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Publié par Ivan Rioufol le 13 septembre 2018

Qui imagine le général De Gaulle déclarer : « Alexandre Benalla n’a jamais été mon amant » ?

Ce détournement de la réflexion de François Fillon, candidat à la primaire, adressée à Nicolas Sarkozy mis en examen, laisse voir les années-lumière qui séparent le monde ancien du spectacle affligeant donné par la Macronie. Qu’un chef de l’Etat en vienne, comme ce fut le cas cet été avec Emmanuel Macron devant des parlementaires LaRem, à se croire obligé de démentir des rumeurs d’une relation amoureuse avec son garde du corps en dit long sur le manque de tenue, de retenue, du pouvoir actuel. L’ »affaire Benalla », qui s’ouvre à nouveau ce mercredi devant la commission d’enquête sénatoriale, c’est cela : la mise au jour d’un Etat déliquescent, très éloigné de l’exemplarité qu’il prétendait incarner. Non seulement l’affaire a révélé un fonctionnement clanique et népotique de l’Etat, mais c’est aujourd’hui la vulgarité et la morgue d’une petite frappe qui s’étale publiquement. Seul un sentiment d’impunité peut expliquer le premier refus de Benalla de répondre à la convocation du Sénat afin d’être entendu comme témoin, indépendamment de la procédure judiciaire en cours contre lui. Depuis son revirement, ses propos tenus à l’égard des sénateurs montrent combien le mépris des autres a pu être la norme au cœur de l’Elysée. Benalla a, en effet, qualifié les membres de la commission d’enquête de « petites gens qui n’ont jamais existé dans le paysage politique français ». Il a traité Philippe Bas, qui conduit l’enquête sénatoriale, de « petit marquis ».

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Ces mises en cause de la commission d’enquête sénatoriale par Benalla, soutenu dans ses provocations par la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, et par le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, sont d’autres éléments qui viennent alourdir les soupçons d’autoritarisme, de favoritisme et de passe-droits qui pèsent sur le fonctionnement de l’Etat macronien, cette pouponnière d’arrivistes et de tchatcheurs. Car la loi autorise évidemment le Sénat à jouer son rôle de contre-pouvoir. D’autant que la commission d’enquête de l’Assemblée s’est ridiculisée dans une soumission à l’Elysée et à ses exigences d’opacité. Si, au nom de la séparation des pouvoirs, les sénateurs ne peuvent bien sûr avoir à connaître de l’affaire judiciaire (notamment pour des violences en réunion), ils sont dans leur rôle de contrôle du bon fonctionnement des institutions. Il est intéressant de savoir, notamment, comment Benalla a pu bénéficier d’un port d’arme, d’un passeport diplomatique, d’un logement de fonction quai Branly, d’un salaire conséquent, et, surtout, d’une telle confiance de la part du président. La question de l’existence ou nom d’une police parallèle au sein de l’Elysée est aussi de ces interrogations qui doivent être posées par les sénateurs. Ils ont là, en tout cas, l’occasion rêvée de démontrer la nécessité d’encadrer la Macronie, volontiers despotique, de contre-pouvoirs institutionnels. Que cela ne plaise pas à Benalla et à ses parrains est un bon signe.

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