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Publié par Gaia - Dreuz le 8 août 2018

Arrêté le 5 mars à Lisieux, Ahmed H. nie avoir participé à un massacre en Irak et prétend au contraire avoir espionné pour le compte des Américains. Selon lui, les vrais assassins seraient cachés « en Europe, en Australie et au Canada ».

Est-il un innocent pris dans une tourmente géopolitique qui le dépasse ou un bourreau de Daech, expert en dissimulation ? Ahmed H., un Irakien de 32 ans, dort à la prison de Fleury-Mérogis (Essonne) depuis sa mise en examen il y a cinq mois pour « assassinats en relation avec une entreprise terroriste » et « crimes de guerre » notamment. Une première en France dans le contexte du conflit syro-irakien : le suspect avait obtenu le statut de réfugié politique l’année passée.

Le 17 avril dernier, Ahmad H. a tenté de se suicider dans sa cellule. Auparavant, il avait adressé au magistrat instructeur une lettre dans laquelle il proteste de son innocence. « Monsieur le juge, écrit-il alors, je ne suis pas un terroriste et je ne porte pas la pensée du terrorisme ». Si les preuves judiciaires restent ténues, ses déclarations devant la justice ont révélé leur lot de surprises sur fond d’espionnage.

Le 5 mars dernier, les policiers de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) font irruption au dixième étage d’un immeuble de Lisieux (Calvados). Ni la perquisition ni les mois de surveillance téléphonique ne révèle de projet terroriste. Dans son périple à travers l’Europe pour gagner la France, leur objectif, Ahmed H., s’est plutôt fait remarquer pour ses excès de boisson. A Lisieux, il « menait une vie d’ennui et de misère », notent les enquêteurs. Sur les écoutes, l’Irakien se plaint : « C’est une situation merdique : pas de travail, pas d’argent, pas de commerce, ni rien. Nous errons. » Interrogés, ses amis irakiens de France évoquent un « musulman non pratiquant », qui « aime les femmes ». Un seul émet des suspicions à son sujet, le trouvant trop réfractaire à évoquer son parcours. Voilà pour le présent. Mais quid du passé ?

Selon la DGSI qui s’appuie sur des « renseignements issus de la coopération internationale », sans plus de précision, H. fut un « membre important du groupe terroriste Etat islamique » et même « l’ancien administrateur de la région de Samarra » (nord de Bagdad). Les autorités irakiennes ont lancé un mandat d’arrêt contre lui après un effroyable massacre : la tuerie du camp Speicher.

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1700 soldats exécutés

L’accusation tient en un dossier de 40 pages adressé en novembre 2017 aux autorités françaises. Le 11 juin 2014, après sa percée surprise depuis la Syrie voisine, Daech prend le contrôle de la prison Salah-Eddine, à Tikrit (nord de Bagdad). Le lendemain de leur libération, bon nombre de détenus (criminels, terroristes islamistes ou opposants au régime irakien) rejoignent les djihadistes et exécutent environ 1 700 membres de la base aérienne locale, majoritairement de jeunes chiites qui viennent d’être formés militairement.

Or lorsque les portes de la prison s’ouvrent donnant le signal de la vengeance, H. fait justement partie des détenus. « Le motif de mon arrestation (NDLR : en septembre 2012) était politique. On m’a accusé d’avoir réactivé des réseaux du parti Baas de Saddam Hussein et d’avoir fait de l’incitation contre les chiites », assure-t-il aux policiers français. Mais Ahmed H. aurait profité de la confusion pour s’enfuir, affirmant s’être tenu éloigné des exactions de Daech. « Il n’y avait plus personne pour surveiller les détenus. Chacun est parti comme il a pu », résume-t-il. Seule certitude : l’Irakien gagne l’Europe à l’automne 2015, laissant derrière lui une femme et deux enfants.

Il se décrit comme un négociant en automobiles

Il existe dans le dossier irakien un unique témoignage à charge : le récit d’un ex-codétenu. Ce dernier, un étudiant ayant reconnu sa participation au massacre, explique : « Les hommes armés (NDLR : de Daech) nous ont tous transportés ensuite au complexe des palais présidentiels. Là, ils nous ont réparti des obligations, dont celle de tuer les soldats sortant de la base de Speicher. Nous avons tous participé au meurtre des soldats ». Et de livrer d’une traite les noms d’une soixantaine de personnes impliquées selon lui dans le transport et la mise à mort des suppliciés. Dont Ahmed H., dont le rôle exact n’est pas détaillé. L’ex-codétenu, témoin clé à l’heure d’un éventuel procès, aura du mal à préciser sa déposition : il aurait d’ores et déjà été exécuté dans son pays. Quant aux recherches sur les vidéos de propagande du massacre mises en ligne par les djihadistes et visant à identifier H., elles sont restées vaines.

