Publié par Ftouh Souhail le 27 octobre 2018

Le Gouvernement tunisien continue d’avaler les aides européennes malgré sa mauvaise gouvernance, la corruption généralisée de ses entreprises publiques et les institutions de l’État. Depuis 2011, l’UE a accordé 10 milliards d’euros à la Tunisie !

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker a effectué, à partir du 25 octobre 2018, une visite officielle de deux jours en Tunisie. Il a accordé une donation de 270 millions d’euros au gouvernement tunisien, en plus des 300 millions d’euros d’aide annuelle à la Tunisie accordés par l’Union européenne.

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Selon la presse locale tunisienne, cinq accords d’une valeur de plus de 270 millions d’euros ont été signés au cours de cette visite :

  • la première, 90 millions d’euros, concerne la compétitivité,
  • la seconde avec une enveloppe de 60 millions d’euros, sera consacrée au domaine de la justice,
  • une troisième de 60 millions d’euros porte sur la transition énergétique,
  • et 60 millions d’euros de soutien, une partie pour la réforme fiscale, et une autre à l’économie sociale.

Et le 22 octobre 2018, la Tunisie a déjà reçu un nouveau don du gouvernement français d’une valeur globale de 49 millions d’euros.

Le chef du gouvernement tunisien Youssef Chahed et le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, français, Jean-Yves Le Drian, ont signé, à Tunis trois accords de coopération pour finaliser cette aide française.

Cette donation concerne notamment le financement du programme de soutien au système municipal tunisien et celui du projet de l’entrepreneuriat des jeunes dans le domaine des technologies modernes.

L’appétit sans fond du gouvernement tunisien pour les aides européennes 

Le président Beji Caid Essebsi compte solliciter des aides supplémentaires durant le Sommet du G20 sur l’investissement et la Conférence «Compact with Africa» sur le partenariat avec l’Afrique, prévus le 30 octobre à Berlin.

Le chef de l’État tunisien a déjà dépêché son ministre des affaires étrangères, le 17 octobre dernier, en Allemagne pour présenter à son homologue allemand, Heiko Maas, les besoins prioritaires du gouvernement tunisien en matière de développement local et régional et l’emploi.

Le ministre fédéral de la Coopération économique et du Développement, allemand, Dr Gerd Müller était en visite en Tunisie, les 10 et 11 octobre 2018. Une visite de deux jours, au cours de laquelle la République fédérale d’Allemagne s’est formellement engagée à financer de multiples domaines économiques tunisiens.

A travers cette visite, l’Allemagne a réaffirmé son engagement à injecter des fonds dans les caisses tunisiennes vides, sachant que le ministère allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) a déjà consacré une enveloppe totale de 1,7 milliard d’euros, destinés à de multiples projets relevant de la coopération économique nouée avec la Tunisie.

Malgré toutes ces aides européennes, le Gouvernement fait face à des problèmes chroniques liés à la mauvaise gestion, la corruption institutionnalisée mais aussi le gaspillage systématique des ressources publiques.

Les responsables tunisiens n’ont pas la volonté de faire de la lutte contre la corruption leur politique prioritaire, ni d’adopter des mesures coordonnées et adéquates. Une politique de gestion saine et transparente n’est pas la priorité du gouvernement.

Le gouvernement tunisien est incapable d’adopter une stratégie nationale claire dans la lutte contre la corruption, ni récupérer le temps perdu dans les frictions politiques et les tensions sociales, qui coûtent si cher à la collectivité tunisienne, mais aussi aux contribuables européens.

Au moment d’écrite ces lignes, le gouvernement n’a pas publié son projet de loi de Finance 2019, si ce n’est des chiffres éparpillés et des documents qui ont fuité, à quelques jours de sa soumission au parlement, confisquant ainsi le droit à l’information pour les sponsors européens, ce qui n’est pas la meilleure configuration d’une gestion participative des affaires publiques.

Depuis 2011, l’UE a accordé 10 milliards d’euros à la Tunisie !
  • Vendredi 26 octobre 2018, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker a fait le bilan avec le président tunisien de l’appui financier assuré par l’Union européenne à la Tunisie, depuis 2011, qui s’élève à plus de 10 milliards d’euros (environ 33 milliards de dinars).

Selon ses déclaration, l’UE a accordé «un montant global de 10 milliards d’euros» à la Tunisie, depuis 2011, indiquant que cette aide continuera afin d’accompagner «les réformes nécessaires et relancer l’économie de ce pays»

  • Les États-Unis ont fourni une aide de plus de 400 millions de dollars liée à la croissance économique, depuis 2011, y compris des garanties de prêt en 2012, 2014 et 2016 permettant au gouvernement tunisien d’emprunter près de 1,5 milliard de dollars pour aider à stabiliser ses finances publiques, ses entreprises, et fournir une assistance technique pour mettre en œuvre la réforme économique.

Moody’s rétrograde la Tunisie de «stable» à «négatif»

  • L’agence de notation Moody’s a modifié le 16 octobre dernier les perspectives de ce pays maghrébin en voyant les perspectives négatives, et expliqué que «la Tunisie doit faire face à une intensification des pressions dans un environnement extérieur de plus en plus défavorable».
  • En mars 2018, Moody’s avait déjà dégradé la note souveraine de la Tunisie à B2 avec «perspectives stables».
  • La même agence de notation avait également dégradé, en août 2017, la note d’émission à long terme du gouvernement tunisien de Ba3 à B1 avec «perspective négative».

