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Publié par Jean-Patrick Grumberg le 9 mai 2018

distracted

J’ai décidé de vous livrer un de mes petits secrets : je suis un grand distrait, un étourdi, avec une mémoire de poisson rouge.

Épisode 5 :

Le réveil

En se couchant, comme elle travaille sur un dossier compliqué qui va l’emmener jusqu’à tard dans la nuit, ma femme me demande de la réveiller le lendemain « vers 8h30 – pas plus tard que 9h ».

Le lendemain matin, je me réveille vers 6h45, je me tourne vers ma femme, je l’embrasse et la réveille tout doucement. Elle ouvre un œil, me demande l’heure et me dit à moitié endormie : « je t’ai dit vers 8h30-9h ! »

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Je m’excuse, me lève, me prépare un expresso et le boit. Il est 7h00.

Je retourne dans la chambre, je m’approche de ma femme et je lui dit : « chérie, réveille-toi c’est l’heure ! »

Elle ouvre l’œil et me dit : « 8h30-9h ! Je t’ai dit 8h30-9h ! »

Épisode 4 :

Le Vélo

Habituellement, j’attache mon vélo sur le rack à vélo de la copropriété, à l’extérieur, devant lequel je passe pour aller chez moi. Mais comme la météo annonçait de la pluie, j’ai décidé de le mettre dans le garage, à l’abri.

Je détache mon vélo, je l’emmène dans le garage, je l’attache à un poteau, puis je pars faire des courses, à pied. Lorsque je rentre à la maison, je passe devant le rack à vélo, et là, j’ai un coup au cœur : mon vélo a disparu, on m’a volé mon vélo !

J’ai oublié que 15 minutes plus tôt, je l’avais mis dans le garage. Il m’a fallu une bonne minute pour refaire l’historique dans ma tête et me souvenir qu’il était dans le garage.

Le réparateur

Nous sommes vendredi soir. Je vais récupérer un vêtement en cuir que ma femme a donné à réparer, avant de me rendre chez des amis pour dîner. Il est tard, il y a beaucoup de circulation, et ils habitent à Tarzana, 1h10 de trajet.

Coup de chance, je trouve une place pour me garer pas loin du réparateur. Je mets de l’argent dans le parcmètre et je marche vers la boutique, qui est en étage. La réparation est parfaite. Je sors ma carte bleue pour le payer. Le propriétaire, un vrai artiste qui fait des miracles, me dit qu’il ne prend pas la carte et qu’il me l’avait dit. C’est vrai, il me l’a dit, mais j’ai oublié. Il m’indique la machine carte bleue la plus proche.

Je descends de chez lui, je tourne à gauche, je passe devant ma voiture, et je vois que je n’ai plus que 3 minutes sur le parcmètre, un détail important pour la suite. J’arrive à la banque, je sors 150 dollars de la machine, et je retourne à la boutique. Je passe devant ma voiture, et je m’apprête à remettre de l’argent dans le parcmètre.

Machinalement, je regarde l’écran, il reste 2 heures de stationnement. Bizarre, j’avais lu 3 minutes. Je regarde mieux : je me suis trompé de parcmètre, c’est celui de la voiture à coté. Je paye le bon parcmètre et je retourne chez le réparateur. Je sors les dollars de ma poche, et là je m’aperçois qu’en fait, j’avais de l’argent sur moi, je n’avais pas besoin de courir à la banque alors que je suis déjà en retard pour le dîner.

Je récupère le manteau, je retourne à la voiture, je prends l’autoroute. Je m’arrête pour acheter une bouteille de vin avant d’arriver chez mes amis. Et là je m’aperçois que j’ai oublié ma carte de crédit dans le distributeur de billets….

Episodes précédents :

Épisode 1 :

Le café

Il y a trois semaines, manquant de café, je décide d’aller rendre visite à un petit magasin Segafredo que j’ai repéré depuis longtemps.

Manque de chance, c’était une veille de fête, le magasin était fermé. Deux jours plus tard, j’y retourne, nouveau manque de chance, il n’ouvre qu’à 13 heures — étrange, mais ça arrive.

Le lendemain après midi, certain de mon coup, je refais le trajet. J’arrive devant le magasin : youpi il est ouvert !

Je descends de ma Vespa, enlève mon casque, range mon casque dans le coffre sous la selle, ferme le scooter à clef, et je marche vers l’entrée…

C’est à ce moment-là que je me suis souvenu que j’ai une machine à café Lavazza qui n’accepte que les capsules de la marque.

