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Publié par Mireille Vallette le 6 septembre 2018

Depuis 1200 ans, les exégètes présentent une image totalement fausse de l’islam. Asma Lamrabet retraduit, rectifie et nous fait découvrir le véritable message : l’égalité entre hommes et femmes.

« Dis-moi qui tu invites, je te dirai qui tu es. » Et qui le Centre suisse islam et société (CSIS), fleuron de l’islamisation de la Suisse, invite-t-il le 12 septembre prochain ? Asma Lamrabet sur le thème : « Les femmes dans le Coran : une lecture féministe des sources ». Cette Marocaine, très connue dans son pays où les débats sont vifs entre conservateurs et progressistes, est l’auteure de « Islam et femmes, les questions qui fâchent ». Je m’y suis plongée.

En Suisse, le CSIS mélange allègrement prosélytisme islamique et recherche universitaire. Il ambitionne de dessiner un islam moderne. Asma Lamrabet nous le démontre : le chantier est titanesque !

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Elle passe en revue ce dont les «islamophobes» fond leur miel : infériorité des femmes, polygamie, esclavage, répudiation, lapidation, témoignage, héritage, etc. Et démontre qu’ils ont totalement raison… Sauf que ces réalités ne sont pas dues à l’islam, mais aux interprétations qu’en font les théologiens, oulémas et juristes depuis 1200 ans.

Parce qu’en fait, le Coran bien lu, de même que des hadiths misogynes revus et corrigés, enseignent des principes « éminemment avant-gardistes », une éthique et un sens de la justice qui rappellent une fois de plus que l’islam a posé les bases de l’humanisme bien avant nous.

Quels sont les formules qui transforment l’eau bourbeuse en source cristalline ? La version du Coran de Mohammed Chiadmi, des traductions inédites de Lamrabet, la distinction entre injonctions générales et épisodes narratifs ou liés au contexte de l’époque.

Exemples de traductions nouvelles : le terme « qanitat » habituellement traduit par « obéissance à l’époux », signifie en fait « dévouement à Dieu ». De même, lorsque Mahomet déclare : « Je n’ai pas laissé une fitna plus grande pour ma communauté que celle représentée par les femmes » (Bukhari) l’habituel sens, discorde, rébellion, voire calamité se mue en « épreuve », soit une mise en garde des hommes de l’époque contre leurs mauvais comportements. De manière générale, lorsque les dires du Beau modèle contredisent le Beau message, l’auteure considère ces hadiths comme peu fiables. Elle ne mentionne jamais la biographie de Mahomet et son harem qui en présente une toute autre image.

Elle observe à de nombreuse reprises que les manuels de fiqh, le droit musulman, ont intégré toute les images dépréciatives et discriminatoires des femmes, très éloignées des principes éthiques du Coran. Notons que ce fiqh est enseigné dans de nombreuses mosquées européennes… et suisses.

 

L’obsession du corps féminin

Aujourd’hui comme hier, nous dit-elle, le discours islamique « est obsédé par le corps des femmes ». Sous prétexte de dépravation sexuelle, il incite à « la pudibonderie ». Il a même inventé la récompense des houris au paradis : «Ces houris (…) ne sont que le reflet de notre flagrante et misérable réalité socioculturelle, celle d’une culture misogyne qui s’offre les corps des femmes comme ultime champ de bataille, ici et dans l’au-delà. C’est le reflet des frustrations sexuelles des jeunes. Jeunes éduqués à vivre le religieux sous le registre du tabou, de l’interdit, de l’hypocrisie comme vertu morale absolue. » Franchement, si nous n’étions pas déjà islamophobes…

Il faut revoir l’interdiction d’épouser un non musulman, une prescription « de l’ordre du tabou (…) Il y a en effet un consensus quasi général sur cette question. » En réalité, Allah vise l’interdiction d’épouser les polythéistes de l’époque, une élite nantie qui ne cessait de combattre les musulmans.

Et l’auteure de citer ce verset : «…une esclave croyante est préférable à une polythéiste, même si celle-ci a l’avantage de plaire » dont elle déduit un peu mystérieusement que l’allusion aux esclaves « est assez révélatrice des valeurs morales que tentait d’inculquer la Révélation coranique. (…) le Coran tentait de briser les premières chaînes de la hiérarchie sociale, en préférant ces pauvres esclaves croyants à ceux qui vivaient dans l’insolence de la richesse et les fastes de l’élite… »

Adhésion aux fondamentaux

En fait, elle reste sur deux fondamentaux. Le premier : le Coran est une merveille, il faut sans relâche l’autopsier. Il prône toutes les valeurs que les démocraties ont mis tant de temps à découvrir. C’était exactement le discours de Tariq Ramadan. Elle lui a d’ailleurs demandé de préfacer un de ses livres, « Musulmane tout simplement ». En revanche, pour elle, Alain Finkielkraut est «islamophobe et raciste».

Elle analyse l’inégalité dans l’héritage. Il s’agit d’un verset acceptable si l’on sait que les frères devaient à l’époque entretenir leurs sœurs et le reste de la famille. En fait, en accordant une part d’héritage «…l’islam a initié la reconnaissance des droits juridiques des femmes, une première dans l’histoire de l’humanité ». Mais pas l’égalité dans les faits qui attend depuis 1200 ans d’être concrétisée.

