Publié par Dreuz Info le 26 juin 2018

Lorsque le commandant suprême des forces alliées, le général Dwight Eisenhower, a découvert les victimes des camps de la mort de Dachau, il a ordonné que toutes les photographies possibles soient prises et que les Allemands des villages environnants soient conduits à travers les camps et même qu’ils enterrent les morts, « parce que quelque part sur le chemin de l’histoire, un bâtard se lèvera et dira que cela ne s’est jamais produit. »

« Un nouveau musée à Auschwitz. Le nom change, l’intention reste la même »
de Krzysztof Burnetko paru dans Polityka.pl

Beata Szydlo et son équipe réhabilitent la version PRL [Polska Rzeczpospolita Ludowa, ou République Populaire de Pologne pendant la période communiste] de l’histoire du camp Auschwitz-Birkenau, version d’après laquelle le camp était d’abord un enfer pour les Polonais, non pas pour les Juifs d’Europe.

À la place du Musée des Justes près d’Auschwitz, il y aura un Musée de la Mémoire des Habitants du Territoire d’Oswiecim. L’intention censée représenter ce changement reste cependant identique – une manipulation de l’histoire. Les conséquences peuvent, elles aussi, être identiques – un esclandre sur le plan international. 

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La vice-ministre Beata Szydlo (1), et le vice-ministre de la Culture Jaroslaw Sellin ainsi que Zbigniew Starzec, président du bureau exécutif d’Oswiecim, ont signé un accord sur la construction du nouveau musée à Oswiecim. Il devra être consacré à la mémoire des habitants des villages alentour qui avaient apporté une aide aux prisonniers du camp d’Auschwitz.

Un musée à Oswiecim à l’image de celui de Yad Vashem ?

Ce n’est pas par hasard que la cérémonie dédiée à la signature d’une lettre d’intention ainsi que les paraphes d’un accord bien concret eurent lieu le 14 juin de l’an dernier, date d’anniversaire de la première déportation de masse de prisonniers vers Auschwitz : s’y trouvaient 728 hommes, en majorité des Polonais (membres du mouvement d’opposition, militants politiques et sociaux, des personnes ayant franchi illégalement la frontière, des membres du clergé catholique). 

Pas un hasard non plus que dans le contenu de la nouvelle plateforme dédiée à l’acceptation du Conseil régional d’Oswiecim, on puisse lire que le musée en question sera tenu de présenter « la vérité sur l’histoire des camps de concentration allemands sur le territoire de la Pologne avec une attention particulière sur le thème de la querelle des stéréotypes « des camps d’extermination polonais » et de l’accusation « de l’antisémitisme polonais ».»

Il est significatif que le musée ait failli s’appeler d’abord le Musée des Justes d’Auschwitz. L’appellation (porteuse d’une connotation idéologique), fut lancée, entre autres, par Beata Szydlo. Elle a dû cogiter simplement : si le monde entier, ou presque, estime le musée de Yad Vashem et honore les Justes Parmi les Nations, pourquoi ne pas faire quelque chose de semblable au bord de la Vistule (de plus, près de Brzeszcz (2)) ? Le concept s’inscrit parfaitement dans ladite politique historienne de son parti, avec, et en tête, Jaroslaw Kaczynski.

Le PIS sait ce qu’il fait

Au nom de la devise du redressement de la Pologne, de l’amélioration de l’image des Polonais, ils essaient entre autres de convaincre le monde que :

  1. Les souffrances des Polonais durant la Seconde Guerre mondiale n’étaient pas tant incomparables qu’identiques à celles des Juifs.
  2. L’aide des Polonais à leurs compatriotes juifs avait lieu à l’échelle nationale.
  3. Les cas de chantage et d’assassinats des Juifs par leurs voisins polonais relevaient de cas particuliers, circonscrits à une minorité criminelle.
  4. La thèse d’un antisémitisme à l’échelle nationale en Pologne (dont une antipathie au quotidien envers les Juifs) est totalement exagérée – de plus lancée par les milieux juifs et leurs supporters dans le pays.

S’ajoutent à cela toutes sortes d’allusions et de suggestions (ne serait-ce que celle connue depuis fort longtemps que les Juifs seraient eux-mêmes responsables parce qu’ils acceptaient la Shoah passivement, voire que certains auraient allègrement aidé les nazis). C’est au nom d’une telle propagande que l’on manipule les faits, entre autres en désavouant les thèses des historiens mondialement reconnus, ou en introduisant des sanctions pour des affirmations contraires à l’allégation officielle. 

C’est ainsi que Beata Szydlo et son équipe n’hésitent même pas à régresser vers la version communiste de l’histoire selon laquelle Auschwitz-Birkenau fut un enfer avant tout pour les Polonais et non pas pour les Juifs de l’Europe entière.

C’est au nom de cette même propagande que l’on profite, qui plus est – ce qui devient abject – des Justes eux-mêmes et de leur héroïsme. Il en est ainsi ne serait-ce qu’au sujet de la famille Ulmo ou d’Irena Sendlerowa. Il n’est pas exclu que la même destinée soit prévue pour les Justes parmi les populations de la région d’Oswiecim, que veut honorer le nouveau musée – indépendamment du fait qu’ils aient aidé les Juifs ou les Polonais. Il sera dès lors facile de fabriquer des héros au simple fait qu’ils ont aidé d’autres Polonais non-juifs et de les inscrire dans un mandat de propagande falsifié, les utilisant par là même comme outil d’une politique simpliste.

Comment réagira Israël à cette décision ?

L’action de la ministre, présentement de l’ex-ministre, doit par la force des choses être considérée comme une initiative du gouvernement de la République Polonaise. Ce qu’elle est. En attendant, elle rajoute de l’huile sur le feu, c’est le moins qu’on puisse dire, aux relations polono-juives déjà tendues, ainsi qu’aux relations entre la Pologne et Israël. Renoncer à l’appellation comparant le nouveau musée d’Oswiecim à Yad Vashem est insuffisant pour faire preuve de bonne volonté (ou plus exactement : l’alibi est trop faible pour attester de l’absence de mauvaises intentions).

Combien sensible est le terrain sur lequel essaie de farfouiller Szydlo − mais aussi bien entendu Morawiecki (3) et Kaczynski −, peut en attester la bien longue et funeste histoire du Carmel d’Auschwitz, ayant débuté dans les dernières années de PRL, celle du couvent des carmélites sur le terrain du camp, puis de l’installation des croix aux abords.

Il semblait que ces conflits, porteurs d’une sagesse et d’une vulnérabilité, fussent suffisamment instructifs pour peser dans le discernement du choix politique. Il n’en fut rien.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : traduction du polonais © Irena Elster pour Dreuz.info.

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(1) Szydlo a démissionné du parti Droit et Justice – PIS, en déc. 2017
(2) Ville dont elle était maire
(3) Premier ministre

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