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Publié par Albert Soued le 1 juillet 2018

Les mêmes lobbyistes découragent toute tentative des grandes puissances d’adopter une politique visant à aider, persuader et cajoler l’Iran à restaurer son identité d’État-nation et à se comporter comme un État-nation, en fermant le chapitre d’une révolution qui a plongé l’Iran et une bonne partie du Moyen-Orient dans le conflit et l’incertitude.

Alors que qu’on se rapproche du 8 août, date limite fixée par le président américain Donald Trump pour dévoiler la prochaine étape de sa politique envers l’Iran, une chorale de politiciens, d’universitaires et d’hommes d’affaires occidentaux est formée pour l’inciter à s’en tenir aux politiques de ses prédécesseurs depuis 1979.

Cela, à son tour, a encouragé des éléments de la direction de Téhéran à s’opposer à tout changement de politique et/ou de comportement de la République islamique sur une série de questions, comme l’indique la déclaration en 12 points du secrétaire d’État américain Mike Pompeo, y compris la tentative d’exporter la révolution vers la Syrie, le Liban, l’Irak, Bahreïn et le Yémen, entre autres.

Mardi dernier, le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammed Javad Zarif a répondu à Pompeo avec un desiderata de 15 points, indiquant le choix de Téhéran d’une tactique dilatoire.

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Le chœur pro-khoméiniste construit son argumentation sur une notion abstraite dans laquelle, en traitant avec la République islamique, le choix est seulement entre la soumission à ses caprices ou l’invasion militaire totale.

Dans son dernier livre « Fascisme », l’ancienne secrétaire d’État américaine Madeleine Albright réduit la politique en Iran à une simple question : « Voulons-nous répéter l’aventure en Irak ? »

L’un de ses successeurs, John Kerry, va encore plus loin en parcourant les capitales occidentales pour promouvoir son idée qu’« il n’y a pas d’alternative à l’influence de l’Iran » au Moyen-Orient.

Joshua Landis, un universitaire américain pro-Bashar al-Assad, qui affirme que l’intervention de l’Iran en Syrie, plus tard soutenue par la Russie, a empêché la victoire de l’opposition syrienne qui, selon lui, se compose uniquement d’ISIS et de groupes militaires apparentés. Il laisse entendre que les Etats-Unis et son allié Israël doivent être reconnaissants à l’Iran d’avoir empêché la chute d’Assad.

Ben Rhodes, ancien assistant à la sécurité nationale du président Barack Obama, fait écho à ce sentiment dans son nouveau livre « Le monde tel qu’il est ». Il insiste sur le fait que l’Iran a une classe moyenne et une société plus développée pour en faire un meilleur modèle pour le Moyen-Orient.

Traduit en langage clair, cela signifie que les États-Unis devraient considérer la présence de l’Iran en Irak, en Syrie et au Liban comme une évolution positive.

M. Landis partage le même point de vue lorsqu’il affirme dans un article récent que « c’est la première fois dans l’histoire moderne que l’ensemble de l’étage nord des pays du Moyen-Orient entretient de bonnes relations ». Selon le moment où commence son « histoire moderne », on pourrait soutenir que ces mêmes pays jouissaient également de « bonnes relations » lorsqu’ils étaient sous la domination coloniale britannique et française.

Mais la domination étrangère est-elle le seul moyen de développer de bonnes relations entre voisins ?

Plus important encore, peut-être, comment décrire les relations entre le gouvernement libanais fracturé, les vestiges du régime d’Assad et l’élite politique irakienne comme étant « bonnes » et le rôle que Téhéran joue dans les trois pays comme étant bénéfique pour leurs peuples ?

 

Le régime khoméniniste comme modèle

L’idée du régime khoméniniste comme modèle pour tout le Moyen-Orient s’inspire du concept de « modèles de développement » des années 1960. Aujourd’hui, cependant, ce concept est considéré davantage comme une vanité intellectuelle que comme un guide sérieux de l’analyse sociopolitique. Même les démocraties occidentales, bien que semblables à bien des égards et partageant des valeurs culturelles et religieuses, s’inspirent de nombreux modèles différents. Il n’y a donc aucune raison pour que les différentes nations du Moyen-Orient soient encouragées ou même forcées d’adopter le système iranien du « wilayat al-faqih » comme modèle.

Qu’elle soit délibérée ou causée par l’ignorance, cette incompréhension du rôle déstabilisateur que joue l’Iran dans la région et au-delà a conduit à ce qui ne peut être décrit que comme une paralysie politique par les démocraties occidentales et leurs alliés à un moment où le régime khoméiniste est de plus en plus contesté par le peuple iranien. Cette paralysie encourage les dirigeants de Téhéran à refuser les réformes internes et les accommodements externes au service de la paix et de la stabilité.

« Les dirigeants américains ont toujours rêvé de nous forcer à changer notre comportement et ont échoué », a déclaré Ali Khamenei, le « Guide suprême » de l’Iran. « Cinq administrations américaines ont emporté ce rêve dans leur tombe. Le présent aura le même sort. »

 

L’Impossible rêve américain

L’analyse de Khamenei n’est pas loin du compte. Les présidents américains successifs ont travaillé dur pour persuader le régime khoméniniste de Téhéran de modifier certains aspects de sa politique étrangère, sans succès jusqu’à présent.

