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Publié par Thierry Ferjeux Michaud-Nérard le 11 juillet 2018

« Marx, l’esprit du monde » (© Fayard, 2005, le Livre de Poche, 2007) : « Un ouvrage (confié à la sous- traitance ?) bourré d’erreurs factuelles plus ou moins énormes ».

Bien des critiques justifiées s’opposent à la profession de foi d’Attali répétée dans ses différentes interviews pour la promotion des ventes de son livre : « J’essaie d’écrire la biographie de référence, aussi objective et complète que possible. En prenant les lecteurs au sérieux. » (Autrement dit, en prenant les acheteurs du bouquin d’Attali pour des nuls en histoire.)

Pour la promotion des ventes : « Alors que le mur de Berlin est tombé et qu’ont disparu presque toutes les dictatures se recommandant de Marx, la lumière (opportuniste d’Attali) doit être faite » sur la trajectoire de ce proscrit, fondateur de la seule religion neuve de ces derniers siècles. Aucun auteur n’eut plus de lecteurs, aucun révolutionnaire n’a rassemblé plus d’espoirs, aucun idéologue n’a suscité plus d’exégèses, et, à part quelques fondateurs de religions, aucun homme n’a exercé sur le monde une influence comparable à celle que Marx a eue au XX ème siècle. Il a vu « avant tout le monde en quoi le capitalisme constituait une libération » des aliénations antérieures, il ne l’a jamais pensé à l’agonie, il n’a jamais cru le socialisme possible dans un seul pays, « il a fait l’apologie du libre-échange et de la mondialisation », et il a prévu que la révolution ne viendrait, si elle advenait, que comme le dépassement d’un capitalisme devenu universel. Il est le premier penseur « mondial »… Ce livre montre comment Marx a pu rédiger à moins de 30 ans le texte non religieux le plus lu de toute l’histoire de l’humanité, de « révéler ses rapports avec l’argent », le travail, les femmes, de découvrir un journaliste, un exceptionnel pamphlétaire, un immense théoricien, orgueilleux et dictatorial… »

Ce livre permet « de réinterpréter ce XIX ème siècle et de comprendre comment ses successeurs ont « créé nos démocraties » pendant que d’autres, récupérant et distordant ses idées, en ont fait la « source des deux principales barbaries de l’histoire moderne ». Ce livre permet « de réaliser qu’aujourd’hui, « au moment où
s’accélère la mondialisation, qu’il avait prévue, Karl Marx redevient d’une extrême (opportuniste) actualité ». Dans sa « Misère de la philosophie » contre la Philosophie de la Misère de Proudhon, avant la moderne et racoleuse Misère de la philosophie d’Attali, Marx appelle « sophistication » le mot qu’emploient les Anglais pour désigner la « falsification d’une marchandise ». Dans la Quinzaine littéraire, J.-J. Marie relève nombre d’erreurs d’Attali sur la révolution russe où le célèbre Palais d’hiver pris par les bolcheviques en 1917 devient le « Palais d’été ». De quoi vérifier la conception de l’Idéologie allemande de Marx qu’Attali ne cite pas : « L’idéologie dominante est l’idéologie de la classe dominante ». Les pensées de la classe qui est la puissance dominante sont les pensées dominantes de l’époque. La classe dominante qui dispose des moyens de production dispose aussi des moyens de la production intellectuelle et les pensées de ceux, à qui sont refusés les moyens de production intellectuelle, sont soumises à l’idéologie dominante. Attali semble vouloir tirer profit du vide apparent en matière de biographie de Marx si on ignore les travaux de l’historien Jean Elleinstein, « Marx, sa vie, son œuvre » (© Librairie Arthème Fayard-Éditions n°1, 735 p., Paris, 1981.)

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Les classes dominantes n’ont eu de cesse de prétendre enterrer la perspective du socialisme, de l’expropriation du capital, dans le cercueil de l’URSS, avec le concours des partis sociaux démocrates et de ceux issus du stalinisme. Le livre d’Attali prend place dans cette offensive. Après les fruits, ce sont maintenant les racines du socialisme scientifique, qu’il faudrait arracher, en transformant Marx en un penseur inoffensif.

