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Publié par Gaia - Dreuz le 23 juin 2018

Amazon, Alphabet (Google) et Microsoft ont récemment été critiqués pour leurs relations avec le gouvernement américain et son armée.

Les géants des nouvelles technologies aiment avoir le beau rôle. Celui d’entreprises qui permettent de connecter les hommes, de diffuser des idées et de permettre la bonne marche du monde grâce à leurs outils. Il n’est pas rare que cette belle image se fissure. Mais ces dernières semaines, Amazon, Google ou Microsoft affrontent une menace inédite: les critiques de leurs propres employés.

C’est Google, propriété de la société parapluie Alphabet, qui a dû gérer la première fronde. Le géant du Web a provoqué l’ire de certains de ses employés avec un projet d’intelligence artificielle développé pour le Pentagone. Baptisé «Maven», il permet l’analyse précise d’images de drones en zones de guerre. Il a rapidement fait débat en interne pour ses enjeux éthiques. Une pétition pour réclamer l’annulation du projet a récolté plus de 4000 signatures. «Google ne devrait pas être impliqué dans des activités guerrières», plaidait le document. Une douzaine d’employés ont même démissionné en protestation. Face à la montée de la grogne, et une large couverture médiatique, Google a fini par faire une concession: début juin, il a annoncé que le contrat en question avec le Département américain de la Défense ne serait pas renouvelé. Il sera néanmoins toujours effectif jusqu’en 2019.

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Les employés appelés à se mobiliser

Quelques semaines plus tard, Amazon et Microsoft affrontent des polémiques similaires. D’un côté, le géant du e-commerce se voit reprocher le développement d’un outil de reconnaissance faciale, et surtout sa vente aux forces de police. Cette fois-ci, les critiques viennent des actionnaires d’Amazon. «Nous craignons que cette technologie puisse être utilisée pour viser de manière injuste et disproportionnée les personnes de couleur, les migrants et les membres d’associations civiles», ont alerté une vingtaine d’entre eux dans une lettre remise vendredi à Jeff Bezos, PDG d’Amazon.

Microsoft, de son côté, est critiqué pour sa collaboration avec l’ICE, l’agence en charge de l’immigration aux États-Unis. Cette dernière, cliente de sa plateforme cloud Azure, est vivement dénoncée aux États-Unis pour sa gestion des familles traversant la frontière américaine, en séparant de force des enfants et de leurs parents. Microsoft a été sommé de se justifier sur ce contrat après qu’un article de blog datant de janvier, où il se félicitait de sa collaboration avec l’ICE, a refait surface sur les réseaux sociaux. «Nous demandons à l’administration de changer sa politique, et au Congrès américain de voter des nouvelles lois garantissant que les enfants ne soient plus séparés de leurs familles», a finalement annoncé le géant de l’informatique lundi soir, après plusieurs jours de polémiques. Là encore, plusieurs employés de Microsoft avaient critiqué ouvertement leur entreprise sur le sujet. Ces déclarations ont été suivies par d’autres: Tim Cook (Apple) et Susan Wojcicki (YouTube) ont eux aussi protesté publiquement contre les pratiques de l’ICE.

À mes amis qui travaillent chez Microsoft: COMBATTEZ CECI. Faites le plus de bruit possible. Ne vous faites pas avoir par le discours habituel, qui dit que toutes les entreprises ont des contrats avec les gouvernements. Votre société gère CE contrat en particulier, et en est fière.

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Un équilibre difficile face à Donald Trump

Il n’est pas inhabituel qu’une entreprise de nouvelles technologies noue des contrats avec des gouvernements, a fortiori l’administration américaine. Néanmoins, l’élection de Donald Trump, en 2016, a placé les géants de l’industrie dans une situation délicate. La Silicon Valley penche traditionnellement pour le camp démocrate. Ses acteurs défendent publiquement des valeurs d’ouverture, en faveur des droits pour les couples et les familles LGBT, le féminisme ou l’immigration. Ce soutien n’est d’ailleurs pas complètement dénué d’intérêt. Défendre des causes progressistes permet à ces entreprises de se racheter, provisoirement, une conscience face à des polémiques liées à leurs activités: surveillance en ligne, vie privée, problèmes d’addiction aux technologies, monople économique, etc. Quand plusieurs grands noms de la Silicon Valley ont combattu la politique migratoire de Donald Trump face aux ressortissants de pays à majorité musulmane, il s’agissait aussi pour eux de défendre leur droit de recruter facilement les meilleurs employés à l’étranger.

Les temps ont changé. Donald Trump est président des États-Unis depuis un an et demi. Et malgré ses relations difficiles avec les géants des nouvelles technologies sur de nombreux sujets, comme la neutralité du Net, son gouvernement représente des opportunités commerciales importantes: investissement dans du matériel informatique, des logiciels de bureautique, des infrastructures cloud, des programmes d’intelligence artificielle, dans la robotique … Malgré les critiques, aucune entreprise mise en cause n’a, jusqu’ici, complètement abandonné ses projets avec le gouvernement américain. Ces affaires pourraient tout de même écorner leur image sur le long terme. Un enjeu de communication dont ces sociétés ont bien conscience. «Nous devons réfléchir à un bon angle pour la presse sur notre collaboration avec le Département de la Défense, quelque chose de sympa comme le stockage, la sécurité ou les réseaux, mais éviter À TOUT PRIX de parler ou d’impliquer l’utilisation d’une intelligence artificielle», s’alarmait Fei-Fei Li, en charge de l’intelligence artificielle pour la division cloud de Google, dans un mail confidentiel envoyé lors de la signature de son contrat avec le Pentagone.

Les entreprises de la Silicon Valley ont l’habitude des critiques venant de l’extérieur. C’est moins vrai quand elles viennent de l’intérieur. Les employés des géants des nouvelles technologies sont souvent choyés et fidèles à leur société, au moins en surface. Ce phénomène de protestation, relativement inédit, pourrait devenir un véritable problème. Microsoft, Google, Amazon et les autres aiment prétendre à la neutralité. Ils refusent de faire de la politique, sauf quand elle va dans le sens de leurs intérêts. Néanmoins, cette position est de plus en plus difficile à tenir, alors que montent les inquiétudes sur la place de leurs outils dans nos vies. Et que ces entreprises font peur à leurs propres employés.

Source : Lefigaro

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