Publié par Dreuz Info le 15 juin 2018

Monsieur,

Vous m’avez envoyé à plusieurs reprises et de façon rapprochée, des courriers me demandant de soutenir et de « renforcer la mission éducative du Mémorial de la Shoah ».

Voilà un grand nombre d’années que je soutiens le Mémorial dont le travail de mémoire à l’égard des déportés et assassinés de la Shoah m’a toujours paru capital ; j’ai aussi confié des documents sur la disparition de ma famille. Je ne peux donc que me féliciter du travail que vous réalisez pour lutter contre l’oubli. Par ailleurs, votre intérêt actif envers les jeunes et leur éducation, afin qu’ils apprennent et comprennent l’histoire des génocides, (tout en sachant que la Shoah n’est pas un génocide comme les autres), est une initiative que je salue, d’autant plus que j’ai moi-même été enseignante. Qu’il faille agir sur le terrain de l’éducation me paraît évidemment capital.

Cependant, vous formulez votre appel d’une façon tellement générale, pour ne pas dire abstraite, que cela demande à être éclairci. Je vous cite : « Nous assistons ces deniers temps à de multiples manifestations violentes et même meurtrières d’antisémitisme. » Et plus loin : « De toutes nos forces, il nous faut également lutter contre l’antisémitisme, contre les mécanismes du racisme, contre les propagandes et l’embrigadement, en enseignant l’histoire de la Shoah et des génocides ».

Analyse de texte :

« Nous assistons ces derniers temps à de multiples manifestations violentes et même meurtrières d’antisémitisme. » « Ces derniers temps » me paraît très réducteur si l’on considère que le problème de l’antisémitisme était, notamment, déjà soulevé en 2005 par Emmanuel Brenner (Georges Bensoussan) et ses collègues enseignants dans « Les territoires perdus de la République » Les meurtres antisémites n’ont fait que s’amplifier depuis plus d’une décennie.

Or ce qui me gêne énormément dans votre appel c’est que la cause de cet antisémitisme n’est jamais nommée. Qui est à l’œuvre ? Qui assassine ? Qui est intolérant ? Il serait lassant de répéter la phrase de Camus : « Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde ». Ici les choses ne sont même pas nommées, ce qui est encore pire ! S’agit-il du FN ? Bien commode pour endosser un antisémitisme qui remonte à la génération de Jean-Marie Le Pen ? Interrogeons-nous : le FN, combien de sections d’assaut, combien de chemises brunes pour attaquer les Juifs ?

Vous savez très bien, comme la plupart des gens, que l’antisémitisme est aujourd’hui, massivement, le fait de musulmans. Ceux qui tuent les Juifs et les non Juifs le font au nom de l’islam. Bien sûr, tous les musulmans ne sont pas des assassins (fort heureusement) mais c’est bien au nom d’Allah que le crime est commis, que la haine, dont vous parlez si souvent, provient de l’islam et a commencé à Médine avec Mahomet.

« Lutter contre les mécanismes du racisme, contre les propagandes et l’embrigadement… »

Il me semble que pour lutter efficacement contre ce que vous dénoncez – de façon vague sans jamais nommer ceux qui sont à l’origine de cette propagande et de l’embrigadement, il est grand temps de désigner clairement les responsables : ce que vous ne faites jamais. Pour ne pas stigmatiser ? Par tolérance ? Ou par peur d’être affublé du qualificatif d’islamophobe – très à la mode en ce moment ? Car disons-le clairement, c’est l’islam politique qui embrigade les jeunes des banlieues et d’ailleurs… Ce politiquement correct n’est plus acceptable. En effet, on ne peut lutter pour la sauvegarde de la mémoire des morts sans dénoncer ceux qui s’en prennent aux vivants ! De même qu’on ne peut laisser se propager l’idée qu’Israël est un Etat raciste et que sa création, « illégitime » serait un crime, comme on peut le voir à Bezons où la municipalité vient d’inaugurer une allée de la Nakba : « En mémoire de l’expulsion des 800 000 palestiniens et de la destruction de 532 villages en 1948 par le criminel de guerre David Ben Gourion pour la création de l’État d’Israël » (Voir l’article de Pierre Lurçat et Philippe Karsenty)

Et ce n’est pas avec des phrases évanescentes, hors sol que l’on risque de lutter contre l’antisémitisme. Combattre ce fléau, c’est d’abord dire la vérité.

C’est ce qu’a fait Georges Bensoussan en publiant un état des lieux de l’école où l’enseignement de la Shoah devenait parfois impossible – et je ne parle que de ce sujet auquel on peut ajouter la mixité dans les piscines, la remise en question de l’évolution etc. etc. Les professeurs sont journellement confrontés aux contestations d’élèves d’origine musulmane et de leurs familles. C’est bien là, massivement, que se situe l’intolérance.

C’est encore ce qu’a fait Georges Bensoussan en publiant « Une France soumise ». Dans cette enquête remarquable et honnête, il nous montre, faits à l’appui, une France en sécession, des pans entiers de la vie sociale aux mains des prédicateurs de l’islam ! Où sont les valeurs de tolérance qui vous sont chères, où est l’Etat républicain ? Allez-vous continuer à fermer les yeux et vous boucher les oreilles par esprit de tolérance à l’égard de ceux qui piétinent notre tolérance et s’en servent ?

Mais j’en viens au plus grave : j’ai appris récemment que G. Bensoussan, relaxé de son déplorable procès en islamophobie – mais pour combien de temps ? n’était plus persona grata au Mémorial de la Shoah, comme l’indiquent Jacques Tarnéro, Eliette Abecassis, et Barbara Lefebvre dans un article : « L’illusion d’une communauté juive. »

Dans cet excellent réquisitoire, les trois auteurs dénoncent avec justesse le comportement « incompréhensible » de la direction du Mémorial, qui n’a pas défendu l’historien lors de son procès inique et qui a poussé Georges Bensoussan à la retraite, pour se débarrasser de lui alors que sa fonction dans cette institution était non seulement utile mais exemplaire. J’avais eu également connaissance des pressions exercées sur le site Akadem afin que la vidéo d’un entretien Bensoussan, Antoine Mercier soit censurée. Ainsi, le Mémorial de la Shoah cède aux sirènes du politiquement correct et s’aplatit devant la doxa qui prétend que toute critique de l’islam relève de l’islamophobie, de l’intolérance, voire du racisme !

Comme le disent les auteurs de l’article cité, « en congédiant Georges Bensoussan, la direction du Mémorial n’a pas seulement fait un contresens intellectuel : elle a commis une faute morale. »

C’est pour ces raisons que je suspends mes dons au Mémorial de la Shoah, en attendant une politique qui soit conforme à l’idée que je me fais de la lutte contre l’antisémitisme en particulier et contre la barbarie telle qu’elle est imposée à la France, à l’Europe et surtout à Israël, depuis des décennies. C’est aussi au nom de ma famille anéantie par la barbarie nazie que je m’insurge contre ces abstractions et omissions qui visent à camoufler l’ennemi d’aujourd’hui, donc à le protéger. N’oublions pas non plus que nombre de musulmans de naissance qui rejettent l’islam politique souffrent également de l’intolérance et en sont aussi les victimes.

Sachez que je regrette profondément qu’il en soit ainsi.

Evelyne Tschirhart

Soutenez Dreuz en partageant cet article

Partagez ce message !

35
0
Merci de nous apporter votre commentairex
()
x
Merci de cliquer sur J'aime pour soutenir Dreuz