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Publié par Gilles William Goldnadel le 8 octobre 2018

Alors que #MeToo éclatait il y a un an et quelques jours, Gilles-William Goldnadel accuse les dérives du mouvement, qui selon lui, aurait fini par outrepasser le légitime souci des violences sexuelles, le cas du juge Brett Kavanaugh en étant l’exemple.

Je professe l’idée dérangeante que le monde, médiatiquement organisé, est désormais dérangé.

Qu’il est devenu, littéralement, fou.

J’ai bien écrit fou. En trois lettres. Ou pour l’écrire plus vulgairement: cinglé.

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Ou pour l’énoncer plus sérieusement: aliéné mentalement pour cause de déraison idéologique.

L’un des vecteurs déclencheurs de la folie médiatique moderne est les réseaux électroniques qui font de tous les individus isolés mais en permanence interconnectés, une foule médiatique déchaînée, contagieuse, agressive, puérile, et irrationnelle. Ceux qui ont lu les Psychologie des foules* de Gustave Le Bon ou de Sigmund Freud me comprendront encore mieux.

Dans ce cadre cliniquement névrotique fortement idéologisé et, et quel que soit le regard que l’on porte sur le phénomène inacceptable du harcèlement sexuel, j’affirme que dans la foulée du phénomène #MeToo, le monde est entré dans une spirale folle, dont on pourrait remonter par ailleurs toutes les étranges circonvolutions.

Les affaires extravagantes Asia Argento et Avital Ronell, dames patronnesses du mouvement MeToo qui ont été rattrapées par la patrouille de la police démontée des moeurs, sont déjà riches d’enseignements.

Le dernier avatar de la période, l’affaire Kavanaugh, au moment où l’on commémore le premier anniversaire du phénomène électronique #MeToo, ne devrait pas autoriser à le célébrer aussi extatiquement que je l’ai constaté ici ou là.

Même avant le déferlement idéologique hystérique (je maintiens ce dernier mot politiquement incorrect s’agissant du nouveau féminisme fort pointilleux touchant au vocabulaire), l’histoire des erreurs judiciaires est malheureusement remplie de celles qui sont nées d’accusations évanescentes de fausses victimes de viol. L’Amérique et Hollywood en sont l’une des plaques tectoniques les plus névrotiques. Le malheureux Alexandre Pantages, magnat du cinéma, l’apprit à ses dépens.

Kavanaugh, voilà un homme qui, jusqu’alors, n’avait eu pour malheur que d’être désigné pour siéger à la Cour Suprême

En août 1929, une jeune fille de 17 ans, Eunice Pringle, l’accusa de viol. Je laisse à l’historien Georges Ayache qui a publié cette année «Joe Kennedy»* (éditions Perrin) le soin d’écrire la suite :

«la presse locale, du Los Angeles Times au Herald Examiner, accable Pantages à longueur de colonnes, au mépris de la présomption d’innocence et malgré le caractère vaseux des accusations portées contre lui. Le jury l’ayant déclaré coupable, celui-ci fut condamné à 50 ans de prison, avant que la Cour Suprême de Californie, relevant les anomalies ayant émaillé le procès, ne décide que l’affaire serait rejugée.… En novembre 1931, Pantages fut acquitté, mais le mal était déjà fait. Il était devenu définitivement persona non grata à Hollywood, où on le fuyait désormais comme la peste.… Quelque temps plus tard, taraudée par sa conscience, Eunice Pringle fit savoir qu’elle allait révéler toute la vérité sur son viol. Elle n’en eut guère le temps, car elle mourut peu après dans des conditions mystérieuses.… La presse, de son côté, s’abstient d’évoquer la confession d’Eunice, à l’article de la mort, suivant laquelle Joe Kennedy aurait été l’auteur de la machination contre Pantages.»

  • Le célèbre «fatty Arbuckle» l’un des comiques les plus célèbres du cinéma américain muet fut également accusé mensongèrement des mêmes turpitudes, poursuivi, traîné dans la boue, puis entièrement innocenté. Sa carrière et sa vie furent néanmoins dévastées à jamais.
  • Concernant le juge Brett Kavanaugh, en tant que juriste de formation, blanc de pigmentation et conservateur de convictions, je reconnais pouvoir aisément me glisser dans sa tête, sa peau et son esprit, et ressentir l’indignation et le désarroi qui durent être les siens.

