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Publié par Gaia - Dreuz le 10 juillet 2018

Un Alain Delon n’y aurait plus aucune chance compte tenu de son milieu d’origine Il aurait fini écrasé par les normes, l’URSSAF, le RSI, le fisc, l’inspection du travail, la répression des fraudes, avec une chance sur deux de tout perdre.

Contrairement aux pays-anglo-saxons, la France n’a plus de véritable tradition libérale-conservatrice. J’entends par là un courant libéral sur le plan économique et conservateur sur le plan de la souveraineté, de l’indépendance et des fonctions régaliennes.

Le dernier avatar d’une telle politique remonte à la période 1958-1974, durant laquelle De Gaulle appliquait les idées de Jacques Rueff, économiste libéral de tendance autrichienne, son Premier ministre Georges Pompidou prenant ensuite la relève. Depuis, les seules politiques menées par les gouvernements de tous bords, n’ont été que d’un seul type : de plus en plus interventionnistes dans l’économie et le sociétal, et de plus en plus faibles dans le régalien.

Clairement, sur le plan historique, le gaullisme dont pratiquement toute la droite se réclame n’est pas cette absurdité faussement dénommée « gaullisme social », qui consisterait pour l’État à contrôler toujours plus l’économie, à s’immiscer perpétuellement dans les entreprises privées et les rapports sociaux, ou à assister la population entière contre toute forme d’aléas de la vie.

Non pas que ces éléments étaient absents du gaullisme, mais ils n’en représentaient sûrement pas un caractère essentiel, ni philosophiquement, ni factuellement. La dépense publique à cette époque ne dépassait guère 35% du PIB – contre 57% aujourd’hui -, avec un budget à l’équilibre et des finances publiques gérées au cordeau. De Gaulle le souhaitait explicitement, puisqu’il affirmait que les prélèvements ne devraient pas représenter plus d’un tiers de la production.

Dans l’ensemble, il était hostile à une extension sans fin de l’État dans le domaine économique et social, et considérait que l’aide de l’État devait se limiter à la petite minorité réellement en difficulté :

De toute façon, quel que soit le système, nous aurons toujours un million de pauvres types sur les bras, mais on ne peut quand même pas ramener tout le monde à la minorité à la traîne. Pour celle-là, il faut, bien entendu, prendre des mesures de solidarité par répartition. (Extrait de De Gaulle mon père, de Philippe de Gaulle)

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Hélas, après 1974, il semblerait que la droite française, sur tout son spectre, n’ait retenu du gaullisme que quelques vagues éléments régaliens (elle reste beaucoup plus molle que De Gaulle sur ces questions), et complètement oublié les éléments de libéralisme économique et de société libre et responsable. Souvent au point de reprendre la même antienne que la gauche sur l’affreux capitalisme qu’il faudrait impérativement réguler, ainsi que sur les prétendues conquêtes sociales de l’après-guerre qu’il faudrait maintenir à tout prix.

Sauf que les conquêtes en question, sous forme de rigidités du marché du travail, de fonctionnarisation de la société, de socialisation massive des risques, ou de traitement social du chômage, sont le plus souvent bien postérieures à l’après-guerre et à la période gaulliste proprement dite. Que ce soit en matière de travail, de protection sociale, de prélèvements obligatoires ou de liberté économique en général, si l’on revenait aujourd’hui ne serait-ce qu’au quart des libertés des années 60, tout le monde hurlerait à l’ultra-libéralisme débridé.

Messieurs les Gaullistes et autres nostalgiques des 30 glorieuses, songez qu’à cette époque on pouvait embaucher et débaucher en toute liberté avec le minimum de formalités ; la CSG, la CRDS, et la plupart des contributions et taxes actuelles n’existaient pas ; celles qui existaient étaient relativement réduites ; le RSA, les APL, la CMU, l’AME, et les dizaines d’aides en tous genres qui pullulent et que plus personne ne sait même recenser n’existaient pas ; les fonctionnaires étaient bien moins nombreux, les comités Théodule, agences et autres hauts conseils aussi ; la sécurité sociale était limitée aux salariés de l’industrie et du commerce avec des cotisations bien moindres et un système de santé beaucoup moins étatisé ; la tyrannie inquisitoire des URSSAF, du fisc ou de l’inspection du travail était bien plus limitée ; le Code du travail comportait 800 pages contre plus de 3000 aujourd’hui ; etc.

Votre vision de la France d’avant 1974 relève de la mythologie. Mythologie que vous partagez avec la gauche, à savoir celle d’un âge d’or trouvant son origine dans l’État-providence et le CNR dominé par les communistes, ce qui ne manque pas de sel.

Or, la réalité des 30 glorieuses, c’est que fort heureusement les communistes ont été rapidement marginalisés, et qu’elles ont été avant tout le fruit de la libre entreprise, d’un capitalisme relativement peu entravé et d’un État peu interventionniste en comparaison d’aujourd’hui. On ne le répétera jamais assez : les dépenses publiques étaient de seulement 35% du PIB, soit le niveau de la Suisse aujourd’hui, pays qui se porte fort mal comme chacun le sait.

Elles étaient aussi le fruit d’une liberté bien plus grande et d’une société dans laquelle la responsabilité individuelle de chacun était bien plus développée, sans État-nounou fourré dans chaque recoin de l’existence, mais aussi sans État-taxateur ni État-régulateur dès qu’on sortait le nez dehors.

L’individu en difficulté, à cette époque, ne pouvait compter que sur sa débrouillardise, les solidarités individuelles spontanées, le travail et les petits boulots, qui se trouvaient facilement. Autrement dit, la liberté. Or, miracle des miracles, malgré (ou grâce à ?) cette intolérable absence de l’État, il y avait moins de pauvreté, moins de criminalité, moins de suicides, moins de problèmes sociaux.

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Cette époque, c’est Alain Delon, élevé dans une modeste famille d’accueil après le divorce de ses parents, diplômé d’un CAP de charcutier, qui pouvait débarquer à Paris sans un sou en poche après 3 ans de service militaire en Indochine, et gravir les échelons du succès sans rencontrer sur son chemin ni bureaucrate, ni ministère de la Culture, ni mandarin subventionné verrouillant la place à coups de copinages et d’argent public. En revanche, il ne pouvait compter que sur son talent et ses atouts.

Que diraient nos intermittents du spectacle, obsédés des prétendues conquêtes sociales d’après-guerre, si on les sortait de leurs fantasmes et qu’on les replongeait dans les vraies conditions de liberté et de débrouillardise de cette époque ?

Une chose est sûre en tout cas sur l’époque actuelle : un Alain Delon n’y aurait plus aucune chance compte tenu de son milieu d’origine et de l’étatisation du cinéma français. Il aurait fini charcutier, écrasé par les normes, l’URSSAF, le RSI, le fisc, l’inspection du travail, la répression des fraudes, avec une chance sur deux de tout perdre suite à une liquidation judiciaire.

J’exhorte donc tous les amoureux de la France, de son identité et de sa culture, d’enlever leurs lunettes anti-capitalistes ou anti-libérales, et de regarder en face la réalité du passé : la France n’a jamais été aussi grande, aussi prospère et aussi… heureuse que lorsqu’elle jouissait de grandes libertés économiques et d’un État fort sur le régalien mais limité sur le reste ; lorsqu’elle ne haïssait pas les riches ou tout autre bouc émissaire, et qu’elle laissait une large autonomie à la société civile sur les questions de solidarité, de prévoyance, et de relations entre personnes. Autrement dit, pour paraphraser Georges Pompidou, lorsqu’elle « foutait la paix aux Français ».

Source : Contrepoints

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