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L’aéroport

Cela se passe il y a une trentaine d’années. À ce moment, je vivais en France, et ma mère, qui vivait en Israël, nous rendait visite. J’allais la chercher à l’aéroport de Roissy.

Je suis en voiture, et je me dirige vers Roissy Charles de Gaulle. Bd des Maréchaux — Roissy —porte de Paris —Roissy —Bd Périphérique —Roissy —Autoroute — Roissy : je répète constamment Roissy dans ma tête et je fais attention à mon chemin, car je suis étourdi et je le sais.

Sortie de l’autoroute — Roissy — bretelle de sortie — terminal. Terminal ?

J’arrive devant le bâtiment : je regarde, je suis à Orly.

J’ai tout ce temps suivi la route « sans me tromper » et les panneaux pour aller à Orly, tout en pensant Roissy, et je ne m’en suis rendu compte que devant le bâtiment tout plat, dont je ne reconnaissais pas la rondeur.

Ma mère m’appelle d’une cabine, je lui explique, elle grogne un peu, mais elle me connaît : j’ai commencé tôt…

Le citron

J’ai 6 ans. Ma mère me confie une lourde responsabilité, une forte marque de confiance : aller acheter un citron. C’est la première fois que je vais seul faire des courses. Elle me donne des sous, et je descends. L’épicier est sur le même trottoir.

4e étage — acheter un citron — 2e étage – acheter un citron – rez-de-chaussée, je sors de l’immeuble, je tourne à droite — acheter un citron — je longe le trottoir, avance dans la rue — acheter un citron. J’arrive au magasin. Je me suis répété 20 fois « acheter un citron » pour ne pas oublier.

« Bonjour monsieur, je voudrais une pomme s’il vous plaît »

Je paye la pomme, il me rend la monnaie, je prends la pomme, je rebrousse chemin, je rentre dans l’immeuble, 1er étage, 2e… ma tête est vide, je suis content. J’arrive à la maison, je tends la pomme à ma mère, elle la regarde, elle me regarde souriant, et reste muette d’impuissance…

La pharmacie

Ma femme me demande de l’arrêter à la pharmacie CVS, au coin de la 3rd et Fairfax, à West Hollywood. Je me gare, elle descend.

Le temps passe, mais je suis dans mes pensées, je ne fais pas trop attention.

Tout de même, le temps me semble un peu long, « qu’est-ce qu’elle fait ? » me traverse l’esprit, mais je suis tellement absorbé dans mes pensées que je n’ai pas le temps de m’arrêter pour répondre à la question.

Coup de fil. C’est ma femme : « où tu es, qu’est ce que tu fais ? »

« Ben je t’attends ! Tu m’as dit que tu allais à la pharmacie, alors j’attends que tu reviennes ».

« Mais je t’ai dit que je vais à la pharmacie et ensuite je prends ma voiture qui est garée devant et je rentre à la maison. Ca fait quatre heures que je suis rentrée ! »

« Quatre heures ? (incrédule je regarde l’heure au tableau de bord pour vérifier, et en effet, je suis là depuis quatre heures à attendre – il faut dire que j’ai une énorme patience) Ah c’est pour ça que ça m’a paru long ! »

Les lunettes, le casque, les lunettes, les clefs..

Je sors d’un rendez-vous. J’arrive à mon scooter. Je retire mes lunettes de vision de près, j’ouvre le coffre arrière de la Vespa, je range les lunettes, je monte sur le scooter, je démarre. Je fais 300 mètres, je m’arrête, j’ai oublié quelque chose, je le sens, mais je ne sais pas quoi.

Ah si, j’ai oublié de mettre mes lunettes pour voir de loin !

Je cherche dans ma poche, elles n’y sont pas. Je descends du scooter, soulève le siège, elles n’y sont pas. Je cherche mes clefs pour ouvrir le coffre arrière, je ne trouve pas mes clefs.

Je fais le tour : les clefs pendent, je les ai oubliées dans la serrure du coffre quand j’ai rangé mes lunettes — un miracle qu’elles ne sont pas tombées. J’ouvre, je trouve mes lunettes pour voir de loin. Je les mets, je referme, je reprends les clefs, je les range dans ma poche, je monte sur le scooter, et je m’apprête à démarrer.

