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Publié par Ftouh Souhail le 2 septembre 2018

Les responsables du gouvernement algérien bloquent depuis des mois la délivrance des passeports et autres pièces d’identités pour les activistes amazighs et leurs proches. L’État algérien  est accusé de violer au quotidien le droit des populations amazighs.

Des militants du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) et leurs familles attendent depuis des dizaines de mois l’acquisition de leur nouveaux passeports biométriques, en vain. Les concernés dénoncent un «blocage» qui relève d’un acte politique arbitraire pour punir les militants de la cause.

Les victimes parlent de «représailles» à cause de leurs opinions politiques. Si certains parlent du passeport, d’autres veulent juste avoir une carte d’identité.

 

La privation de passeport, la nouvelle arme répressive d’Alger

Le gouvernement algérien  vise les amazighs  de manière sélective. Les berbères disposant de la citoyenneté algérienne représentent plus de 35 % de la population du pays.  Pour ce groupe d’Algériens, la citoyenneté  est loin d’être inclusive et est utilisée maintenant comme un outil permettant à l’État de promouvoir encore davantage la suprématie arabe.

«Victime du chantage administratif de l’Etat qui m’a privé de mon droit d’avoir un passeport, je lance un appel de détresse à l’opinion publique, à la presse, aux ONG, à toutes les voix libres et à tous les défenseurs des droits humains afin de dénoncer ces agissements arbitraires contre les libertés individuelles des citoyens dont le seul tort est d’avoir assumé publiquement leurs opinions politiques», dénonce Rachid Kadi, 26 ans, ancien militant du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), originaire de la commune de Chorfa, dans la préfecture  de Bouira de la Grande Kabylie au sud-est d’Alger.

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Dans ce dossier, beaucoup dénoncent le «chantage», parmi eux Rachid qui affirme avoir subi «des pressions terribles de la part des renseignement généreux, de la police et de la gendarmerie nationale». «Un officier de la gendarmerie est venu me dire clairement que pour régler ma situation, je devais quitter le MAK et collaborer avec eux. En contrepartie, ce dernier m’a assuré de m’aider à récupérer mes papiers et de me trouver du travail. Et c’est la même offre qu’on me fait à chaque fois que suis interpellé ou présenté devant un commissariat. J’ai évidemment refusé. Mes convictions ne sont pas à vendre», insiste ce militant berbère .

Comme beaucoup d’autres, ce militant berbérophone attend d’obtenir son passeport et sa carte d’identité biométriques depuis plus de deux ans. Pour les autres citoyens  les délais d’attente ne pouvaient dépasser une semaine à quinze jours au maximum.

Cette privation des passports concerne aussi bien les amazighs de Bouira, de Tizi Ouzou, de Béjaïa, de Skikda, de Sétif  et Boumerdès mais aussi de la diaspora établie en France, au Canada ou en Belgique.

Sans papier ni document de voyage, certains ne peuvent pas quitter le territoire. D’autres sont, au contraire, forcés à rester dans l’exil loin de leur contrée et leurs familles qu’ils souhaitent tant revoir.

Alger fait des militants amazighs des apatrides dans leurs pays 

Qu’ils soient autonomistes ou indépendantistes, des gens qui ont longtemps quitté le mouvement ou qui ont juste un lien de parenté avec ses cadres, qu’ils soient adhérents de l’Union pour la république kabyle (URK), fondée fin 2017 par l’ancien président du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, Bouaziz Aït Chebib, la nouvelle combinaison MAK-GPK (GPK est le gouvernement provisoire de la Kabylie en exil, ndlr) présidé par la figure du mouvement, Ferhat Mhenni, après la scission entre les deux hommes en novembre 2016, aujourd’hui ils sont tous dans le même bain du déni du droit à la circulation après avoir été privés de ce document nécessaire, à savoir le passeport ou leurs cartes d’identité.

C’est le cas de Pica Oukazi, 45 ans, comédien natif d’Aït Ouabane, ce beau village au pied de Djurdjura qui a accueilli en 2017 l’une des plus belles éditions du festival international Raconte-Arts. Arrêté et convoqué à plusieurs reprises, cet activiste culturel n’a, depuis plusieurs années, aucun papier d’identité à présenter aux autorités.

«Notre village a toujours été dans l’œil du cyclone pour voir abrité des réunions du MAK. Nous sommes accusés de fait parce que nous habitons Aït Ouabane. On m’a tellement fatigué que j’ai fini par abandonner. Aujourd’hui, je n’ai aucun papier sur moi. De plus, ce n’est pas seulement mon cas. C’est aussi celui de beaucoup d’activistes fichés comme moi», confie-t-il à un journal local.

Lazhar Bessadi, 29 ans, militant amazigh , est du même village que Pica. Désemparé, il affirme attendre une réponse à sa demande de passeport depuis octobre 2016. «Après m’avoir fermé ma boutique d’outils informatiques à Tizi Ouzou et accusé d’imprimer des documents du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabyli, l’Etat m’a même suivi dans mon récent boulot et a poussé mes responsables à me licencier. Je me retrouve, donc, sans travail

«Après avoir fait de la Kabylie une vaste prison à ciel ouvert et une zone de non-droit pour ses propres enfants, l’Etat algérien confisque arbitrairement les passeports des militants kabyles pour exercer des pressions sur eux, les pénaliser pour leurs opinions politiques et les amener, par la contrainte, à la soumission», dénonce Bouaziz Aït Chebib  à un journal local .

