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Publié par Gaia - Dreuz le 25 octobre 2018

À partir de témoignages recueillis au Kurdistan irakien, la Fédération internationale des droits de l’Homme démontre que certaines femmes yézidies ont été esclaves, et parfois violées, par des djihadistes français. La FIDH invite la justice française à enquêter sur ces crimes.

Les djihadistes français doivent rendre des comptes, non seulement pour des faits de terrorisme, mais, pour certains, pour leur rôle dans les crimes commis à l’encontre de la communauté yézidie, en grande partie chassée d’Irak lors de l’avancée du groupe Etat islamique. C’est ce que demande la fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) qui publie ce jeudi un rapport intitulé « crimes sexuels contre la communauté yézidie: le rôle des djihadistes étrangers de DAECH ». Ce rapport, que France Inter a pu consulter en avant-première, démontre pour la première fois l’implication de Français, entre 2014 et 2017.

Violée par un Français, en cachette de sa femme

En août 2014, le groupe État islamique investit la région du mont Sinjar, forçant des dizaines de milliers de Yézidis à fuir, et réduit des milliers d’entre eux en esclavage. Femmes et enfants sont vendus sur des marchés, ou sur internet, où l’on voit une femme s’échanger contre une paire de baskets. Des enquêteurs de la FIDH ont interrogé l’année dernière au Kurdistan irakien des survivantes, qui ont réussi à s’enfuir ou qui ont été revendues à leur famille.

Parmi ces femmes, cinq racontent avoir été victimes de djihadistes français. Salma, 26 ans, fut achetée par un Français pour aider aux tâches ménagères, c’est ce qu’il disait à sa femme, mais il la violait en secret :

Sa femme ne parlait pas un mot d’arabe, elle n’arrêtait pas de me demander ce que je faisais là, mais lui me disait de ne rien dire. Elle voulait que je parte, alors il m’a emmené loin de son foyer, dans une autre maison. Là-bas il m’a violé trois fois, après m’avoir menottée et bâillonnée.

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Selon le rapport de la FIDH, il n’est pas certain que « l’asservissement institutionnalisé et l’esclavage sexuel ait eu pour objectif premier de gratifier les djihadistes étrangers », mais le fait que les femmes interrogées aient été poussées à prendre une pilule contraceptive peut accréditer cette thèse. Le fait de posséder une femme de la communauté yézidie apparaissait en tous cas comme un « privilège » réservé à des combattants d’un rang important. Ces femmes, qui au départ ne maîtrisaient que des rudiments d’arabe, ont pu identifier la nationalité des hommes qui les achetaient ou les revendaient soit par leur nom de guerre, soit en discutant avec eux ou avec leur famille. « Il m’a dit que je ne devais pas retourner dans ma famille parce qu’ils étaient infidèles », raconte ainsi Katrin, 30 ans, au sujet de l’homme qui la retenait prisonnière, et qui l’a emmenée à Raqqa où il vivait avec sa mère et ses deux soeurs. « Lui aussi avait quitté sa famille en France parce qu’ils étaient infidèles. »

« Si l’on reste sur le terrain terroriste, les voix des victimes ne sont pas entendues »

Les enfants yézidis étaient pour leur part soumis au programme d’endoctrinement du groupe Etat islamique, comme en témoigne Walida, également détenue par un djihadiste français : « Sa femme lui a dit de me violer mais il a refusé. Il lui a répondu que sa spécialité était d’éduquer les enfants, et que le commerce des Sabaya [prises de guerre] faisait partie de son travail, rien de plus. Il m’a amenée avec lui pour que je reste près de la base où les enfants étaient formés, et tous les jours je voyais mes deux fils par la fenêtre qui suivaient la formation. »

Patrick Baudouin, l’avocat de la FIDH, aimerait que la justice française s’empare de ces témoignages quand elle enquête sur les djihadistes français :

« Je crois qu’aujourd’hui il faut que les autorités françaises et la justice française s’emparent de ce type de dossier mettant en cause des djihadistes français pour aller sur le terrain des crimes de génocide et des crimes contre l’humanité. Jusqu’à présent, ce sont des dossiers qui ont été traités exclusivement sous l’angle du terrorisme. Parce que c’est plus simple de poursuivre sur ce fondement: il suffit qu’un ressortissant français quitte le territoire pour aller en Irak ou en Syrie et revienne en France, volontairement ou non, il est quasiment présumé terroriste. Or si l’on reste sur le terrain terroriste, les voix des victimes ne sont pas entendues. (…) C’est par défaut aussi: aujourd’hui on ne peut pas juger d’une façon totalement crédible, c’est évident, en Irak ou dans le Kurdistan. Donc l’intérêt de juger dans des pays tiers, c’est de pouvoir faire la lumière sur ce qui s’est exactement passé. Et on arrive à une justice beaucoup plus approfondie et beaucoup plus exemplaire. »

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La FIDH espère qu’à terme, certaines des femmes interrogées dans le cadre de cette enquête pourraient venir témoigner en France. Le Kurdistan irakien est de nouveau accessible. Pour la fédération internationale des droits de l’homme, rien de s’oppose à ce que la justice française enquête sur ces crimes.

Source : Franceinter

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