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Publié par Gaia - Dreuz le 4 août 2018

Dans son édition du 31 juillet, Libération a confié à sa journaliste Virginie Bloch-Lainé le soin de « tester Valeurs actuelles ». Cinq semaines plus tard, la malheureuse livre un article de trois pages… que nous avons pris le temps de lire, dans notre immense bonté. Elle y fait aussi parler son jeune fils, qui semble le plus malin de la bande : c’est donc à lui que nous avons choisi de nous adresser.

Cher fils de Virginie Bloch-Lainé,

Nous, membres de la rédaction de Valeurs actuelles, nous adressons à toi pour te féliciter. Sans tes interventions, rapportées par ta mère, qui ont réussi à sauver de l’insignifiance l’article qu’elle a fait paraître sur notre journal mardi 31 juillet 2018 dans Libération, « J’ai testé Valeurs actuelles », il est possible qu’on n’ait jamais eu le courage d’y prêter la moindre attention. Parce que vu comment ça partait, et même si elle tente de rendre hommage à nos pages télé du mieux qu’elle peut, on courait à la catastrophe. Et puis, la flemmarde, elle a zappé une semaine ! Pas très sérieux tout ça…

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On aimerait d’abord te poser une petite question, peut-être auras-tu la réponse : si Valeurs actuelles ne l’intéresse pas, parce que c’est trop à droite pour elle, pourquoi diable a-t-elle voulu « se lancer dans l’aventure » ? Une soirée trop arrosée ? Ou bien alors, elle s’est fait imposer le sujet par un rédacteur en chef qui aurait abusé de la moquette… D’ailleurs, la pauvre, elle l’affirme, elle ne l’a jamais ouvert. On ne sait pas si tu seras d’accord avec nous, on peut débattre, mais c’est déjà une performance, de savoir ce que contient un journal qu’on n’a jamais lu. Mais passons. Enfin, non, ne passons pas, parce qu’en fait, comme c’est trop à droite, elle a quand même réussi à écrire tout son article sans vraiment nous lire : « J’ouvre le magazine en commençant par la fin. Rien ne me tente suffisamment pour que je m’arrête » ; « Je lâche l’affaire et me rends à la dernière page » ; « Je me dispense de la lecture de cette enquête ». Belle performance ! Fais-le lui savoir. On admire.

Ensuite, c’est quoi cette attaque contre Alain Peyrefitte ? Les goûts et les couleurs, tu nous diras, chacun est libre de lire ce qu’il veut… Mais si nous, cela nous intéresse de le citer pour mémoire ? Dans le même ordre d’idée, on a hâte de faire découvrir Sonia Mabrouk à ta mère, qu’elle dit ne pas connaître. C’est une journaliste à peu près trois mille fois plus connue qu’elle (et encore, on est gentils). Idem, tu sais, Deligne, c’est avant tout le dessinateur de La Croix, Nice Matin et La Montagne. Soit un quotidien national et deux titres de la presse quotidienne régionale. Mais qui connait la province, à Libération ? On s’inquiète, là. Quant à Erik Orsenna et Gérard Manset, dont ta mère a l’air de trouver douteuse la présence dans nos pages, nous ne voudrions pas nous avancer mais il est possible qu’ils aient le droit de nous accorder une interview. On a aimé, quand même, les commentaires stylistiques de Maman sur l’entretien qu’on a fait avec Robert O’Neill, l’homme qui a tué Ben Laden (« Registre de langage de l’entretien : niveau CP »). On ne t’apprend rien en te disant qu’on ne demande pas à un commando spécial chargé d’assassiner le leader d’Al-Qaida d’être aussi l’auteur d’une thèse sur les prolégomènes chez Heidegger. Malgré tout, nous prenons note.

Déçus, nous sommes vraiment déçus par l’article de ta maman… Dans le même temps, on va rester compréhensifs, puisque « décidément, la lecture de VA racornit les racornits, recroqueville les étriqués. Elle accable ». C’est quand même dommage qu’en quatrième semaine, elle n’ait pas eu le courage de lire l’enquête sur le fossé qui se creuse entre les banlieues et le monde rural, elle aurait peut-être mieux compris le pays dans lequel elle vit. Merci donc, cher fils, pour tes suggestions en matière d’abonnement en ligne (c’est une très bonne idée, on retient), tes rappels à l’ordre, quand ta mère a flanché et déclaré forfait (en troisième semaine, on n’oublie rien, on pardonne rien), et l’intérêt que tu as porté à notre article sur Mathilde Edey Gamassou.

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Pour finir, quand même, dis bien à ta maman que non, malheureusement, on n’a pas le temps de tester Libération. On l’aurait fait pour MarianneL’ObsLe PointL’Express, Le FigaroLe Monde ou Vanity Fair parce qu’on aime bien les lire. Mais Libération, pas le temps. Concédons que pour le coup, vu le nombre de gens qui lisent réellement Libé, disons qui l’achètent (la distribution dans les ministères et les aéroports ne compte pas, hein), ça aurait été une véritable entreprise ethnologique et on s’y serait attelés avec passion. On aurait bien voulu découvrir ce monde parallèle, mais on laisse cela aux historiens de la presse, qui en parleront beaucoup mieux que nous dans très peu de temps. Et puis il faut te dire qu’on a trop de boulot ici, pas assez de personnes disponibles là tout de suite, pour faire des enquêtes depuis un canapé. On n’aurait pas, non plus, envie de confier ces basses œuvres aux pigistes ou aux stagiaires, qui préfèrent être sur le terrain ou à la rédaction pour faire des trucs utiles. Et puis, ils n’ont pas forcément l’habitude de vouloir faire rire en citant des sujets aussi brûlants que l’islamisme ou l’assassinat du Colonel Arnaud Beltrame comme ça semble être le cas pour Maman. Au moins une personne qui rigole, tu nous diras.

D’ailleurs, si l’envie te prend un jour de passer la porte de notre journal (dans le cossu XVIe arrondissement de Paris : tu l’as bien compris, comme on est de droite, on ne fait pas les choses à moitié), tu seras chaleureusement accueilli du côté obscur de la force. En plus, si tu viens nous voir, tu verras qu’on n’a pas besoin des subventions du ministère de la Culture (non, non, aucune !) pour faire notre métier de journalistes et que ça en devient plus intéressant, puisque grâce à cela on n’est pas forcément tenu de lui cirer les pompes tous les quatre matins. Une « libération », en somme ! Mais bon, ça, c’est aussi parce que nous sommes de sales libéraux… Ta maman t’expliquera mieux que nous. Pour information, le journal dans lequel elle écrit était en 2016 subventionné à hauteur de  6 376 144 € par ce ministère. Dur, dur d’être rebelles… Si cela t’intéresse, sache que les montants des subventions versées aux journaux de la presse écrite ont été publiés par le ministère de la Culture en mars 2018.

L’axe du mal sera donc ravi de te compter aux nombres de ses stagiaires (dis-toi bien que notre réputation de détourner les enfants de bobos du droit chemin ne date pas d’hier) et de t’exfiltrer des centres villes gentrifiés et végétalisés pour t’embarquer en reportage et te faire découvrir la belle France des sous-préfectures, « la lourde nappe / Et la profonde houle et l’océan des blés », comme l’écrivait Charles Péguy, un socialiste, certes plutôt sympa mais qui n’aurait pas forcément voté Benoît Hamon au premier tour de l’élection présidentielle.

Gros bisous et bonnes vacances,

La rédaction

Source : Valeurs Actuelles

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