Déroulant le fil de sa vie devant les officiers de la DGSI, le suspect se décrit comme un négociant en automobiles, fils d’une famille aisée frappée par le djihadisme (le père aurait été assassiné sur ordre d’Al Qaïda en 2005). « Mon père était ingénieur et avait le statut de fonctionnaire, relate-t-il. Nous vivions dans une grande maison qui se situait dans un quartier cossu. » Sunnite, H. ne cache pas son antagonisme vis-à-vis des chiites.

Beaucoup plus surprenant, il évoque des activités d’espion entre 2006 et 2010 pour le compte des… Américains. Et de livrer le nom de deux éminents gradés pour donner du crédit à ses dires. Ces activités rémunérées allaient, dit-il, de la gestion d’informateurs au sein des groupes islamistes au placement de mouchards sur des véhicules. « Le colonel me demandait d’aller mettre une balise sur une voiture précise qui se trouvait dans la rue », affirme H., qui aurait ensuite vendu ses services aux Kurdes. Au passage, il lâche une bombe : de véritables assassins du camp Speicher vivraient « en Europe, mais aussi en Australie et au Canada » sous des identités d’emprunt, profitant du statut de réfugiés.

Face à ces affirmations, les magistrats qui recueillent sa version, le 29 mai dernier, se montrent dubitatifs : « Depuis ces événements, n’avez-vous pas cherché à vous fabriquer une légende (NDLR : une couverture) afin de pouvoir obtenir un statut de réfugié en Europe ? » « Pensez-vous vraiment que je serais resté en Europe pendant trois ans tout en étant un membre de Daech ? rétorque Ahmed H, convaincu que l’enquête le blanchira. Il serait inconcevable pour une personne qui aurait commis cela de venir en France et de se présenter à l’OFPRA en donnant sa vraie identité. » Seule une mission en Irak permettrait à la justice de savoir s’il ment ou s’il dit vrai.

UN AGRÉGÉ D’HISTOIRE AU SECOURS DES JUGES

Dans ce dossier judiciaire nébuleux, les lourdes accusations portées contre Ahmed H. se résument essentiellement à deux procès-verbaux. Les services de renseignement disposeraient d’autres notes issues de partenaires étrangers, qu’ils ne versent pas au dossier pour des raisons de protection des sources. Mais les quatre juges chargés d’instruire l’affaire, qui n’ont que le code de procédure pénale comme outil, se retrouvent limités pour mener à bien leurs investigations.

Ainsi, le 18 avril, initiative rarissime, mandatent-ils… un expert en géopolitique. Celui-ci est chargé de vérifier si le récit de vie d’Ahmed H. colle avec la réalité de la situation en zone irako-syrienne. L’exercice étant périlleux, l’expert reste prudent : « Nous n’avons pas trouvé d’éléments permettant de recouper ou infirmer le récit de monsieur H ». A la question de savoir si le suspect a été libéré par Daech pour participer au massacre de Tikrit, l’agrégé d’histoire admet que les autorités irakiennes ont sans doute abandonné la prison avant l’arrivée des djihadistes.

Pour l’avocat d’Ahmed H., « le dossier est vide sur le plan juridique ». « Les autorités irakiennes n’ont transmis aucun acte de procédure explicitant les faits reprochés à mon client, ni son passé carcéral, insiste Me Mohamed El Monsaf Hamdi. Dans ce dossier éminemment politique, mon client paye une opération de communication de Bagdad. Il est victime d’une guerre intestine entre services de sécurité irakiens. » L’avocat ajoute : « Personne ne peut nier qu’Ahmed H. a lutté contre Al-Qaïda puis Daech, qu’il haïssait ».

Le 10 juillet, Me Hamdi a transmis plusieurs pièces aux juges : des conversations enregistrées avec un responsable irakien, lequel confirmerait les missions antiterroristes d’Ahmed H. à Tikrit. Mais aussi un document remettant en cause « l’intégrité » de l’enquêteur ayant recueilli les aveux du principal accusateur de son client. Celui-ci serait justement visé par un mandat d’arrêt pour terrorisme…

Source : Leparisien

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