La raison peut être l’incapacité ou la réticence des présidents américains successifs et d’une bonne partie de l’élite politique et culturelle américaine à bien comprendre la nature du régime khoméiniste. Jimmy Carter croyait que la prise de pouvoir khoméiniste représentait le retour de la religion au centre de la vie publique. Son administration a décrit Khomeini comme « un saint homme » et « le Gandhi de l’Islam ». Carter écrivit des lettres à Khomeini « comme un homme de foi à un homme de foi ». Il a même ordonné la reprise des livraisons d’armes à Téhéran. On sait tous ce que ça a fait à Carter.

Le président Ronald Reagan, qui s’était rendu en Iran juste un an avant la révolution, pensait mieux connaître les Iraniens. Il les décrivait comme des « marchands de tapis et des négociants ». En conséquence, il a fait passer en contrebande des armes dont les mollahs avaient besoin pour empêcher l’armée irakienne d’avancer plus loin vers l’Iran. Il a également envoyé un énorme gâteau en forme de cœur et un exemplaire dédicacé de la Bible et deux pistolets ultra-modernes comme cadeaux pour l’ayatollah.

L’un des résultats a été le scandale Iran-Contra qui a ébranlé la présidence de Reagan.

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Faisant face aux répliques de cette crise, le président George H.W. Bush n’a pas développé de politique sur l’Iran au-delà d’un certain nombre de pourparlers secrets avec la faction Rafsanjani qui n’ont mené nulle part mais ont rassuré Téhéran que le « Grand Satan » américain avait été neutralisé.

Le président Bill Clinton considérait le régime khoméiniste comme « progressiste », un point de vue partagé par de nombreux libéraux américains qui pensent que l’antiaméricanisme est le signe le plus sûr des croyances progressistes.

Voici ce que Clinton a dit lors d’une réunion en marge du Forum économique mondial à Davos, en Suisse, en 2005 : « L’Iran d’aujourd’hui est, en un sens, le seul pays où les idées progressistes jouissent d’un vaste électorat. C’est là que les idées auxquelles je souscris sont défendues par une majorité ».

Et voici ce que Clinton a dit dans une interview télévisée un peu plus tard avec Charlie Rose :

« L’Iran est le seul pays au monde, le seul avec des élections, y compris les États-Unis, y compris Israël, y compris Israël, où les libéraux, ou progressistes, ont remporté les deux tiers à 70 % des voix lors de six élections : deux pour le président ; deux pour le Parlement, le Majlis ; deux pour les mairies. À chaque élection, les gars avec qui je m’identifie ont obtenu les deux tiers à 70 p. 100 des voix. Il n’y a pas d’autre pays au monde dont je puisse dire ça, certainement pas le mien. »

Clinton et sa secrétaire d’État, Madeleine Albright, se sont excusés auprès des mollahs pour les « crimes » non spécifiés commis « par ma civilisation » et ont supprimé une série de sanctions imposées à l’Iran après la prise d’otages américains à Téhéran.

Mais quels crimes ?

Clinton les a résumés : « C’est une triste histoire qui a vraiment commencé dans les années 1950 lorsque les États-Unis ont déposé M. Mossadegh, qui était un démocrate parlementaire élu, et ont ramené le Shah, puis il a été renversé par l’ayatollah Khomeini, nous poussant dans les bras d’un Saddam Hussein. Nous nous sommes débarrassés de la démocratie parlementaire [là-bas] dans les années 50 ; du moins, c’est ce que je crois. »

Clinton ne savait pas qu’en Iran, qu’il admirait tant, Mossadegh, loin d’être considéré comme un héros national, est un objet d’intense diffamation. L’un des premiers actes des mollahs après la prise du pouvoir a été de retirer le nom de Mossadegh d’une rue de Téhéran.

 

Les présidents Bush et Obama

Trop occupé avec l’Afghanistan et l’Irak, le président George W. Bush a accordé peu d’attention à l’Iran. Néanmoins, au cours de son second mandat, il a également essayé de persuader les mollahs de modifier leur comportement. Sa secrétaire d’État, Condoleezza Rice, a envoyé une invitation, pour ne pas dire une note de supplication, aux mollahs pour un « dialogue constructif ». Ils ont réagi en intensifiant le massacre de soldats américains en Afghanistan et en Irak par des substituts locaux.

Inutile de dire qu’il n’a pas fait mieux.

Le président Barack Obama est allé beaucoup plus loin que ses prédécesseurs en essayant de gagner la faveur des mollahs. Même en 2009, alors que les unités paramilitaires du régime massacraient la population dans les rues des villes iraniennes lors d’un soulèvement en faveur de la démocratie à l’échelle nationale, Obama a décidé de se ranger du côté des mollahs.

Obama a officiellement reconnu l’Iran comme un État nucléaire de seuil en échange de concessions douteuses de la part de Téhéran dans le cadre du soi-disant « accord nucléaire » que Trump a dénoncé.

