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Publié par Gaia - Dreuz le 17 mai 2018

Khassanbek Tourchaev, Français d’origine tchétchène de 48 ans, a formé des djihadistes d’Al-Qaïda avant l’ère Daech. Incarcéré depuis trois ans, il est sous la menace d’un procès aux assises.

Le parcours de Khassanbek Tourchaev, qui met en lumière le poids de la communauté tchétchène dans le djihad, prend un relief particulier depuis l’attaque au couteau perpétrée samedi soir à Paris par Khamzat Azimov.

Né comme ce dernier en Tchétchénie, lui aussi naturalisé français, cet islamiste de 48 ans est l’un des premiers combattants partis en zone irako-syrienne. En 2012 précisément, bien avant l’instauration du califat de Daech. Après plusieurs allers-retours entre l’Europe et les rangs d’un groupe djihadiste proche d’Al-Qaïda, où il officiait en tant qu’instructeur des «snipers» (tireurs d’élite), il est arrêté en 2015 et mis en examen. Il dort depuis dans une prison française, dans l’attente de son procès. Particularité de son dossier : la justice peine encore à qualifier ses faits d’armes djihadistes, hésitant entre à le renvoyer devant le tribunal correctionnel ou la cour d’assises.

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Athlétique, cheveux blonds et visage sévère, Khassanbek Tourchaev voit le jour le 25 juin 1970, à Grozny, la capitale de Tchétchénie. A 32 ans, sur fond de guerre civile, il gagne la France et s’installe à Lingolsheim (Bas-Rhin). Le grand gaillard se présente comme « le fils d’un ancien ministre du pétrole ».

Dans cette banlieue strasbourgeoise à forte communauté tchétchène, il y fait la rencontre de son épouse, une Française, elle-même originaire du Caucase, avec qui il a plusieurs enfants. Il acquiert la nationalité française en 2008. Comme nombre de ses compatriotes, Tourchaev est un musulman pratiquant. Mais lui prône une lecture rigoriste du Coran.

Doué en tir, il devient l’émir d’un bataillon

Galvanisé par la guerre civile en Syrie, Tourchaev fait sa «hijra» dès 2012. Le père de famille, marié religieusement avec plusieurs autres femmes, explique être parti dans la zone des combats afin d’aller rechercher l’un de ses frères, engagé dans les rangs djihadistes.

Son objectif semble avant tout d’abattre le régime de Bachar el-Assad pour le remplacer par un gouvernement régi par la loi islamique. A l’époque, Daech ne possède pas encore de territoires sanctuarisés et les départs de Français sont un épiphénomène. Tourchaev rejoint d’abord un groupe rebelle d’inspiration salafiste, composé entre autres de Tchétchènes, «Ahrar al-cham». Bien que se disant plus modérée, cette organisation armée est réputée proche du Front al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda.

Tourchaev gravit les échelons jusqu’à devenir « l’émir » d’un bataillon de combattants. Doué en tir, il forme d’autres djihadistes au maniement d’armes à longue portée dans le but de devenir « snipers ».

Au cours de son séjour, il côtoie le tristement célèbre «Omar al-Shishani», alias «Barbe rousse», un inquiétant Tchétchène qui deviendra l’un des leaders militaires de Daech. Des photos retrouvées par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) attesteront de leurs liens. Tourchaev y apparaît dans un camp d’entraînement avec des armes de guerre, en train de préparer l’assaut d’Alep.

Torturé «à électricité»

La suite de son parcours est plus floue. Au moins à une reprise, le Français revient en Europe. En janvier 2014, il est contrôlé en voiture en Grèce en possession d’armes blanches et de lunettes à vision nocturne. L’homme est relâché et continue son périple jusqu’en Turquie, où il prétend passer des vacances en famille.

Il est finalement intercepté en mai 2015 en Moldavie par les services de renseignement locaux. Qu’y faisait-il ? Mystère. Il se trouve dans le pays depuis le mois de décembre 2014, hébergé notamment dans une «planque» en compagnie de deux autres hommes.

Tourchaev passe trois mois dans les geôles moldaves. Faisant valoir sa nationalité française, il obtient son rapatriement dans l’Hexagone le 26 août 2015 après avoir contacté les autorités consulaires. L’homme affirme avoir été «torturé» par les agents moldaves, notamment «à l’électricité». A peine foule-t-il le sol français qu’il est incarcéré et mis en examen pour «association de malfaiteurs terroriste».

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Une photo prise en Syrie au cœur du débat juridique

Après deux ans d’enquête, les juges le renvoient devant le tribunal correctionnel. Il n’est pas soupçonné d’avoir projeté d’attentat en France, mais d’avoir combattu dans les rangs d’une organisation djihadiste. Le parquet général fait cependant appel en novembre 2017 réclamant une requalification criminelle des faits.

Le signe que la justice a durci son traitement des «revenants du djihad» depuis les attentats du 13 novembre. Mais aussi parce qu’une photo de Tourchaev, posant près d’une fosse commune, a été retrouvée par la DGSI.

A-t-il commis des exactions en Syrie ? Devant les juges, le quadragénaire a reconnu avoir combattu le régime syrien, mais a nié être un terroriste. Joint par notre journal, son avocat Me Louis-Romain Riché « ne souhaite pas faire de commentaire » et appelle « chacun au respect du secret de l’instruction et de la présomption d’innocence ».

Source : Leparisien

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