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Publié par Magali Marc le 26 septembre 2018
« Le terme « islam modéré » est laid et offensant. Il n’y a pas d’islam modéré. L’islam, c’est l’islam. »

Non content d’islamiser les écoles et de sélectionner les recteurs des universités turques selon leur ferveur religieuse, le président Recep Tayyip Erdoğan a fait aussi interdire la mixité dans les lieux d’enseignement ainsi que l’enseignement de la théorie de l’évolution de Darwin.

Pour les lecteurs de Dreuz, j’ai traduit cet article de Burak Bekdil* publié le 19 septembre sur le site du Gatestone Institute

*************

Éducation turque : La vieille obsession religieuse revient, mais en pire

Les Turcs laïcs ont été choqués quand Binali Yıldırım, alors ministre des Transports, a expliqué à un intervieweur pourquoi, dans sa jeunesse, il a changé d’université :

J’ai visité l’Université de Bogazici et j’ai vu que les étudiants, garçons et filles, étaient assis ensemble… J’ai craint d’être détourné du droit chemin. Alors, j’ai décidé d’aller à l’université technique.

Yıldırım qui, plus tard, a été choisi par le président Recep Tayyip Erdoğan pour occuper le poste de premier ministre, est maintenant en fonction en tant que président du Parlement.

Il n’est pas surprenant que pour les extrémistes turcs, la gouvernance signifie généralement l’islamisation de tout, y compris de l’éducation à tous les niveaux.

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Dans un discours prononcé en 2017, Erdoğan s’est vanté qu’après l’arrivée au pouvoir de son Parti de la Justice et du Développement, le nombre d’élèves des écoles religieuses Imam Hatip est passé de 60 000 à 1,3 million.

Cela ne surprendra personne non plus de savoir qu’Erdoğan a souvent déclaré que son ambition politique n’était pas de former des esprits honnêtes, instruits et libres, mais plutôt de «former des générations pieuses».

Une bonne école, selon les extrémistes, n’est pas une école où la science est enseignée selon des normes universelles ; c’est une école où les élèves apprennent la piété.

Dans une étude réalisée en 2017, Deniz Kandiyoti et Zühre Emanet, deux chercheurs de l’Université de Londres, ont écrit :

La transformation radicale du paysage éducatif turc sous l’égide du Parti de la Justice et du Développement (AKP) présente une étude de cas exemplaire de la façon dont la liberté de penser, d’écrire et d’enseigner est assujettie aux caprices des systèmes de gouvernance.

En 2017, la Turquie a cessé d’enseigner l’évolution à l’école secondaire : pour les musulmans extrémistes, le darwinisme demeure un sujet tabou. Au lieu de cela, les manuels scolaires ont commencé à enseigner le «djihad» aux élèves turcs.

Les efforts d’Erdoğan pour islamiser encore davantage l’éducation ont continué. Plus récemment, le 10 septembre dernier, le ministère de l’Éducation a aboli la clause de mixité qui faisait partie de ses règlements, ce qui a fait craindre que cette mesure ne jette les bases d’une éducation séparée généralisée pour les filles et les garçons.

Le Conseil turc de l’enseignement supérieur, généralement considéré comme un organisme utilisé par les gouvernements pour façonner des politiques éducatives qui reflètent leurs programmes politiques partisans, a demandé en 2016 à 1 577 doyens d’universités (apparemment tous les doyens du pays) de démissionner «au nom de la démocratie». Selon un rapport de World Education News + Reviews :

La répression actuelle de la Turquie à l’encontre des libertés académiques constitue un obstacle majeur à la croissance, tout comme ses relations difficiles avec l’UE. Ce ne sont pas seulement les flux d’étudiants qui sont en jeu, mais aussi la coopération internationale en matière de recherche, l’aide financière et d’autres questions essentielles à la qualité et à la réputation du système éducatif turc dans son ensemble.

L’obsession d’Erdoğan pour une éducation religieuse toujours plus poussée a transformé les universités turques en immeubles possédant une bibliothèque, une mosquée et des centaines de milliers d’étudiants musulmans conservateurs, dirigés par des universitaires et des conseils académiques remplis de ferveur religieuse.

Erdoğan a le pouvoir de nommer les présidents d’environ 200 universités turques. La ferveur religieuse, cependant, n’apporte pas la réussite scolaire.

Selon le classement mondial des universités les mieux cotées du Times, la Turquie, avec une population de 80 millions d’habitants, ne compte que 22 universités parmi les 1 000 premières, la meilleure se situant seulement dans la tranche des 301e-350e.

L’académie turque, cependant, tient sa propre estimation des succès destinés à plaire à Erdoğan qui choisit les centaines de recteurs d’université.

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Selon une étude de l’Université Rice impliquant 22 525 chercheurs du monde entier et mesurant la piété dans les universités, les professeurs turcs semblent être les plus religieux. Au total, 609 scientifiques turcs des domaines de la physique et de la biologie ont participé à l’étude : 85% d’entre eux ont confirmé qu’ils croyaient en Dieu alors que 63% ont dit qu’ils priaient souvent.

Il n’est pas étonnant que la Turquie n’ait pas une seule université prestigieuse (niveau Ivy League). Les Turcs, cependant, ne semblent pas mécontents que leurs écoles ne soient pas de classe mondiale, tant que leurs étudiants, leurs universitaires et leurs présidents d’université sont remplis de ferveur religieuse.

* Burak Bekdil, l’un des principaux journalistes turcs, a récemment été licencié du journal le plus connu de la Turquie, après 29 ans d’absence, pour avoir décrit ce qui se passe en Turquie dans ses articles publiés par le site du Gatestone Institute. Il est membre du Middle East Forum.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Traduction de Magali Marc (@magalimarc15) pour Dreuz.info.

Source : Gatestone Institute

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