat de 262,0, soit un écart négatif plus grand avec le Québec (6,5) que l’écart entre le Québec et l’OCDE (4,2) et le Canada (4,9). En numératie ? Le Québec a obtenu une moyenne de 264,9, un poil sous le Canada (265,5) et 4,5 points sous l’OCDE (269,4), mais 10,9 points au-dessus de la France (254,0, voir les pages 24 et 25). Serait-ce possible que ces tests soient plus difficiles en français? C’est (…) une hypothèse qui a déjà été appuyée par un doctorant français en économie en 2008.
Quoiqu’il en soit, toujours selon Jeanne Émard, tout cela montre qu’il faudrait faire attention avant de qualifier nos compatriotes d’analphabètes alors que les résultats des études publiées ne signifient absolument pas cela ! »

3) Les fausses mesures du taux de diplomation au Québec

Dans une chronique publiée le 27 janvier dernier dans le Journal de Montréal (titré: Une Honte nationale), Denise Bombardier écrit : «Au niveau de la maîtrise et du doctorat, l’écart qui se creuse entre le Québec francophone et les Anglos et allophones du Québec et le Canada anglais est encore plus accentué. C’est ce que révèle une étude de l’institut de recherche le CIRANO, réalisé par deux remarquables chercheurs, l’économiste *Robert Lacroix et le sociologue Louis Maheu. »
Or d’après Pierre Doray et Benoît Laplante (respectivement professeur au Département de sociologie de l’UQAM et professeur au Centre urbanisation, culture et société de l’Institut national de recherche scientifique, spécialisé en démographie sociale et dans les méthodes statistiques en sciences sociales) l’étude du CIRANO est faussée :

On ne peut pas mesurer la proportion des individus qui détiennent un diplôme universitaire dans une population à un moment donné à partir du nombre des diplômes qui sont décernés par les universités au fil des années. Le fait de détenir ou non un diplôme est une caractéristique des individus. On ne peut mesurer cette proportion qu’à partir de données recueillies auprès de la population. La bonne manière de calculer la proportion des individus qui détiennent un diplôme universitaire commence par utiliser de telles données, comme celle du recensement.

Selon Dorais et Laplante, l’Ontario jouit d’une situation particulière. Les bureaux du gouvernement fédéral, grand employeur de diplômés universitaires, sont situés à Ottawa et, donc, en Ontario. De plus, la proportion d’immigrants qui s’installent en Ontario est deux fois plus importante que leur poids démographique au Canada, ne serait-ce que parce la région de Toronto est la métropole économique du Canada. En somme, le poids des résidents universitaires en Ontario est augmenté par la venue des migrants interprovinciaux et des immigrants.

Si on veut utiliser la proportion des «francophones du Québec» qui détient un diplôme universitaire pour juger de l’efficacité du système d’enseignement du Québec à éduquer les francophones, il faut définir la population des « francophones du Québec» en lien avec la question étudiée. Nous devons alors nous concentrer sur les personnes qui sont nées au Québec, qui y ont étudié et qui y résident toujours au moment où on fait la mesure. Pour comparer les francophones du Québec aux autres groupes linguistiques, il faut définir ces autres groupes, vivant au Québec comme en Ontario, de manière analogue.

« Les auteurs de l’étude, Lacroix et Maheu, omettent de leurs discussions les particularités du système ontarien qui ont fort probablement contribué, (…) à faire varier les indicateurs administratifs qu’ils utilisent, notamment l’abolition de la treizième année du secondaire en 2003, qui a perturbé le flux des admissions à l’université. Ils ont également ignoré le développement des collèges d’arts appliqués et de technologie, qui offrent un très vaste éventail de programmes de formation professionnelle, dont un certain nombre sont couronnés par un baccalauréat, c’est-à-dire un diplôme de premier cycle universitaire. (…) Ainsi, quand on tient compte de ces différents aspects, les conclusions en matière de politiques publiques ne peuvent être que différentes.»

« Dès lors, concluent les deux professeurs, le seul mérite de l’étude (de Lacroix et Maheu) est de souligner, a contrario, les précautions à prendre quand nous nous interrogeons sur l’efficacité des politiques publiques et sur la qualité des données probantes.»

Mme Bombardier devrait prendre note!

*Robert Lacroix et Louis Maheu, «Les tendances de la diplomation universitaire québécoise et le retard des francophones», dans Marcelin Joanis et Claude Montmarquette, Le Québec économique : Éducation et capital humain, Québec, Presses de l’Université Laval, Marcelin, pp. 299–339.

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4) Les nationalistes identitaires québécois sont xénophobes et racistes ?

