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Publié par Gaia - Dreuz le 2 septembre 2018

Trois adolescentes qui poussent des cris d’effroi, alors qu’elles sont traquées par une horde de jeunes dans la rue : relayée de nombreuses fois sur Facebook depuis le 24 août, cette nouvelle vidéo de harcèlement de rue en Égypte a provoqué une vague de colère sur les réseaux sociaux.

Postée sur la page Facebook d’un habitant de Damanhour, ville du gouvernorat de Bohaïra, dans le nord de l’Égypte, cette vidéo dure un peu plus d’une minute. On y voit une foule de jeunes, dont certains à mobylette, courser trois adolescentes qui crient désespérément à l’aide. À un moment [à 00’36’’], on voit des jeunes essayer de coincer les jeunes filles contre un mur. Puis, et alors qu’elles tentent à nouveau de s’échapper, les trois adolescentes sont rattrapées par d’autres jeunes qui essayent de les embarquer sur leurs mobylettes.

Quelques heures après sa publication, la vidéo a été supprimée de la page de l’internaute qui a été le premier à la diffuser sur Facebook. Mardi 28 août, cet internaute expliquait sur son mur Facebook que son compte avait été piraté.

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Depuis, la vidéo a été partagée par de nombreux internautes, qui n’ont pas manqué de condamner cette traque collective, sur Twitter notamment.

Traduction : « Cette vidéo est un vrai scandale.(…) Le directeur de la sûreté [du gouvernorat de Bohaïra] doit démissionner sur-le-champ »

Traduction : « Je ne comprends pas pourquoi des gens se sont contentés de filmer l’agression, alors qu’ils auraient pu intervenir »

كان قدامي ڤيديو عن واقعة تحرش جماعي على تلات بنات في دمنهور وخفت أتفرج.. خفت علشان مش عارفة إذا كان ممكن أكره إللي إحنا فيه دا أكتر من كدا ولا لأ، وإذا كان كرهي المتزايد دا وأنا مفيش فايدي حاجة أعملها هيضرني أكتر مَهَيفيدني ولا لأ.

pew pew (@_pszg) 24 août 2018

Traduction : « Je n’ai même pas osé regarder les images du harcèlement des trois jeunes filles. J’ai eu peur de me sentir encore plus mal. Surtout que j’ai l’impression que je ne peux rien faire du tout pour changer les choses. »

Depuis le début du mois d’août, trois cas de harcèlement ont été documentés par des riverains. Outre le cas des trois adolescentes agressées à Damanhour, une vidéo montrant un homme insister lourdement auprès d’une jeune femme pour qu’elle accepte de prendre un café avec lui, et une autre montrant le meurtre d’un estivant qui tentait de protéger sa femme contre un harceleur sur une plage d’Alexandrie, ont massivement circulé sur les réseaux sociaux.

La multiplication des cas de harcèlement ces dernières semaines a poussé la grande mosquée d’al-Azhar, une des plus hautes autorités l’islam sunnite, à dénoncer cette pratique dans un communiqué, sur son compte Twitter.

Traduction : « Le harcèlement est interdit par la charia, et c’est un comportement absolument condamnable et injustifiable. »

Des activistes féministes réprimées

La question du harcèlement sexuel a fait irruption dans le débat public en Égypte au lendemain de la révolte de janvier 2011, qui a conduit à la chute du président Hosni Moubarak. Des groupes d’activistes s’étaient alors organisés pour protéger les femmes des agressions collectives lors des manifestations et des fêtes de l’Aïd.

Beaucoup de ces groupes ne sont plus actifs aujourd’hui. Depuis l’arrivée de Abdelfattah al-Sissi au pouvoir en juillet 2013, les activités des ONG de défense des droits des femmes ont été peu à peu réduites à peau de chagrin. La raison ? Une répression accrue exercée par les autorités à l’encontre des activistes féministes, souvent accusée d’avoir perçu des « fonds provenant de l’étranger » pour provoquer des troubles dans le pays.

En décembre 2016, la militante Azza Soliman, fondatrice du Centre d’Aide juridique aux femmes d’Égypte (CEWLA), a été arrêtée et interrogée par la police pour une affaire de financements étrangers. Ses avoirs ont été gelés et, elle est également sous le coup d’une interdiction de quitter le territoire.

« L’État veut s’arroger le droit d’être le seul qui puisse protéger la femme »

À la même période, une deuxième militante, Mozn Hassan qui dirige l’ONG Nazra, a été également arrêtée et emprisonnée. Libérée sous caution le 20 juin dernier, elle est accusée d’avoir « perçu des fonds étrangers » et de « mettre en danger la sécurité du pays ». Contactée par France 24, elle explique que l’État a lancé des mesures pour endiguer le phénomène du harcèlement ces dernières annèes, mais ces efforts restent insuffisants selon elle :

Ces dernières années, il y a eu des efforts de la part des autorités pour lutter contre ce phénomène. Notamment avec l’adoption d’une loi criminalisant le harcèlement sexuel en avril 2014. Une loi qui prévoit donc des peines de prison contre les harceleurs.

En juillet de la même année, le ministère de l’Intérieur a également créé des unités de police chargées de lutter contre le harcèlement de rue.

Ces efforts restent néanmoins insuffisants. Les unités de lutte contre le harcèlement sont déployées dans la capitale uniquement. Elles sont inexistantes dans les autres villes, hormis le Caire.

De plus, les victimes de harcèlement ne sont pas à l’abri des sévices de ceux même qui sont censés les protéger. Je reçois assez souvent des témoignages de femmes victimes de harcèlement qui sont également harcelées par des policiers lorsqu’elles se rendent au commissariat pour porter plainte. Ces femmes subissent la double peine !

L’autre point qui pose problème : l’accusé à accès au PV de plainte de la victime et aux données personnelles qui y figurent, comme le numéro de téléphone et l’adresse. La loi ne protège pas les données personnelles de la victime, qui reste ainsi exposée à des actes de représailles de la part de l’accusé.

Mais si la lutte contre le harcèlement sexuel n’a pas connu des avancées importantes ces dernières années, c’est aussi dû à l’attitude paternaliste de l’État qui veut s’arroger le droit d’être le seul qui puisse protéger les femmes. Or, dans un pays de 100 millions d’habitants, il est impossible de tout faire ! Il faut que l’État laisse la société civile faire son travail, notamment d’éducation et de sensibilisation, autour de cette question.

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Les autorités égyptiennes peuvent aussi sévir très durement contre les personnes qui osent critiquer leur action en matière de lutte contre le harcèlement. Le 11 mai dernier, une militante égyptienne des droits de l’Homme, Amal Fathy, a été arrêtée pour avoir reproché au gouvernement de « ne pas protéger les femmes » dans une vidéo diffusée sur Facebook. Toujours en détention, elle est accusée de « propagation de fausses informations et rumeurs pour troubler à la sécurité de l’État ».

Le 7 juillet, une touriste libanaise a été condamnée à huit ans de prison pour « atteinte » au peuple égyptien, après la diffusion d’une vidéo dans laquelle elle affirmait avoir été victime de harcèlement sexuel.

Source : France24

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