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Publié par Alain Rubin le 8 septembre 2018

«Avec l’apparition de «la Volonté du Peuple», ce développement logique de notre mouvement révolutionnaire entre dans une phase où il ne peut plus se contenter des théories populistes du bon vieux temps, du temps où l’on demeurait étranger aux considérations politiques. (…) sous l’angle des vieilles idées populistes, «la Volonté du Peuple» ne résistait pas à la critique.

Le populisme rejetait catégoriquement tout concept d’Etat. «La Volonté du Peuple» comptait sur la machine de l’Etat pour appliquer ses plans de réforme sociale. Le populisme frappait d’anathème toute «politique» ; «la Volonté du Peuple» voyait dans la «révolution politique démocratique» le plus sur instrument de la «réforme sociale».

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(Georges Plekhanov– «socialisme et lutte politique» Genève, octobre 1883. Réédition en Langues étrangères, Œuvres philosophiques, Tome premier, Moscou 1961).

Revenir vers le fondateur du marxisme en Russie n’est pas inutile en ces temps d’affaissement de la pensée. «Populisme» est devenu la caractérisation injurieuse d’une infection nauséabonde ; c’est devenu une maladie politique frappant en 2018, les Polonais, les Hongrois, les Italiens…

Avec Hertzen et la Cloche (Kolokol, publiée avec Nicolas Ogarev), le peuple entrait dans l’Histoire ; il devenait acteur décisif au même titre que les Etats et les élites (les classes dirigeantes). 

Le Populisme c’est cela et rien d’autre

En France, Babeuf qui avait adopté Gracchus comme nouveau prénom en tant que chef des égaux, plaçait ses pas dans eux des Gracques, les membres du Sénat romain tribuns de la Plèbe.

En 2018, dans la bouche des diplômés de «SciencePo» et de l’ENA, la volonté du peuple c’est un très, très mauvais principe, c’est… populiste.

Dans quelques jours, le 21 septembre, nous commémorerons la proclamation de la Première République, la république de 1792. La proclamation officielle, la proclamation par l’élite, suivra de deux mois celle par la foule des insurgés parisiens –armés de piques face aux fusils, aux baïonnettes et aux canons– s’emparant du Palais des tuileries et de la personne du Roi. Le Populisme faisait irruption, à l’échelle française et mondiale. 

Il m’a semblé qu’il n’était pas inutile de revenir sur ce que nous disions, à ce propos, il y a une dizaine d’années

Hier, jeudi 23 juin, la soirée sur Antenne2 se conclura par le jeu convenu de deux dérisoires yorkshires, posant au molosse-banderille. Ils compléteront l’équipe d’un journaliste courtisan, qui jouera les chefs d’orchestre du lynchage politique. La victime désignée à la vindicte, de ces jeux du cirque, variante télévisée : Marine Lepen.

Les derniers invités du metteur-en scène, monsieur Pujadas, c’est son nom, étaient comme de petits chiens de cirques enragés, chargeant sans répit, essayant continuellement de plonger leurs petits crocs dans les mollets de la victime expiatoire présentée comme un terrible danger public. On aura observé qu’un des petits vigilants mordilleurs.

En effet, l’objet de cette corrida d’un genre nouveau –comme de plus en plus de monde– fait campagne pour la sortie de l’euro. Il aime son père –qui a dit des choses tellement horribles et (elle) ne veut pas le désavouer publiquement, donc… (elle) dirige un parti qui trouverait que la présence de trop de musulmans parmi les militaires français poserait problème, ou pourrait en poser, en affectant les capacités d’action sur le terrain des unités de l’armée française. 

Bref, cette personne serait absolument infréquentable. Pire, elle serait… populiste. Oui, messieurs et mesdames, populiste, vous entendez bien, elle est : Po-pu-liste ! 