Une sorte de père spirituel de la social-démocratie d’aujourd’hui. Il est utile de souligner ce que, chez Marx, Attali et ses laudateurs médiatiques veulent faire disparaître, en n’hésitant pas à falsifier l’œuvre de Marx, comme le firent les staliniens des décennies durant. Marx est falsifié par Attali, et aussi Lénine, qui est naturellement une cible de ce livre, jusqu’à lui prêter (p. 451) la volonté d’instaurer « la dictature d’un parti sur la classe ouvrière et sur la société toute entière » dans « Que Faire ? », citation brève et accusatrice…

Attali fidèle à lui-même ! C’est quand « l’honnêteté » de sa gestion fut mise en cause qu’il démissionna de la Berd en 1993, dont il fut nommé directeur sur proposition de Mitterrand. Attali est aussi étranger à Marx que Mitterrand, dont il fut un conseiller, l’était au socialisme. Il passe en France pour un intellectuel, pour un des « esprits » d’un monde d’où, pour paraphraser Marx, « l’esprit est exclu ». Attali est un homme d’affaires, il dirige plusieurs sociétés et monnaie ses conseils. Il ne se prive pas, toute honte bue, d’appeler Marx « Karl ». Mais la familiarité a ses limites. Attali accuse : Marx avait « une relation éminemment complexe avec l’argent faite de fascination et de haine, qui bientôt le rendra malade ». En réalité, Marx était un bourgeois dépensier vivant des dettes contractées aux dépens de ses proches et qu’il évitait souvent d’honorer. (J. Elleinstein)

Comme quoi Marx était un précurseur des socialistes français en matière de dépenses publiques ! « La notion d’aliénation » viendrait « d’un trait de caractère qui l’accompagnera toute sa vie et influencera profondément son œuvre. L’impossibilité de considérer un manuscrit comme terminé, de se laisser arracher une œuvre. Il en déduira que tout travail est aliénant. » (p. 42). Cette « psychologie de bazar » donne la mesure de l’envergure intellectuelle de Jacques Attali. L’internationalisme lui est aussi obscur que la psychanalyse ! Ce qui compte, ce sont les positions politiques qu’Attali voudrait « frauduleusement » prêter à Marx, et qui sont les siennes et celles du peuple de ceux qui se prélassent sous les ors de la république et vivotent des rentes convenues des allées du pouvoir. Attali dit que Marx serait « un absolu chantre du capitalisme, de la bourgeoisie, du libéralisme, de la mondialisation, du libre-échange… » Attali affirme (p. 142) : « Il (Marx) écrit ainsi (dans le Manifeste) les plus belles pages jamais publiées à la gloire de la bourgeoisie ». Marx admire la manière révolutionnaire dont le capitalisme a transformé le monde. Attali affirmera que Marx avait « prévu la mondialisation d’aujourd’hui ». En réalité, il ne l’a pas prévue : l’internationalisation du capital, il l’a constatée ! Marx et Engels jugent la mondialisation dans le Manifeste communiste : « Par l’exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère mondial à la production et à la consommation de tous les pays. Elle a enlevé à l’industrie sa base nationale. Les industries nationales ont été détruites.

Elles sont supplantées par de nouvelles industries, dont l’adoption devient une question de vie ou de mort pour toutes les nations civilisées, industries qui n’emploient plus que des matières premières venues des régions les plus lointaines.

Et dont les produits se consomment non seulement dans le pays, mais dans toutes les parties du globe. À la place des anciens besoins, satisfaits par les produits nationaux, naissent des besoins nouveaux, réclamant pour leur satisfaction les produits importés des contrées et des climats les plus lointains. À la place de l’ancien isolement des provinces et des nations se suffisant à elles-mêmes, se développent des relations universelles, une interdépendance universelle des nations. » C’est « au passé » que le Manifeste communiste parle du rôle révolutionnaire de la bourgeoisie (« La bourgeoisie a joué dans l’histoire un rôle éminemment révolutionnaire »). Ce rôle révolutionnaire est dit ainsi : « À la place de l’exploitation que masquaient les illusions religieuses et politiques, elle a (créé) une exploitation (mondialisée) ouverte, éhontée, directe, brutale. »

« Ce bouleversement continuel de la production, cet ébranlement constant de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l’époque bourgeoise de toutes les précédentes.