Et en tant qu’avocat et être humain toujours aussi stupidement épris de justice, en dépit d’une époque follement cruelle qui devrait me durcir le cuir, je fais mienne cette indignation.

Voilà un homme qui, jusqu’alors, n’avait eu pour malheur que d’être désigné pour siéger à la Cour Suprême, par un président des États-Unis tant honni, que la presse américaine s’amuse sans s’insurger à voir une actrice de porno qui, par ailleurs le fit chanter, moquer la forme et la taille de son sexe viril. Cette même presse américaine, si éprise par ailleurs du droit à la dignité humaine en matière sexuelle, qu’elle en est ordinairement pudibonde. Quant à la presse française, qui roule dans la fange Michel Onfray pour avoir moqué le président français dans un registre voisin mais plus littéraire, elle ne trouve rien à redire.

Voilà donc un homme qui jouissait jusqu’alors de la considération de ses collègues, de sa femme, de ses voisins, et sans doute de son chien.

Voilà un magistrat qui jusqu’à présent n’avait fait l’objet de la moindre accusation.

Et voilà notre homme, soudainement, alors que sa désignation venait d’être rendue publique, alors que celle-ci était considérée par le camp des ennemis du président honni, comme une tragédie à empêcher coûte que coûte… accusé par une femme, puis deux, puis trois se souvenant soudainement qu’il avait eu envers elles, dans ses vertes années, un comportement inapproprié.

Et voilà que sa principale accusatrice prétendant, sans le moindre début de commencement de la première preuve, qu’il y a 36 ans, le juge alors âgé de 17 ans, l’aurait, dans le cadre d’une soirée arrosée, avec la complicité d’un ami, violemment jeté sur un lit et tenté de la forcer.

Elle en aurait, paraît-il, conçu toute sa vie un violent traumatisme. Un peu comme Asia Argento après un cunnilingus obligé que lui aurait administré Harvey Weinstein, qui aurait perdu tout goût à l’exercice lingual avant que de poursuivre intimement, malgré tout, des relations consenties avec lui durant plusieurs années.

Mais défense de douter seulement, sauf à endosser sûrement le costume du complice.

Et voilà que le juge, sommé de s’expliquer devant le Congrès et tout le monde entier, d’apporter sans doute des preuves négatives impossibles, proteste de toutes ses forces et se voit reprocher beaucoup sa véhémence dans ses dénégations.

Le voilà obligé de confesser honteusement, qu’en ses jeunes années, sa sexualité n’avait rien d’épanouie, pour cause de timidité.

Et voilà qu’une partie de ses adversaires, ordinairement portés à la sensiblerie, à la vue de ses larmes, versent dans la moquerie.

Et voilà que ce vendredi 5 octobre, des centaines de milliers de militantes, autrefois tricoteuses, qui n’étaient sans doute pas toutes présentes à la surprise-partie, ont manifesté à Washington ou sur les réseaux électroniques parce qu’elles savent, elles, par prescience gauchiste ou intuition féministe, que cet homme est coupable et donc indigne d’exercer la fonction à laquelle il a pourtant accédé malgré leur furie.

Par une pure hypothèse intellectuelle, à laquelle je répugne assez, supposons un instant que le juge soit effectivement coupable il y a plus de trois décennies de ce dont on l’accuse et qui n’est pas un viol, comment donc pouvoir encore l’établir, alors qu’aucune plainte n’avait jusqu’alors été déposée et d’enquête diligentée?

La seule chose qu’il convient d’avouer sans avoir besoin de jurer, c’est que le juge jugé et déjà condamné par les gens de progrès est avant tout coupable d’être un mâle blanc conservateur adoubé par Donald Trump, et ce mal semble incarner aux yeux du camp du Bien le crime le plus imprescriptible qui prouve tous les autres.

Je ne l’écrirais jamais aussi bien que la célèbre Candace Owens, remarquable blogueuse noire, qui n’a pas hésité à écrire après le vote de confirmation du Sénat américain:

«Un magnifique moment dans l’histoire de notre pays. L’Amérique a enfin résisté à la progression de l’hostilité guerrière de la gauche».

Si les citoyens des États-Unis et d’ailleurs ne peuvent pas comprendre qu’à suivre cette pente systématique et kafkaïenne d’accuser un être humain sans preuves, par pure prévention raciste, sexiste et idéologique, on verse fatalement dans la folie la plus irréversible, il n’y a plus rien à faire, sinon une prière.

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Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Gilles-William Goldnadel. Publié avec l’aimable autorisation du Figaro Vox.

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