L’une des principales raisons de l’incompréhension de la nature du régime actuel à Téhéran est l’incapacité à reconnaître que, au cours des quatre dernières décennies, l’Iran a souffert de la scission de la personnalité de Jekyll-et-Hyde.

Certes, en tant que peuple et culture, l’Iran est attrayant.

Valerie Jarett, réputée pour être la plus proche conseillère d’Obama, se souvient de Shiraz, la capitale culturelle iranienne et la Florence de l’Est, où elle est née et a grandi. Avant la révolution, Shiraz, avec sa belle architecture, était une ville de jardins et de musique avec un festival d’art international annuel. Comment ne pas aimer l’Iran à travers elle ?

Aujourd’hui, Shiraz, où la sœur de John Kerry a travaillé pendant des années, est une scène de pendaisons et de flagellations publiques, avec ses prisons remplies de dissidents politiques et religieux.

La vedette de cinéma Sean Penn, en tant que journaliste à temps partiel, a visité l’Iran et a écrit des articles élogieux. Il voyait Ispahan, la grande capitale de l’Iran, comme une sorte de paradis sur terre. Comme Clinton, il a été impressionné par les gens « incroyablement progressistes » qu’il a rencontrés. Ce qu’il a ignoré, c’est que l’Iran est en tête de la liste mondiale pour le nombre d’exécutions et de prisonniers politiques. À l’heure actuelle, 15 000 hommes et femmes vivent sous le coup de la peine de mort dans les prisons iraniennes.

Une autre vedette de cinéma, George Clooney, fait l’éloge du cinéma iranien comme étant « le seul cinéma original » au monde. Mais il ignore le fait que les films qu’il admire, vus dans les festivals occidentaux, ne sont jamais projetés à l’intérieur même de l’Iran et que de nombreux cinéastes iraniens sont en prison ou en exil ou interdits de faire des films.

L’État et l’outil

John Kerry admire l’Iran parce qu’il le sait grâce à son gendre iranien, issu d’une famille de classe moyenne d’avant la révolution. Il ne sait pas que ce sont précisément ces familles qui souffrent le plus de la terreur et de la répression khoméninistes ; c’est pourquoi beaucoup, y compris la famille de son gendre, se sont exilés.

En tant qu’État-nation, l’Iran n’a aucun problème avec qui que ce soit. En tant que véhicule de l’idéologie khoméiniste, il a des problèmes avec tout le monde, à commencer par le peuple iranien. Le régime khoméiniste ne cache pas sa haine intense pour la culture iranienne, dont il prétend qu’elle trouve ses racines dans « l’âge de l’ignorance » (jahiliyyyah).

Admirer ce régime à cause de la culture iranienne, c’est comme admirer Hitler pour Goethe et Beethoven et louer Staline pour Pouchkine et Tchaïkovski.

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Ce régime a exécuté des dizaines de milliers d’Iraniens, en a poussé à l’exil près de 6 millions et privé la nation de ses libertés fondamentales. Il a également tué plus d’Américains, souvent par l’intermédiaire de mères porteuses, qu’Al-Qaïda le 11 septembre 2001. Pas un seul jour ne s’est écoulé sans que ce régime ne retienne des Américains et d’autres otages.

Le régime de Téhéran ne se cache pas de fomenter et de soutenir la rébellion Houthi au Yémen. Fars, le site d’information du Corps des Gardiens de la Révolution prétend que les Houthis représentent « une partie d’un mouvement mondial de résistance » dirigé par Téhéran.

Le quotidien Kayhan, qui se fait l’écho des vues du « Guide suprême », affirme que Bahreïn fait partie de l’Iran qui a été « donné » par le regretté Shah et qu’il faut le regagner.

Le général Qassem Soleimani, responsable de la « révolution exportatrice » dit avoir transformé le Liban en un « Etat Résistance » dirigé par l’Iran. L’ayatollah Ali Yunsei, conseiller principal du président Hassan Rouhani, se vante que l’Iran contrôle désormais quatre capitales arabes : Sana’a, Bagdad, Damas et Beyrouth. C’est peut-être de l’hyperbole, mais cela donne un aperçu de l’état d’esprit des dirigeants actuels de l’Iran.

« Les lobbyistes pro-Téhéran en Occident rendent un mauvais service à la fois à l’Iran et aux démocraties dans lesquelles ils vivent », déclare l’analyste Nasser Zamani. « Ils encouragent les illusions de Téhéran qui ont déjà conduit l’Iran dans une impasse historique. »

Mais ce n’est pas tout. Les mêmes lobbyistes découragent toute tentative des grandes puissances d’adopter une politique visant à aider, persuader et cajoler l’Iran à restaurer son identité d’État-nation et à se comporter comme un État-nation en fermant le chapitre d’une révolution qui a plongé l’Iran et une bonne partie du Moyen-Orient dans le conflit et l’incertitude.

Article d’Amir Taheri originalement publié par Asharq al-Awsat le 29/6/18

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © traduction d’Albert Soued pour Dreuz.info.

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