Publié par Sidney Touati le 28 octobre 2018

Dans l’ancien régime, le droit est appliqué en fonction de l’ordre dont les parties relèvent.

La loi qui n’est pas « universelle », ne s’applique pas à tout le monde de la même manière.

La Révolution de 1789 va supprimer les privilèges attachés au clergé ou à la noblesse.

La loi a, en principe, vocation à s’appliquer à tous sans distinction d’appartenance ou d’origine. Le législateur produit quelques lois par an qui encadrent l’activité humaine. Les lois sont par définition au-dessus des contingences matérielles. Les lois sont les piliers de l’ordre sociétal. La sécurité juridique a rang d’absolu. Nul n’est censé ignorer la loi est la devise de la République. La loi est l’expression de la volonté générale mais elle est appliquée par des individus particuliers, des juges théoriquement indépendants des pouvoirs.

Les citoyens obéissent aux lois qu’ils se sont librement données ; qu’ils peuvent réformer, supprimer. La loi domine mais laisse chacun libre de l’interpréter à sa manière avec le risque d’être sanctionné s’il se trompe. L’Etat de droit se caractérise par la faculté que chacun possède de contester la loi, ou plutôt ses applications spécifiques. A cet âge de culture politique, au plan des institutions, le pouvoir exécutif est soumis au pouvoir législatif.

Tout change avec l’instauration de ce que l’on a appelé l’Etat Providence.

Les situations de fait, l’origine sociale et les conditions concrètes, vont prendre une importance prépondérante. Le droit découle de plus en plus des situations matérielles.

La loi qui était dans l’Etat de droit au dessus des faits, est remplacée par la norme qui en est l’expression. Progressivement, la justice sociale imprime son sceau à la justice.

Le législateur court derrière les situations concrètes. La multiplicité des lois dérive de la complexité du réel. Au plan institutionnel, le pouvoir législatif est soumis au pouvoir exécutif.

La loi se décline en une multitude de Codes : de la famille, du travail, de la consommation, de l’urbanisme, des impôts… La loi est étroitement liée aux conditions concrètes d’activité et comme dans l’ancien régime, chacun sera soumis à telle ou telle loi en fonction du groupe ou de l’activité de laquelle il relève.

L’individu a perdu son unité. Il devient multiple. Ainsi un homme marié, propriétaire, salarié, assuré, hospitalisé… sera soumis à chaque fois à une législation spécifique correspondant à tel ou tel tronçon de son être social, à tel ou tel aspect de son activité, de sa position etc.

A ce stade de complexité, la loi est diluée dans la multiplicité indéfinie des normes concrètes que nul ne peut connaître.

Dernier stade de ce processus de dissolution de la loi : la disparition de l’individu, de la personne humaine.

Le pouvoir politique qui dominait le pouvoir législatif et judiciaire va progressivement être lui-même soumis à la bureaucratie proliférante que la multiplication exponentielle des normes génère.

La personne humaine perd progressivement toute distinction et toute identité.

Pour se prêter à ce règne des normes, au fractionnement indéfini des règles, l’homme devient un être abstrait, vide de toute déterminations majeures, prêt à subir toutes les normes, à épouser toutes les situations. Il n’est plus d’un quartier, d’un pays, d’une religion, porteur de traditions… Le nouveau système social-bureaucratique-libéral le chasse de l’espace et de la temporalité publics.

Les repères historico-traditionnels entrent dans un processus d’effacement. On supprime les « croix », les marchés de Noël, les crèches, les Saints du calendrier… L’être social dans sa richesse passe par une sorte de grande lessiveuse. On passe à la javel de l’oubli, de la censure, la mémoire collective du passé.

Ultime stade du processus de dépersonnalisation des hommes, la perte de leur identité sexuelle. L’homme actuel tend à ressembler au prisonnier des camps de concentration, dépossédé de toute identité, réduit à n’être qu’un numéro tatoué sur son bras.

L’univers bureaucratique franchit un pas que même le système nazi n’avait osé franchir, en privant les hommes et les femmes de leur identité sexuelle. Le code civil suit cet ultime gommage des identités fondamentales. Il n’y a plus ni père, ni mère mais le terme générique de parent.

Freud disait : l’anatomie, c’est le destin.

Faux répondent nos modernes censeurs qui espèrent abolir au plan du droit, l’anatomie, ramener l’être humain au règne minéral en prononçant la suppression-confusion obligatoire des genres.

Hier on percevait l’être humain à partir du symbole de la « cellule ». On parlait de la cellule familiale… Mais, horreur absolue, la cellule est sexuée. Il y a des spermes et des ovules. Pour réduire l’être humain à l’atome, il faut lui ôter cette distinction fondamentale.

Les atomes sont asexués. Les hommes doivent l’être également. Le totalitarisme nazi ou stalinien ńest pas parvenu à abolir l’être humain. Il lui a laissé son sexe. Les tenants du totalitarisme bureaucratique veulent s’affranchir de cette limite. Ils sont « trans-genres ».

Les totalitarismes du XXème siècle, sont parvenus à déshumaniser la société. Mais pas totalement. Ils ont commis l’erreur de laisser aux hommes leur nature animale.

La terreur moderne entend bien corriger cette erreur. L’homme deviendra un être totalement abstrait, totalement vide. Il sera privé de son identité sexuelle, devenue une sorte de variable accessoire. Accessoire à quoi ? A un cogito vide, néantisé.