«Il n’y a aucun doute là-dessus. Nous sommes bloqués par les services secrets sans décision de justice ni fondement de loi. Notre appartenance au Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie en est la raison», confient-ils.

Ceci est un acte gravissime. La Convention onusienne de 1961  interdit ces pratiques. Elle crée un cadre international visant à garantir le droit de chaque personne à une nationalité. Elle établit aussi des garanties importantes pour prévenir l’apatridie.

Pour beaucoup de personnes, notamment celles qui doivent voyager, la situation perdure et l’attente devient insupportable. Certains ont même tenté de recourir aux différents ONG internationales dans l’espoir de débloquer la situation.

C’est le cas de Farid Djenadi, 48 ans, ancien dirigeant du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, natif de la commune de Semaoun dans la wilaya de Béjaïa, privé de son passeport depuis près de deux ans.

Sans carte d’identité depuis 1989, il attend sans suite la réponse à sa demande de passeport déposée le 30 novembre 2016.

«J’ai adressé, en novembre 2017, un courrier au ministre de l’Intérieur lui expliquant mon cas et j’ai envoyé une copie au Premier ministre, à la Présidence et au responsable du centre de la biométrie, en vain. On m’a dit que mon dossier est bloqué par les hautes autorités. On nous traite comme si on était des criminels et on nous prive du doit de circuler. L’Etat ne respecte pas ses propres lois, comment voulez-vous qu’il respecte la divergence ?» s’indigne Farid.

 

Alger fait aussi des amazighs à l’étranger une autre catégorie d’apatride 

L’avenir des amazighs d’Algérie exilés apparaît bien incertain. Ils se retrouvent une nouvelle fois dans une impasse. Des ambassades et consulats d’Algérie, dans le monde entier, participent à la création d’une nouvelle génération d’apatride avec la situation de ces personnes privées de leurs passeports et pièces d’identités.

Yuva N Tala Hemmu , 39 ans, attend son passeport depuis plusieurs mois en Afrique du Sud, depuis que le chef amazigh, Ferhat Mhenni, le nomme comme ambassadeur du gouvernement provisoire de la Kabylie en exil. Les service de l’ambassade d’Algérie à Pretoria lui ont même avoué que son nom ne figurait pas dans le fichier international du ministère algérien des Affaires étrangères.

«L’Algérie m’a poussé à l’exil en Afrique du Sud et me prive aujourd’hui de mon passeport et de ma terre la Kabylie

Hemmu affirme avoir pris contact avec un avocat sud-africain spécialiste des apatrides et compte, selon ses dires, «poursuivre en justice l’ambassade d’Algérie et l’Etat algérien pour non délivrance de passeport et d’obstruction au droit à la circulation».

Sur le territoire français, des centaines de militants amazighs souffrent aussi de genre de pratiques indignes. L’un d’eux est Malek Benhamouche, 40 ans, qui l’un des principaux animateurs du mouvement culturel amazigh dans la région de Toulouse.

«Mes sœurs et mes frères se sont mariés sans ma présence. J’ai perdu des membres de la famille sans pouvoir les enterrer. Cela fait très mal. Mais je ne me plierai jamais», lance-t-il avec beaucoup d’émotion à un journal local.

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De simples militants comme Younes Yahou, 40 ans, résident à Montréal, le sont aussi. Originaire d’Aït Zellal dans la commune de Souamaâ (Tizi Ouzou)  là où on peut trouver à la fois les drapeaux du MAK, amazigh et de l’Algérie brandis au milieu du village, c’est lui qui a structuré le MAK dans sa région natale avant qu’il ne la quitte pour le Canada en 2014.

Les services de consulat d’Algérie à Montréal bloque son dossier sous ordre des services secrets. Un autre fille au Canada d’un ancien cadre du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie à Béjaïa a dû engager un avocat pour poursuivre l’ambassade d’Algérie.

Toujours au Canada, toute une famille établie dans la capitale Ottawa dit être privée de passeport. Cette dernière, qui a tenu à garder l’anonymat, explique que «c’est en représailles aux activités du père de la famille qui était ministre du gouvernement provisoire de la Kabylie en exil ».

Pour Bouaziz Aït Chebib  du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie  : «Ces pratiques discriminatoires sont le signe avant-coureur des régimes politiques finissants. Elles ont été utilisées par tous les régimes autoritaires de l’histoire à l’égard des militants dans le vain espoir de les détourner de leurs idéaux de liberté et de dignité. Nous exprimons notre solidarité envers les militants kabyles qui défendent pacifiquement leur idéal de liberté et pour lesquels la liberté de circuler est confisquée par esprit de vengeance d’un État raciste et ségrégationniste.»

C’est exactement de cette manière que l’État algérien perçoit et traite ses citoyens berbères – comme une menace pour la sécurité, et non comme des individus qui détiennent des droits civiques complets. Agissant par crainte de la rébellion de la population berbérophone, ces pratiques racistes sont l’un des exemples les plus marquants de la dictature algérienne qui sont profondément ancré dans les administrations et les politiques d’Alger. Rendre les gens des apatrides est une autre façon pour Alger d’exercer une punition collective contre les amazighs, de la normaliser et de la légaliser.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Ftouh Souhail pour Dreuz.info.

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