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Publié par Magali Marc le 27 mai 2018
Ismaël Haniyeh fêtant sa « victoire » le lendemain des heurts sanglants à la frontière de Gaza

Les médias se sont jetés sur «les violences à Gaza» comme la petite vérole se jette sur le bas-clergé. Des condamnations indignées sont venus de la plupart des pays occidentaux. Selon Matti Friedman, (dont j’avais traduit pour Dreuz le témoignage en 2014) les leaders du Hamas ont une fois de plus trouvé le moyen de «vendre» leur narratif aux Occidentaux en manipulant les médias, comme c’est leur habitude.

Pour les lecteurs de Dreuz, j’ai traduit cet article de Matti Friedman* paru le 16 mai.

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Tomber dans le piège de l’écran divisé du Hamas

Jérusalem – Durant mes années passées à travailler pour la presse internationale ici en Israël, bien avant les événements sanglants de cette semaine, j’en suis venu à respecter le Hamas pour sa capacité à faire passer son narratif.

Fin 2008, j’étais rédacteur en chef, un employé local du bureau de Jérusalem de l’Associated Press, lors de la première vague de violence à Gaza, après que le Hamas l’ait pris en charge l’année précédente. Ce conflit ressemblait terriblement à la campagne américaine en Irak, lors de laquelle une armée moderne combattait dans des zones urbaines surpeuplées contre des combattants dissimulés parmi des civils. Le Hamas a compris très tôt que le nombre de victimes civiles provoquerait une indignation internationale contre Israël, que c’était l’arme la plus importante de son arsenal et non pas l’usage des armes à feu ou les embuscades.

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Au début de cette guerre, j’ai respecté la censure du Hamas présentée sous la forme d’une menace envers l’un de nos reporters de Gaza et j’ai supprimé un détail clé d’un article : les combattants du Hamas étaient déguisés en civils et étaient comptabilisés comme des civils. Le chef du bureau de l’AP a écrit plus tard qu’écrire la vérité après qu’un de nos journalistes ait été menacé aurait signifié « mettre sa vie en danger ». Néanmoins, nous avons utilisé le même bilan des victimes tout au long du conflit et n’avons jamais mentionné la manipulation.

Le Hamas a compris que les médias occidentaux voulaient une histoire simple de bons contre les méchants et qu’ils s’en tiendraient à ce scénario, que ce soit par sympathie idéologique, s’ils y étaient obligés ou par ignorance. On pouvait faire confiance à la presse pour présenter des êtres humains morts non pas en tant que victimes du groupe terroriste qui contrôle leur vie, ou d’une confluence tragique d’événements, mais à cause d’un massacre israélien injustifié. La volonté des journalistes de coopérer avec ce scénario a incité le Hamas à continuer à l’utiliser.

La prochaine étape dans l’évolution de cette tactique était visible dans les terribles événements de lundi. Si l’arme la plus efficace dans une campagne militaire est constituée des images de victimes civiles, le Hamas semble avoir conclu qu’il n’avait pas du tout besoin d’organiser un combat. Tout ce que vous avez à faire, c’est vous arranger pour que des gens soient tués devant les caméras. Le moyen de le faire à Gaza, en l’absence de soldats israéliens à l’intérieur du territoire, est de tenter de traverser la frontière israélienne, alors que tout le monde comprend qu’elle est défendue avec une force létale et facile à filmer.

Environ 40 000 personnes ont répondu à l’appel du Hamas. Beaucoup d’entre eux, certains armés, se sont précipités sur la barrière frontalière. Beaucoup d’Israéliens, moi inclus, ont été horrifiés de voir le nombre de morts atteindre 60.

La plupart des téléspectateurs occidentaux ont vécu ces événements grâce à un outil de narration visuelle : un écran divisé. D’un côté était présentée l’ouverture de l’ambassade américaine à Jérusalem en présence d’Ivanka Trump, des alliés chrétiens évangéliques de la Maison-Blanche et de la direction politique actuelle d’Israël – un événement que plusieurs ici ont trouvé bizarre et éloigné de notre vie nationale. De l’autre côté, on pouvait voir la violence terrible dans un territoire désespérément pauvre et isolé. La juxtaposition était bouleversante.