Vous rendez-vous compte ? Elle considère que le peuple a été bafoué, parce qu’on n’a pas tenu compte de son vote «non» largement majoritaire lors du référendum de mai 2005, au sujet du traité constitutionnel européen. Oh, quelle horreur ? Populiste je vous dis, populiste…

Populiste, populisme

Ces mots ont réveillé des souvenirs remontant au tout début des années soixante, quand je cherchais à m’initier au marxisme. Nos deux yorkshires policiers n’étaient probablement pas nés, en tout cas pas encore nés à la vie journalistico-politique (j’ai hésité en écrivant «politique», j’allais écrire «policière», pensant ici à la police de la pensée déguisée en journalisme). C’était exactement en septembre 1961. Je venais d’acheter les œuvres complètes de Georges Plekhanov, le fondateur du marxisme en Russie. C’était à la librairie de la «maison de métallos», rue Jean Pierre Thimbaud.  

Ces deux gros ouvrages, de pas loin de neuf cents pages chacun, contenaient plusieurs brochures dans lesquelles le marxiste russe cherchait à régler son compte au «populisme» en Russie, en sa qualité de socialisme utopique. 

George Plekhanov argumentait, avec précision et sans procès d’intention ni haine, parce que le populisme était –écrivait-il– un socialisme agraire ; parce qu’il serait un blanquisme à la russe, une forme d’anarchisme ne comprenant pas la nécessité des mots d’ordre et de l’action politique ; parce qu’il défendrait l’idée que la Russie serait un monde spécial qui pourrait échapper aux contraintes du passage par l’économie capitaliste, avant de se présenter devant le tribunal de l’histoire pour y disposer du choix effectif de décider de mettre en œuvre la révolution socialiste dans la vaste Russie. 

Bref, le populisme et le groupe la Volonté du Peuple, le mouvement du «Partage Noir», le courant d’idée de «Terre et Liberté», n’étaient pas critiqués parce qu’ils étaient des infamies populistes, mais parce qu’ils feraient fausse route dans leur action pour parvenir à la suppression de la propriété privée des grands moyens de production et à la disparition de l’inégalité sociale que cette propriété générerait.

Hier en soirée, dans la bouche de la demoiselle Fourest, dans celle de messieurs Pujadas-Joffrin, «populiste», «populisme», ça devenait des injures graves. Ce sera des caractérisations politiques injurieuses, synonyme de démagogue. En d’autres termes, ce n’était pas trop recommandable d’être «populiste».

Vouloir que le Peuple souverain s’avance, vouloir qu’il décide ce qui est bon pour lui ou ne l’est pas, manifestement, pour le trio Fourest-Pujadas-Joffrin, cela ne sentait pas très bon. C’était même «nauséabond». Cela «ramenait à d’autres temps, à une autre et sombre époque…». 

A écouter ce genre d’illettrés diplômés, les communes parisiennes de 1792 et 1871, avec leur énergique souveraineté populaire, avec leur «populisme» avant le mot, cela n’avait pas l’odeur de la rose ?! Pouah ! Trois fois pouah.

Décodons, décryptons

Avec ce genre de personnages, hostiles à la souveraineté du Peuple, nous avons échappé de peu… à demeurer définitivement sous le joug de la vieille noblesse. Parce que si leurs semblables et devanciers avaient pu influencer le Peuple qui prit la Bastille, celui qui força les tuileries, celui qui imposera aux élus qu’ils proclament la République, celui qui s’enrôlera en masse à l’appel de Danton, tout cela ne se serait pas produit. C’est aussi peut-être pourquoi ces sortes d’indignés ne s’indignent pas que l’on fasse disparaître la Révolution française et les combats émancipateurs du peuple français des manuels et des cours d’histoire.

Leurs devanciers, nous les connaissons bien. Ils ne défendaient pas le traité de Maastricht et sa bureaucratie transformant la France et son pouvoir gouvernemental en oligarchie châtrée, mais déjà, ils frémissaient de dégoût, quand Marat ou Babeuf, quand Jacques Roux, Leclerc et Varlet, défendaient l’action sectionnaire de la sans-culotterie parisienne. 

Leur hostilité à la monarchie n’avait pas à voir avec l’aspiration à la République démocratique et à la suppression de l’inégalité sociale. Au contraire, ce qu’ils appelaient «république», ce n’était qu’une monarchie élective, associant le peuple à son propre malheur. C’était une «chose publique», mais dont le peuple n’était qu’un locataire sans droit, condamné à payer un loyer exorbitant au gré des décisions des «sachants».

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