Cette dégradation de la note souveraine correspond à la détérioration structurelle continue de la situation budgétaire de la Tunisie, aux déficits extérieurs persistants, à la faiblesse institutionnelle accrue, et au manque d’efficacité du gouvernement tunisien.

Le gouvernement tunisien tarde à faire les réformes nécessaires dans le cadre du programme du Fonds Monétaire international (FMI) et à rétablir sa marge de manœuvre budgétaires et extérieures.

Le pays risque de se trouver face à un déclassement plus grave, en 2019, en cas de retard ou d’augmentation du coût des financements extérieurs, éventuellement lié à une mise en œuvre incomplète du programme de réformes économiques convenu avec le FMI, à des dépassements budgétaires, ou à la matérialisation de dépenses considérables, ce qui affaiblirait davantage l’adéquation des réserves de change de la Tunisie.

Le gouvernement tunisien est légalement responsable du paiement de toutes les obligations émises par sa Banque centrale.

Le rapport d’octobre 2018 du FMI exige fermement de Tunis des restrictions budgétaires et la réduction du déficit public. Mais le gouvernement tunisien traîne à respecter ces demandes. Ses difficultés en raison de sa fiscalité et la faiblesse de ses réserves de change exposent le pays au risque inflationniste.

Une course vers l’endettement et la dépendance extérieure

  • Tunis vient de recevoir un prêt de 2,9 milliards de dollars sur quatre ans du FMI pour limiter ses déséquilibres extérieurs et budgétaires. Ce prêt vise donc une diminution provisoire de la pression sur la demande de devises, et non dans le cadre d’une stratégie intégrée de développement.

La Banque centrale du pays a fait des prévisions défavorables pour 2019 et 2020, avec un taux de change catastrophique, l’augmentation des prix du pétrole et la faiblesse de croissance économique.

Pire encore, à la veille des élections de 2019, le gouvernement tunisien a décidé de décliner quelques engagements avec le FMI, puisque selon des informations fuitées, il y aura un accroissement des salaires suite à un accord avec le plus grand syndicat du pays, ce qui va provoquer une augmentation de la taille du budget, occasionnant un saut de l’endettement extérieur.

Des tranches futures du prêt du FMI pourraient alors être bloquées, ce qui générera des difficultés supplémentaires de gestion de la finance publique durant le mandat électoral suivant.

Ces éléments s’aggravent encore avec la persistance des tensions inflationnistes, l’inefficacité de la politique monétaire et de change, les tensions sur les liquidités, la diminution régulière des réserves de change, la faiblisse de la croissance, l’augmentation du ratio «masse salariale/PIB», le taux d’endettement à plus de 90% du PIB, le secteur économique parallèle, et une fiscalité rétrograde.

  • En juillet 2018, la Tunisie a bénéficié d’une nouvelle tranche de prêt de 250 millions $ de la part du FMI dans le cadre du programme quadriennal de prêt de 2,9 milliards $ accordé au pays.
  • Ce décaissement avait porté à 1,139 milliard $ le montant des financements déjà décaissés par le FMI, dans le cadre de l’accord qui devrait prendre fin en 2020.
  • Fin 2018, la Tunisie s’apprête également à émettre sur le marché financier international des eurobonds d’un montant d’environ 867, 7 millions d’euros, accompagnés par les banques Citi Group, Deutsche Bank, JP Morgan et Natixi.

en cas de défaillance de la Tunisie, les contribuables européens pourraient supporter la facture

Ce nouvel Eurobond aura une maturité de 5 ans, mais le taux d’intérêt qui sera appliqué reste inconnu. Notons-le, les eurobonds sont un système d’emprunt dont le taux d’intérêt dépend de la santé économique du pays en question, et en particulier du niveau de sa dette. A titre d’exemple, la Grèce a pu emprunter, en 2012, de la dette à 10 ans au taux historiquement élevé qui a frôlé les 30% !

La Tunisie se lance ainsi dans une aventure hasardeuse, d’autant plus que l’agence de notation Moody’s vient de modifier les perspectives de la Tunisie de «stable» à «négative». Et l’émission de cet emprunt obligataire souverain va renforcer l’endettement du pays.

Et en cas de défaillance, les contribuables européens pourraient supporter la facture. Et Tunis a besoin de 3,1 milliards d’euros d’emprunts extérieurs en 2019 pour couvrir les besoins de son budget.

  • En juin 2018, la Tunisie a bénéficié de 500 millions $ de la part de la Banque mondiale pour soutenir des réformes économiques. Ce financement avait consisté en une ligne de crédit. Il devrait servir essentiellement à soutenir les plans gouvernementaux de promotion de l’investissement privé et d’amélioration de la sécurité énergétique. Il devrait également permettre de simplifier les procédures d’importation et d’exportation du pays maghrébin et mettre en œuvre un programme d’aide aux populations vulnérables.

L’instabilité sociale, les difficultés économiques et la corruption ont conduit à la révolte de 2011 (le « printemps arabe » est né en Tunisie lorsqu’un marchand ambulant s’est immolé pour protester contre la situation économique). Ce mélange détonant de régression économique et de progression du chômage fait de la Tunisie le maillon faible du monde arabe et du Maghreb.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Ftouh Souhail pour Dreuz.info.

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