Les tentatives d’ouvrir une brèche dans la barrière de Gaza, que les Falestiniens ont appelé la Marche du Retour, ont commencé en mars et avaient pour but déclaré d’effacer la frontière, une étape vers l’effacement d’Israël. Un des organisateurs principaux le leader du Hamas, Yehya Sinwar, a exhorté devant les caméras, en arabe, les participants à «arracher le cœur» des Israéliens. Mais lundi (NdT: le 14 mai), l’entreprise, rebaptisée « protestation contre l’ouverture de l’ambassade » avait été minutieusement chronométrée pour coïncider avec cet événement. L’écran divisé, et l’impression qui a été créée à l’effet que des gens étaient en train de mourir à Gaza à cause de Donald Trump, était l’image que le Hamas recherchait.

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La couverture de presse lundi a été un succès majeur pour le Hamas dans une guerre dont le champ de bataille n’est pas vraiment Gaza, mais le cerveau de publics étrangers.

Les soldats israéliens qui font face à Gaza n’ont que de mauvais choix à faire. Ils peuvent décourager les «manifestants» à l’aide de gaz lacrymogènes ou de balles en caoutchouc, qui sont souvent inexactes et inefficaces, et si cela ne fonctionne pas, ils peuvent utiliser le tir à balles réelles. Ou bien ils peuvent retenir leurs tirs afin d’épargner des vies et permettre qu’une brèche soit faite et , dans ce cas des milliers de personnes vont se précipiter en Israël, dont certains – les soldats ne sauront pas lesquels – seront des combattants armés. (Un des chefs du Hamas, Salah Bardawil, a déclaré mercredi à une chaîne de télévision du Hamas que 50 des victimes étaient des membres du Hamas. Le groupe Jihad islamique en a identifié trois autres.) Si une telle violation se produisait, le bilan serait plus élevé. Ensuite, la tactique du Hamas, ayant fait ses preuves, elle serait probablement reprise par les ennemis d’Israël à ses frontières avec la Syrie et le Liban.

Des personnes bien informées peuvent débattre de la meilleure façon de faire face à cette menace. Une réponse différente aurait-elle pu réduire le nombre de morts ? Ou une réaction plus agressive pourrait-elle décourager d’autres actions de ce type et sauver des vies à long terme ? Par exemple, quels sont les ordres de tirs à la frontière entre l’Inde et le Pakistan ? Y a-t-il quelque chose qu’Israël aurait pu faire pour désamorcer d’avance la situation ?

Ce sont des questions importantes. Mais quiconque observait les réactions à l’étranger voyait que ce n’était pas cela qui était discuté. Comme c’est souvent le cas en ce qui concerne Israël, les choses sont vite devenues hystériques et fort éloignées des événements eux-mêmes. Le président turc a qualifié les événements de «génocide». Une chroniqueuse du New Yorker a profité de l’occasion pour tweeter certaines de ses réflexions sur «la blancheur et le sionisme», s’inscrivant dans une curieuse tendance qui projette les problèmes raciaux et sociaux américains dans une société du Moyen-Orient, située à 9 650 km. Les maladies propres à l’ère des médias sociaux – le mépris pour l’expertise et l’idée que d’autres personnes ne sont pas simplement mauvaises mais aussi méchantes – se sont glissées dans la vision du monde de personnes qui devraient mieux se renseigner.

Vu d’ici, c’est le véritable effet de l’écran divisé qui se produit: d’un côté, une tragédie humaine compliquée dans le coin d’une région qui échappe à tout contrôle. De l’autre, une histoire venimeuse et simpliste, symptôme de ces temps venimeux et simplistes.

* M. Friedman est journaliste, et l’auteur des mémoires « Pumpkinflowers: A Soldier’s Story of a Forgotten War.” .»

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Traduction de Magali Marc (@magalimarc15) pour Dreuz.info.

https://www.nytimes.com/2018/05/16/opinion/hamas-israel-media-protests.html

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