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Publié par Thierry Ferjeux Michaud-Nérard le 8 juillet 2018

Dans un entretien réalisé par N. Dubessay, P.-H. Lab et D. Sicot pour l’Humanité Dimanche, Laurent Mauduit, journaliste, cofondateur de Mediapart, dénonce : « Les médias sont dans un mélange d’oligarchie et d’affairisme ».

Son livre « Main basse sur l’information« * (Éditions Don Quichotte) révèle comment et pourquoi une dizaine de milliardaires s’accaparent, en France, les médias au détriment du droit à l’information libre.

Comment analyser la concentration actuelle de la presse entre les mains de quelques milliardaires ?

La période de la Libération a permis au programme du Conseil national de la Résistance d’instaurer une presse indépendante des puissances financières. À cette époque où la presse d’occupation se refonde, les journaux de la collaboration cherchent les moyens de montrer des gages de leur indépendance soi-disant retrouvée. En 1952, le statut du Monde donne à la Société des journalistes la propriété du journal.

Libération reprendra cette forme lors de sa création. Beaucoup de journaux créent des coopératives ouvrières comme « le Parisien libéré » ou « le Dauphiné libéré ». Le thème politique de l’indépendance retrouvée de la presse fait le consensus à l’époque. Les résistants d’obédience chrétienne-démocrate qui deviennent propriétaires du « Parisien libéré » partagent cette conviction avec la SFIO, le PCF ou le mouvement syndical.

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Depuis, l’histoire s’est accélérée avec le capitalisme politico-médiatique de connivence, consanguin.

Les derniers titres des journaux indépendants sont tombés entre les mains des milliardaires, Bolloré, Drahi et le trio Niel, Pigasse, Berger. Après le dernier rachat du « Parisien » par le groupe de Bernard Arnault, la situation de la presse est une illustration claire et nette de la régression démocratique en France.

La démocratie représentative est la forme de la démocratie dans laquelle les citoyens expriment leur volonté par le choix de représentants élus à la suite d’informations et d’élections libres. Ces élus représentent la volonté générale, votent la loi et contrôlent le gouvernement. Les élections libres ont lieu à des échéances régulières et le mandat des représentants est limité dans le temps. Si la possibilité de bénéficier d’élections libres est ouverte à tous les citoyens, aucun choix électoral ne peut être vraiment libre sans une presse libre.

Libération, l’Express, les médias propriété de Drahi avec SFR. En quoi est-ce une menace ?

Les dangers sont liés à la porosité entre l’actionnaire et le média qu’il contrôle. Regardez i24news. Il y a sur cette chaîne israélienne, qu’il possède, une véritable police linguistique. Les « territoires occupés » (expression inventée par les islamo-gauchistes) y sont des « implantations ». On ne parle pas de juifs « extrémistes » (la gauche considère que les juifs sont forcement extrémistes et les musulmans forcément modérés) mais de « jusqu’au-boutistes ». Le troisième danger, c’est le principe d’universalité de la diffusion qui est remis en cause par la partialité du service public qui distribue les journaux.

La puissance publique a accordé un bien public à ces oligarques devenus opérateurs de téléphonie.

Pour ces « millia-média-rdaires », à la différence des opérateurs de presse à l’étranger comme le groupe Bertelsmann en Allemagne ou Murdoch dans les pays anglo-saxons, la presse n’est pas leur métier. Leur métier, c’est l’argent, l’armement, le luxe… Et ils dépendent de la commande publique, ce qui crée des conflits d’intérêts car ils ont, comme il est habituel en France, des relations de connivence avec le pouvoir politique.

Ils achètent ces médias dans une logique non pas industrielle mais de connivence et d’influence.

Pour Patrick Drahi, à qui les banques ont accordé en deux ans 50 milliards d’euros d’endettement, se payer Libération pour 8 millions d’euros, c’est rien ! Grâce à cela, il a accès à Hollande, une « protection pour les affaires ». L’Élysée, même socialiste, est un bon « accélérateur de business ». Avec ces milliardaires, la porosité et la concentration des pouvoirs entre dirigeants politiques, économiques et financiers sont totales.

C’est un système oligarchique d’entremetteurs au service de la caste politico-médiatique. C’est un système de pouvoir et de dérive du capitalisme qui survit à toutes les alternances politiques pour maintenir des politiques de connivence sur fond d’affairisme. La presse est gravement victime de cela. Macron, à l’époque où il était salarié de la Banque Rothschild, est venu voir des journalistes de la Société des rédacteurs du Monde pour leur proposer son aide, quand le titre était à vendre en 2010. Mais, secrètement, il travaillait pour le camp d’en face. La suite de Macron, ministre à Bercy, a permis à Drahi le rachat spéculatif de SFR.

Le parcours de certains est très emblématique de ce mélange d’oligarchie et d’affairisme.

Ce n’est pas seulement la presse qui ne va pas bien, c’est la démocratie en France. La presse et les médias n’ont jamais été si dégradés et « en même temps » ils ont une influence majeure, comme instrument de manipulation démocratique, qui offre une place de gagnant assuré pour les candidats aux élections.

C’est ce qu’il faut réformer. Ce n’est pas seulement le droit de la presse, c’est aussi le droit de savoir qui manipule qui à travers l’opinion imposée aux citoyens par les médias de connivence, en dehors de toute transparence, pour déformer et réorienter les choix démocratiques. Les milieux d’affaires de connivence ont l’aide du pouvoir politique français pour garantir les secrets des manipulations médiatiques de l’opinion.

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C’est le pouvoir exorbitant de ces géants de la presse qui ont perverti le capitalisme, de fabriquer médiatiquement un président. Jamais depuis la 2ème guerre mondiale l’information n’a été aussi muselée.

Alors qu’il est ambassadeur des États-Unis en France, Thomas Jefferson écrit :

« Si j’avais à choisir entre un gouvernement sans journaux ou des journaux sans gouvernement, je n’hésiterais pas à choisir cette dernière formule. »

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, jamais la liberté et le pluralisme de la presse n’ont à ce point été menacés. Pourtant, ce droit de savoir était au fondement de notre démocratie, garantie par l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme. Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

Interview de Laurent Mauduit du 15 09 2016 à l’Humanité Dimanche (lui-même subventionné pour être artificiellement maintenu en vie et diffuses les idées communistes totalement opposées à la liberté de la presse) où un journaliste parle librement. Ils sont une ultra-minorité à avoir conservé leur intégrité et une certaine dignité. La très grande majorité des journalistes sont devenus objectivement des perroquets vendus et subventionnés. Plus rien à attendre d’eux !

(très librement adapté de l’entretien réalisé par Dubessay, Lab et Sicot pour l’Humanité Dimanche).

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Thierry-Ferjeux Michaud-Nérard pour Dreuz.info.

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