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Publié par Ftouh Souhail le 10 août 2018

Il est fort possible que des services présidentiels en France auraient chargé une société privée de repérer des milliers d’internautes sur Twitter, présentés comme russophiles, afin de vérifier une éventuelle ingérence russe visant à influencer l’opinion publique en France dans l’affaire Benalla. 

Des milliers de Français ont trouvés leurs noms sur des listes d’une ONG belge spécialisée dans la lutte contre la désinformation. Cette nouvelle polémique sur le fichage politique d’utilisateurs de Twitter suscite la controverse.

L’ONG belge DisinfoLab cherchait à déterminer s’il y avait eu, ou non, une ingérence russe pour amplifier l’impact de l’affaire Benalla sur Twitter tout particulièrement.

De nombreux utilisateurs se sont plaints du fait que DisinfoLab avait publié sur son site les fichiers des personnes ayant tweeté sur le sujet, avec le nombre de messages ou de retweets, et leur affiliation politique supposée.

Ces fichiers recensent les comptes Twitters les plus actifs sur l’affaire Benalla.

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La masse des tweets pouvait correspondre à l’existence de bots, des robots chargé de gonfler artificiellement le flux sur Twitter, mais cette hypothèse a été écartée. Ce sont bien de vrais comptes, derrières lesquels se trouvent de vraies personnes physiques, qui ont généré le buzz.

En effet, c’est la méthode de travail de l’ONG qui est maintenant pointée du doigt. Cette divulgation de données personnelles est illégale. Publier les données brutes, sur des tableaux Excel, contenant les noms des comptes Twitter peut nuire aux personnes concernées.

Disinfo Lab a constitué des fichiers Excel– tel l’exemple ci-dessus – dans lesquels on trouve les noms et des tweets pour chacun de ces comptes. Plusieurs internautes cités dans des documents réclament leur retrait et menaçent de saisir la CNIL.

La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a annoncé jeudi 9 août qu’elle allait instruire « les plaintes dont elle a été saisie »« un nombre important », a indiqué un porte-parole de la CNIL à l’Agence France-Presse – concernant les conditions dans lesquelles l’ONG belge avait réalisé son étude.

Sur Twitter, DisinfoLab a rejeté les accusations de fichage, expliquant que « ces données avaient été publiées à dessein de vérification méthodologique et afin de limiter la circulation d’un fichier erroné. Notre méthodologie consiste à exporter des données publiques de conversation et de les analyser ». « Nous ne réalisons pas de fichage, mais nous comprenons que cela puisse être interprété comme tel, et en sommes profondément désolés », a ajouté l’organisation.

Le premier à profiter de ces données est l’Elysée. Il semble même que DisinfoLab soit une ONG de la galaxie Soros (elle annonce sur son site 2 sources de financement : Twitter et Open Society Foundations) et qu’en agissant ainsi elle vole au secours d’Emmanuel Macron et accuse … les « hackers russes ».

 

« 4,5 millions de tweets en français »

L’étude, menée du 19 juillet au 3 août 2018 soulignait que « plus de 4,5 millions de tweets en français ont été échangés sur le sujet », un volume qualifié d’exceptionnel.

Les 4 millions de tweets furent publiés par quelques 250 000 personnes qui auraient fait résonner l’affaire Benalla sur le réseau social.

L’ONG avait dans un premier temps émis l’hypothèse de l’ingérence de comptes « russophiles », dont certains auraient pu être des robots, avant de revenir sur ce point, estimant que rien ne permettait de l’affirmer.

L’étude montre certes « la tendance de comportement d’une minorité de comptes très, très active » et qualifiée de « russophile » pour ses nombreux retweets des médias russes Russia Today et Sputnik, a déclaré Alexandre Alaphilippe, chercheur à DisinfoLab.

Le terme russophile fait peur aux services présidentiels en France.

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Rien n’arrive jamais par hasard. Le seul bénéficiaire de ce listage des internautes semble être l’Elysée. Ce listage sans le consentement des personnes donne la chair de poule alors que le débat fait rage.

Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux s’était empressé de déclarer lors du compte-rendu du Conseil des ministres du 3 août dernier «se réjouir que toute la transparence soit faite sur la diffusion de ce type de messages» et il a pointée du doigt «la manipulation attribuée aux comptes russophiles sur Twitter pour déstabiliser l’exécutif français».

La diplomatie d’Emmanuel Macron vis-à-vis de la Russie a été un mélange entre fermeté et dialogue.

Sur les ingérences russes dans les démocraties occidentales, il avait déclaré que Vladimir Poutine était « obsédé par les interférences ». Après l’affaire d’empoisonnement d’un ex-espion russe en Angleterre, il s’est rangé derrière Londres pour condamner « une attaque inacceptable » et a participé à la vague d’expulsions de diplomates russes.

Cette nouvelle pratique du listage des russophiles en France existe déjà en Ukraine.

Le site Myrotvorec.center créé à l’initiative d’un ancien conseiller du ministère de l’intérieur ukrainien, Anton Gerashchenko, liste depuis plusieurs mois les données personnelles de toute personne identifiée comme ennemie de l’Ukraine et proche de la Russie. Y auraient figuré en mai dernier des journalistes de l’AFP, d’Al Jazira, de la BBC et de Reuters.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Ftouh Souhail pour Dreuz.info.

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