Mathieu Bock-Côté écrivait le 17 mars dernier dans le Journal de Montréal à propos de Carlos Leitão, le ministre des finances au Québec :

« Apparemment inquiet du passage d’une partie du vote de la communauté anglophone vers la CAQ (la Coalition Avenir Québec), il a mis en garde ses électeurs : même si elle n’est pas souverainiste, la CAQ serait coupable de nationalisme ethnique. En d’autres termes, elle miserait sur l’instinct tribal des Québécois francophones et proposerait une vision de la société fondée sur le repli sur soi. C’est une manière sophistiquée d’accuser la CAQ de racisme. … Manifestement, le PLQ croit encore à l’efficacité de sa vieille machine à faire peur. Il se présente comme le gardien des libertés contre les Québécois intolérants. …Si le PLQ conserve une chance de garder le pouvoir, c’est parce qu’il mise sur l’appui presque unanime des anglophones et des communautés issues de l’immigration. Il mise sur une forme de solidarité des groupes ethniques qu’il invite à redouter la majorité francophone, jugée immature, tyrannique et mauvaise. Il les pousse à ne pas s’identifier à la société québécoise, dans laquelle ils seraient toujours menacés sans leur protection. Il excite chez elles une peur malsaine.
La politique des Libéraux, c’est le maximum d’immigration avec le minimum d’intégration. … On invite les minorités à ne pas s’ouvrir à la société où elles habitent, à se méfier de son histoire, à ne pas adhérer à son identité. »

Conclusion

Le «Québec bashing» n’est pas une vue de l’esprit concocté par quelques nationalistes paranos. Il existe bel et bien et ce sont les nationalistes québécois qui, le plus souvent, en font les frais.
Mais parfois, les nationalistes se tirent dans le pied comme avec la création de «La Meute» dont les médias se sont empressés de donner une image négative de groupuscule d’extrême droite du genre néo-nazi.

La Meute a été créée en octobre 2015, alors que le gouvernement de Justin Trudeau, fraîchement élu, avait annoncé son intention d’accueillir 25 000 réfugiés syriens en sol canadien. Ses fondateurs se disaient alors inquiets de l’accueil d’immigrants de confession musulmane par le Canada.
Aujourd’hui, les administrateurs du Groupe La Meute le définissent comme un «groupe de pression politique». La croissance du groupe a lieu dans un contexte de montée des discours identitaires dans les démocraties occidentales, confrontées à des attentats terroristes perpétrés au nom de l’Islam.

La Meute se veut donc nationaliste identitaire et non-violente.

Tout cela est bien beau mais pourquoi prendre un nom aussi chargé culturellement que «La Meute» qui évoque des loups encerclant leur victimes? Pourquoi prendre comme symbole une patte de loup menaçante et ensuite affirmer que le groupe est contre la violence?

Certes, les membres de La Meute ont marqué des points l’an passé lorsque des manifestants antifas masqués ont affronté les policiers sous prétexte de protester contre une manifestation tout à fait pacifique de La Meute. Les médias ont été obligés de reconnaître que la violence venait des antifas gauchistes et non pas de l’«extrême droite» nationaliste.

Il reste, à mon avis, que le nom «La Meute» et son symbolisme ont été choisis maladroitement. Un mouvement qui prendrait pour nom le Mouvement pour la défense du nationalisme identitaire québécois serait peut-être moins excitant mais aurait le mérite de ne pas avoir à se défendre d’accusations farfelues de néo-nazisme, fascistes, émules du Front National (qui a mauvaise presse au Québec), etc.

Je laisse la fin de ma conclusion à Mathieu bock-Côté:

« Dans la fédération canadienne, ils (les Québécois) sont condamnés à une marginalisation linguistique et démographique inéluctable. Veulent-ils vraiment avoir comme destin celui d’une minorité ethnique de plus en plus considérée comme une population résiduelle et folklorique appartenant au monde d’hier, et vouée à s’effacer devant le monde qui vient? On ne doit jamais oublier qu’un peuple vaincu et qui se laisse mourir disparaît rarement en paix: il a droit au mépris qu’on réserve souvent aux vaincus. On le voit déjà à Montréal où les Québécois francophones sont de plus en plus traités comme une tribu des anciens temps qu’il faut accommoder encore pour un temps tout en lui faisant comprendre qu’elle est exaspérante avec ce qu’on présente comme ses caprices culturels et linguistiques.»

Joyeuses Pâques à tous !

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Magali Marc (@magalimarc15) pour Dreuz.info.

Sources:

  • Analphabètes, vous dites?
  • https://www.actualites.uqam.ca/2018/quel-retard-reaction-etude-cirano-quebec-ontario-diplomation-universitaire
  • http://www.journaldemontreal.com/2018/03/30/reponses-a-des-etudiants
  • https://quebec.huffingtonpost.ca/2015/10/20/elections-en-chiffres-statististiques-et-graphiques_n_8338272.html
  • http://lactualite.com/politique/2015/11/18/analyse-des-resultats-du-19-octobre-justin-trudeau-peut-dire-merci-aux-jeunes/
  • http://www.journaldemontreal.com/2018/01/27/une-honte-nationale
  • https://www.actualites.uqam.ca/2018/quel-retard-reaction-etude-cirano-quebec-ontario-diplomation-universitaire
  • https://lactualite.com/lactualite-affaires/2017/07/11/53-danalphabetes-fonctionnels-voyons-voir/
  • http://www.journaldemontreal.com/2018/03/17/le-nationalisme-ethnique-des-liberaux
  • http://www.lecourant.ca/articles/1843-la-meute-appose-sa-griffe-sur-les-laurentides.html

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