Elle constate qu’aujourd’hui encore, remettre en cause cet héritage inégal « est de l’ordre du blasphème ». Les religieux marocains lui en ont offert une preuve cinglante en mars dernier. Après une conférence consacrée à la défense de l’héritage égalitaire, les foudres des conservateurs se sont abattues sur elle. Elle a dû démissionner d’un organisme de la Rabita des oulémas, un organisme voulu par Mohamed VI pour favoriser un islam moderne. Reconnaissons qu’elle ne manque pas de courage pour affronter ces innombrables partisans d’un islam fossilisé. Mais elle n’est pas seule : deux jours après sa conférence, 102 personnalités marocaines lançaient une pétition favorable à l’héritage égalitaire.

Elle n’échappe pas non plus au deuxième axiome : la perfection de Mahomet, «… son esprit libérateur pour les femmes en particulier, son dévouement à la cause des opprimés…» Un prophète qui « n’a eu de cesse durant sa vie, d’encourager l’autonomie et l’émancipation des femmes contre l’oppression culturelle et des traditions tribales ». Voir l’autorisation de violer des captives, sa pratique de l’esclavage, sa polygamie…

L’Occident comme repoussoir

Si elle affirme vouloir « balayer devant [sa] porte », elle balaie volontiers devant la nôtre. «…cette question [des femmes] qui, souvent analysée à l’aune d’une pensée occidentalo-centrée de plus en plus manifeste, fait des femmes musulmanes un bouc émissaire de choix pour vilipender l’islam et conforter l’idée de la suprématie des valeurs occidentales sur une culture islamique fortement archaïque. »

Le voile est pour les musulmans le marqueur d’une identité religieuse menacée par « une peur obsessionnelle de l’occidentalisation des mœurs »… qu’elle partage : « Le nouveau patriarcat mondialisé et mercantile impose l’image banalisée de corps féminins hypersexués, exploitables à souhait sur le grand marché du néo libéralisme sauvage. » Dans notre culture, on donne aux femmes « l’impression d’être libérées. » En islam, elles sont vraiment libres, mais les innombrables exégètes, les institutions et universités de référence ne le leur ont pas encore annoncé.

L’intention spirituelle première du voile voulait recommander « une éthique de décence ». Mais survient la colonisation. Il prend alors une autre signification: « …c’est d’abord et avant tout une question de résistance à une modernité apportée par le colonisateur et vécue comme une agression brutale… »

On découvre que les juifs ont eu une influence bien néfaste, notamment sur le prophète. A propos des lapidations qu’il a ordonnées, Asma Lamrabet relève qu’il l’a fait avec beaucoup de réticence, sous la pression de la population, « mais surtout des érudits de la religion juive qui tenaient beaucoup à cette prescription… » De même, l’expression « champ de labour » auquel les hommes peuvent aller quand ils veulent (Coran 2;223) est mal traduite, et en plus, ce verset est lié à une norme juive. « Le Coran rectifie donc certaines coutumes de l’époque, dont celles relevant de la tradition juive, très strictes sur les relations sexuelles. » Dans « Musulmane tout simplement », elle ose clairement l’antisémitisme (1).

Elle reprend avec une légèreté étonnante le mythe des terribles mœurs du « temps de l’ignorance » auquel l’islam aurait mis fin. Les hommes païens, par exemple, pouvaient dit-elle répudier et reprendre leur femme jusqu’à cent fois ! L’islam a mis le holà : seules trois « reprises » sont autorisées.

La polygamie est « un élément déterminant dans la caricature de l’islam » (celle que nous faisons). Franchement, on n’a pas besoin de caricaturer, il suffit de la lire. Car dans le monde musulman, nous dit-elle, cette pratique symbolise « le summum de la prééminence masculine, sacralisée aussi bien par des mentalités prédisposées que par la jurisprudence islamique séculaire ».

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Ses propositions de relecture ne laissent pas insensibles les religieux. Mais ils en prennent ce qui les arrange. Sa nouvelle interprétation de tel ou tel verset leur permet d’exclure un sens devenu trop gênant aujourd’hui.

J’imagine un musulman lisant son Coran et tentant à chaque verset choquant de repérer le vrai message et la bonne interprétation… Et encore, Asma Lamrabet se centre sur les femmes. Si l’on ajoute ce que le livre dit des châtiments corporels, de la condamnation des non-musulmans à l’enfer, du djihad… Ne serait-il pas préférable que le Coran actuel soit interdit en attendant que les docteurs, universités-phares et juristes publient la bonne version ?

Ed. En toutes lettres, 2017, 213p.

1) Cité par Francine Sporenda, une féministe qui analyse longuement ses thèses : « il n’y a qu’à jeter un coup d’œil sur les lois érigées dans un certain nombre de pays pour réaliser l’inconditionnelle faveur accordée aux communautés juives ». Et elle évoque « la manipulation médiatique produit(e) par le lobby sioniste mondial à propos de l’islam… »

J’évoquerai dans un prochain article une réformatrice à l’approche toute différente, et nettement plus réjouissante.

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