L’univers déshumanisé pour se désanimaliser doit passer par le règne de la machine. La haute technologie, l’intelligence artificielle ne sont pas utilisées comme des moyens favorisant les relations humaines mais comme moyens de les détruire, de les occulter. Les rapports humains directs s’effacent, cédant la place à la médiation avec la machine.

La bureaucratie dans son stade ultime, veut régner sans que l’homme intervienne directement.

Hier on pouvait entrer en contact avec n’importe quel employé de la fonction publique ou des grandes firmes privées. On pouvait appeler. Derrière un numéro de téléphone, il y avait une personne. On pouvait demander des explications, être entendu, reçu… Avec la généralisation des plateformes téléphoniques, au bout d’un numéro il y une machine à laquelle il faut obéir. Tapez 1, tapez 2… Quand après une multitude d’essais on parvient enfin à obtenir un interlocuteur, celui-ci, situé à l’autre bout du monde, vous informe qu’il n’a aucun pouvoir. Il vous renvoie au site internet. Donc à la machine.

Rencontrer un employé, un « responsable » devient « Mission impossible ».

La mécanisation des rapports sociaux devient la règle. L’homme disparaît. Les normes et les sanctions sont progressivement embarquées dans l’univers de l’automatisation dont les PV automobiles sont le modèle. Une machine flashe le contrevenant, qui reçoit le PV dans sa boîte aux lettres, lequel PV est prélevé automatiquement sur « son » compte bancaire, lieu quasi-exclusif des échanges économiques.

Le papier-monnaie qui requiert le rapport direct, tend à disparaître.

La bureaucratie fonctionne sans intervention humaine, les quelques rares intervenants dans ce circuit étant de simples auxiliaires des machines.

Restait le juge devant lequel on pouvait enfin s’expliquer directement.

Déjà, en raison du nombre de plus en plus important de litiges, la plaidoirie orale tend à disparaître au profit des conclusions écrites.

Mais il y a plus grave.

Les dernières réformes de la justice prévoient de rendre obligatoire la médiation de la machine. Tous les échanges devront passer par internet. Là encore on assiste à la disparition des rapports humains. Les parties au procès n’ont plus de contact direct. L’informatique et ses règles impose au droit ses contraintes spécifiques, sa logique. Très vite, elle va changer de statut et basculer du monde des outils à celui des fins.

Ultime avatar de cette chute. Le plus terrifiant.

Bientôt la justice sollicitera les machines dans la formation des jugements. Avocats, magistrats deviennent les auxiliaires passifs de cette mécanisation du judiciaire.

La liberté humaine face à la loi se manifeste par la multiplicité des jugements, parfois contradictoires, rendus par les juges. Le pouvoir des lois est relativisé par cette multiplicité des jugements. Le système, soumis à la tension liberté-lois, évolue sans cesse.

La justice n’est pas rendue de la même manière ici et là. Le voleur de pommes connaîtra un sort différent selon qu’il est jugé à Mande ou à Bobigny, en première ou en deuxième instance. La tension justice/tradition contribue à la personnalisation des « pays », à la diversité des identités. A l’inverse, la machine rassemblant la totalité des informations juridiques, sociales, médicales… émettra du Nord au Sud, d’Est en Ouest, un unique jugement. L’orientation des jugements se fera à partir des paramètres et des objectifs que l’on aura rentrés dans la machine.

Le pouvoir du groupe dirigeant s’exercera alors de manière totalitaire. Pour la première fois dans l’histoire, les ordres donnés par le pouvoir n’auront plus besoin de la médiation des autres hommes pour être transmis et exécutés.

La parole du dictateur s’imposera à tous sans subir la moindre distorsion, de manière quasi-immédiate.

Le recours à l’informatique ayant été rendu obligatoire dans toutes les sphères de la vie, la surveillance et les sanctions éventuelles des conduites humaines, sera permanente et automatique. Chacun sera observé-guidé-sanctionné à chaque instant de son existence, par ce sur-moi mécanique monstrueux. Les dérives actuelles de la Chine donnent un avant-goût de ce qui nous attend.

L’Europe, fascinée par les grandes dictatures, (Iran, Chine…) tente d’adapter ce terrifiant modèle à nos sociétés « libérales ». Sa politique prône un changement radical de civilisation. Dans le nouvel espace culturel, l’homme libre et responsable cessera d’exister.

La loi devenue immanente, s’appliquera aux hommes dans la société d’une manière proche de celle qui s’applique aux animaux dans la nature.

En soi, l’informatique n’est ni bonne, ni mauvaise. Selon l’usage, elle peut servir à détruire ou à construire.

La nouvelle révolution technologique aurait pu servir au développement des humains, de tous les humains. La technocratie bruxelloise et mondialisée a décidé d’en faire le redoutable instrument rendant possible la domination sans partage des castes dirigeantes sur le reste de l’humanité.

Le monde qu’elle nous tricote conduit à la création d’une classe de surhommes vivant très au-dessus de la condition servile réservée au reste d’une humanité rabaissée au rang de troupeaux épars.

L’homme créé par trois mille ans de culture, est sur le point disparaître.

Chacun doit réfléchir et se poser la question: quel usage dois-je faire de la minuscule parcelle de liberté dont je dispose encore ?

Comment entrer en résistance contre le totalitarisme bureaucratique que l’Union européenne est en train de mettre en place ?

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