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Publié par Gaia - Dreuz le 10 juin 2018

Deux ans et demi après l’attentat, dix-sept victimes et ayant droit portent plainte. Selon eux, si les soldats de l’opération Sentinelle, présents sur place, avaient pu agir, le bilan aurait été moins lourd.

Le procureur de la République va voir arriver ce vendredi sur son bureau une plainte particulière. Deux ans et demi après la tragédie du Bataclan le 13 novembre 2015, qui fit 90 morts sous les balles des terroristes, dix-sept victimes ou familles de victimes se sont regroupées en un collectif. Leurs trois avocats déposent conjointement une plainte, initiée par une avocate lyonnaise Me Océane Bimbeau, du cabinet Sannier et Associés, « contre X pour non assistance à personne en péril en l’absence d’intervention des militaires lors des attentats perpétrés au Bataclan».

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Le soir tragique, alors que des centaines de victimes étaient prises en otage dans le Bataclan, huit soldats de l’opération Sentinelle, armés de Famas, des armes de guerre, n’ont pu, sur ordre de leur hiérarchie, intervenir aux côtés des policiers de la BAC (brigade anticriminalité) du Val de Marne arrivés les premiers et d’un commissaire de police, accompagné de son chauffeur, qui n’a pas hésité à rentrer dans la salle de concert et a tué l’un des terroristes.

Ces policiers, sous-équipés, qui se faisaient tirer dessus par les terroristes armés de kalachnikov, ont demandé aux soldats de leur prêter leur Famas. Les militaires, obéissant au réglement, ne se sont pas départis de leur arme.

Ce n’est pas la première fois que des familles demandent à la justice de faire la lumière sur ce point. Gérard Chemla, avocat pénaliste à Reims, représentant quatre vingt autres victimes et ayant droit du Bataclan, avait, en 2016, fait une demande d’acte aux juges d’instruction « pour qu’ils enquêtent sur la non autorisation aux militaires de donner leur arme». « Le juge m’avait répondu : Je ne suis pas saisi de ces questions ». Maitre Chemla avait alors tenté un recours devant la Cour d’appel, qui n’avait pas eu de suite.

Les familles et leurs avocats souhaitent l’ouverture d’une enquête afin de comprendre pourquoi les soldats n’ont pu intervenir ce soir là. En 2016, une commission d’enquête parlementaire sur ces attentats, présidée par Georges Fenech, alors député (LR), ancien magistrat, avait tenté de faire la lumière. Pour ce dernier, «clairement, un ordre a été donné aux soldats Sentinelle de ne pas engager le feu alors qu’ils avaient en ligne de mire des terroristes ». « A la question : Qui a donné l’ordre aux soldats de ne pas intervenir ? On n’a jamais su, regrette Georges Fenech. Avec les autres parlementaires, on était sidérés ». Ce jeudi, le porte-parole du gouverneur militaire, interrogé », a indiqué «ne pas avoir eu connaissance de la plainte » et « ne pas avoir de commentaires à faire ».

Le frère d’une victime : «Une démarche de vérité»

Sébastien Gomet, l’un des plaignants, a perdu son petit frère Cédric ce soir de 2015 dans la salle de concert. En lisant le rapport de la commission parlementaire, il a été « saisi d’effroi et de colère ». «Cette plainte ne me rendra pas mon frère, confie ce pudique architecte de 38 ans. Mais c’est une démarche de vérité ». Pour lui, « il n’y aurait pas eu ce lourd bilan de 90 morts au Bataclan si les soldats Sentinelle avaient pu intervenir. Je voudrais que l’Etat français responsable de l’ampleur du drame le reconnaisse».

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Me Samia Maktouf, l’une des avocates des dix-sept victimes, va plus loin. En parallèle de cette plainte au pénal, elle intente une action en responsabilité de l’Etat devant le tribunal administratif . Elle plaidera le 4 juillet prochain.

Source : Actu.orange

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