« Tous les rapports sociaux, figés avec leurs conceptions antiques et vénérables, se dissolvent, tout ce qui avait solidité et permanence part en fumée, tout ce qui était sacré est profané, et les hommes sont forcés d’envisager leurs conditions d’existence et leurs rapports réciproques avec des yeux désabusés ».

En clair, le mérite du capitalisme est d’accélérer le mouvement de l’histoire universelle selon Marx.

Il s’agit de réunir les conditions sociales et politiques du passage du règne de la nécessité au règne de la liberté, du capitalisme au socialisme, du renversement de la classe capitaliste. Dans la lettre de Marx à Kugelmann, du 12 avril 1871, il dénonce « les loups, les porcs et les chiens de la vieille société ».

Dans un article sur l’Inde du XIX ème siècle, en 1853, Marx écrit que « le capitalisme libère les hommes de la superstition et de l’esclavage ». Alors que la superstition et l’ignorance sont aujourd’hui le résultat de l’industrie du mensonge aux mains des médias de désinformation et que la misère frappe les populations, il faut savoir que Marx voulait libérer le monde du mode de production capitaliste par le passage au socialisme.

Lors des révolutions de 1848, la bourgeoisie, emportée par son élan révolutionnaire, découvre avec stupeur que le prolétariat, la classe nouvelle et jusqu’ici la simple force de frappe de toutes les révolutions antérieures, agit pour son propre compte et manifeste ses revendications, à commencer par le droit au travail.

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C’est la fin d’une époque historique où la bourgeoisie est la classe révolutionnaire, à la tête de toutes les classes opprimées, dont Marx tirera les conséquences. Qu’en dit Attali ? Ce ne sont pas les idées de Marx qui l’intéressent. Attali veut combattre aujourd’hui la perspective de l’expropriation du capital, la nationalisation des moyens de production sans indemnité ni rachat. Marx et les révolutionnaires voient la bourgeoisie en 1848 (et Attali aujourd’hui) se réfugier auprès des monarques pour qu’ils les aident contre les prolétaires.

Dans un texte intitulé « Adresse à l’autorité centrale de la ligue des communistes », Marx et Engels écrivent : « Alors que les petits bourgeois veulent terminer la révolution, nous devons la rendre permanente, jusqu’à ce que toutes les classes possédantes aient été écartées du pouvoir et que le prolétariat (autrement dit le parti communiste) ait conquis le pouvoir dans tous les pays du monde, qu’il ait fait assez de progrès pour concentrer dans ces pays les forces productives dans les mains des prolétaires (soit le parti communiste !).

« Il ne s’agit pas de transformer la propriété privée, mais de l’anéantir, ni de masquer les antagonismes de classes, mais d’abolir les classes, ni d’améliorer la société existante, mais d’en fonder une nouvelle. »
Ce texte confirme que Marx et Engels veulent exproprier la bourgeoisie, contrairement à ce qu’Attali veut croire. Il s’agit d’abord de mener la révolution comme une révolution bourgeoise jusqu’au socialisme, et à cette fin de procéder à l’armement du prolétariat (« il faut que les ouvriers soient armés et bien organisés » écrivent Marx et Engels). C’est la première élaboration de la théorie de la révolution permanente développée par Trotsky. Quand Attali mentionne ce texte (p. 175), qu’il attribue au seul Marx, il l’expurge de tous les passages portant sur l’expropriation du capital ! Exit, la référence à « l’anéantissement de la propriété privée » qui serait venue contredire les élucubrations d’Attali. De même pour l’exigence de « l’armement du prolétariat ».

Par contre, Attali ose écrire : « Il insiste sur la nécessité de constituer un parti autonome, propre à la classe ouvrière, pour gagner des élections ». « Gagner des élections » ? Pure invention d’Attali (ou de la sous- traitance ?) Ni dans ce texte, ni jamais dans l’Europe des années 1850, il n’est question d’élections.
Par la « falsification » de Marx et de « l’esprit du monde » par Jacques Attali, Attali qui veut substituer les joutes électorales (du PS) à la révolution de Marx. « Décidément, la voie de la révolution est inutile pense Marx » (dixit Attali). C’est le souci constant d’Attali qui prétend pourtant présenter la pensée de Marx !
(Source : librement adapté de Note de lecture de « Marx, l’esprit du monde » par Jacques Attali, article paru dans Combattre pour le Socialisme, nouvelle série n°22, du 30 septembre 2005).

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