Non, je ne démarre pas : j’ai oublié quelque chose, je le sens, mais je ne sais pas quoi.

J’ai mes lunettes, j’ai mes clefs… soudain je trouve : mon casque.

J’avais oublié de mettre mon casque, j’ai roulé jusque là sans ! Je soulève le siège, je mets mon casque, je remets mes lunettes.

Mais je ne démarre pas : il me faut 2 minutes pour me souvenir où je dois aller…

Épisode 2 :

L’imprimante

Hier, je devais acheter une cartouche d’encre noire pour mon imprimante HP. Le modèle est 655.

Je me rends au magasin de fournitures, je cherche la bonne référence, et prends deux cartouches sur le présentoir. Je paye, je rentre à la maison, je sors les cartouches.

Ma femme : « tu as pris des 652, il faut des 655. »

Je retourne au magasin, je rends les mauvaises cartouches en expliquant qu’il me faut des cartouches modèle 655. Je retourne vers le présentoir, je fais attention, je prends deux cartouches 655, je retourne à la caisse pour faire l’échange.

La vendeuse : « vous avez pris des roses au lieu des noires ».

Épisode 3 :

Le dîner familial

Avant hier, nous étions invités à dîner chez ma belle famille. Vers 16h, ma femme qui connaît bien ma mémoire de poisson rouge, m’appelle pour que je n’oublie pas.

Vers 18h, ma femme qui connaît bien ma mémoire de poisson rouge, me passe un nouveau coup de fil pour me redire que nous allons dîner chez sa mère.

Quand ma femme rentre à la maison, vers 18h30, elle commence à se préparer pour partir. Je fais de même…

Et puis je vais dans la cuisine commencer à préparer le dîner.

La housse de l’ordinateur

Le matin, j’installe mes bureaux au café. Si je suis à Los Angeles, je vais à Coffee Bean & Tea Leaf dont l’espresso est bien meilleur que celui de Starbucks. À Tel Aviv, c’est ArCaffé. Bref.

Hier matin. Je sors mon MacBook de sa housse, et pose mes clefs, mon casque Koss et mon téléphone sur une table, et je vais au comptoir passer ma commande (à Los Angeles comme à Tel Aviv, les gens laissent leurs iPhone sur les tables, les vols sont extrêmement rares).

Je reviens m’asseoir, je commence à travailler, et je regarde machinalement autour de moi : la housse de mon MacBook a disparu.

Je regarde partout. Pas de housse. Je vais au comptoir, demande à la serveuse, on ne lui a rien rapporté. Deux serveurs commencent à s’agiter, ils prennent la chose très au sérieux. La directrice du restaurant prend même l’initiative d’appeler son patron. Elle vient vers moi et me tend le téléphone : il souhaite me parler. Il demande mon téléphone et me dit qu’il veut examiner les caméras de surveillance. Comme je dis, ils prennent les choses très au sérieux.

Comment quelqu’un a-t-il pu voler la housse de mon ordinateur, et laisser l’ordinateur, les clefs, le casque et même l’iPhone !

Et puis je suis pris d’un doute.

Je vais à la voiture : la housse est sur le siège.

Je l’ai enlevée sans m’en rendre compte. C’est la première fois que j’enlève la housse de mon ordinateur dans ma voiture. Je n’ai pas le moindre souvenir de l’avoir fait. Je ne sais même pas pourquoi je l’ai fait. Zéro souvenir.

Je m’arrête là : c’est moi, Jean Patrick Grumberg.

Non, une petite dernière, car j’ai aussi une mémoire de poisson rouge.

Le cocktail

Je suis invité à un cocktail, une inauguration. Je parle avec les gens, je dis bonjour, on me présente, et une dame m’approche et me dit :

– j’ai entendu que vous êtes monsieur Grumberg, j’aime beaucoup ce que vous écrivez.

– Merci, c’est très aimable à vous.

– Et je vous lis presque tous les jours. J’aime beaucoup Dreuz. Je n’ai pas encore regardé, de quoi avez-vous parlé aujourd’hui ?

Grand blanc… un ange passe… « madame, je ne me souviens plus »

– Vous ne vous souvenez pas ce que vous avez écrit aujourd’hui ?

Non.

Elle a tourné les talons et elle est partie. Elle a dû se dire que je la prenais pour une imbécile, ou que j’étais un usurpateur.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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