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Publié par Dreuz Info le 19 novembre 2018

A l’occasion du troisième anniversaire de la tuerie barbare du Bataclan, il nous semble nécessaire de republier ce témoignage, tant la France n’exprime que mépris pour ses victimes. Joseph Anticevic, 47 ans, était au Bataclan le 13 Novembre, où il a perdu sa femme.

Il fait souvent le même cauchemar. La nuit, le jour, n’importe quand. Parfois, les images surgissent au milieu d’une discussion, sans prévenir. «Je me revois en train de marcher sur les cadavres pour m’enfuir. Le plus dur, ce n’est pas la vision, mais la sensation. Marcher sur des corps, le sang jusqu’au mollet, cette sensation est horrible.» Son visage grimace, puis se referme. Il dit : «Mon problème, c’est d’avoir survécu.»Joseph Anticevic, 47 ans, est un survivant du Bataclan. Une ou deux balles ont transpercé sa chemise, au niveau de la taille, passant à quelques millimètres de sa chair. Sa femme, Armelle, a été tuée. Elle est tombée devant ses yeux alors qu’ils essayaient de se sauver, juste avant l’assaut policier. «J’ai cru qu’elle avait trébuché.» Dans la précipitation, ils sont séparés. Il la cherchera quatre-vingt-seize heures. Une attente interminable que nous avions racontée. Que le Bataclan rouvre aujourd’hui ses portes le rend complètement dingue. «Je tourne en rond depuis une semaine. Cette idée que des gens puissent faire la fête à l’endroit où elle a été assassinée, je ne peux pas le supporter. J’ai la rage.» Il voulait se pointer à l’ouverture avec une pancarte «Bon concert, amusez-vous bien». Ses amis l’ont dissuadé : «A quoi bon. Laisse faire, les gens sont passés à autre chose. Calme-toi, Jo.»

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«du vent»

Jo, comme tout le monde l’appelle (exception faite de sa mère) est un colosse de 111 kilos. Des mains comme des palmes, souvent serrées. La voix qui porte, une grande gueule, la tchatche facile. Sans filtre. Aujourd’hui, il a besoin d’être écouté. «Je veux raconter, que les gens sachent, j’en ai besoin. Personne ne doit oublier ce qu’il s’est passé.» Il serre les dents et les poings. Son corps entier lui fait mal. Le dos, les jambes, comme si chacun de ses muscles était contracté en permanence par la colère. «Cette haine que j’essaie de contenir de toutes mes forces à chaque instant, je ne peux pas la cracher, je ferais peur à tant de monde. Mon discours dérange.» Il se dit lui-même «inécoutable», les mots «fraternité» et «vivre ensemble» lui donnent la nausée. «Comment supporter ces pseudos excuses socio-économiques qu’on trouve à ces fachos qui ne veulent pas de notre façon de vivre ? Ils m’ont tout volé. Celle que j’aimais, celui que j’étais. Bientôt, on va me dire qu’on n’aurait pas dû aller à ce concert.» Il parle de cette société dans laquelle il ne se reconnaît plus, de ces discussions qu’il n’arrive plus à tenir parce que les gens «de toute façon ne peuvent pas comprendre». Il mime avec un certain talent (on a ri) ces personnes bien intentionnées qui posent leurs mains sur les siennes et disent avec compassion : «Sois fort, Jo, tiens bon. Pour les enfants.» «Comme si j’avais le choix, comme si je pouvais m’écrouler.» Ou bien ces «salut, ça va ?» que l’on dit par automatisme, forcément maladroits. Parfois, il arrive à répondre avec humour : «Oui, écoute, là, ça va super bien. Comment te dire, au top.» D’autres fois, il collerait bien des pains.

En juin, l’année scolaire terminée, Jo et ses deux enfants de 12 et 14 ans ont quitté Paris pour le Sud. Les gamins voulaient fuir, retrouver l’anonymat. «Peut-être, un jour, on reviendra. On était content de partir, on en avait besoin. Surtout eux, c’est vachement dur. Depuis qu’ils sont ici, ils respirent, ils ont moins peur.» Ils ont poussé comme des tiges en quelques mois. «Le soleil, le changement d’air», sourit Jo. Il loue une belle maison, avec de grandes baies vitrées et une statue dans le jardin. «Le beau me calme. C’est la seule chose qui me fait un peu de bien. Je me démerde pour que les enfants ne manquent de rien. Ils ont perdu l’essentiel.» Il montre un oranger, près du portail. Un cadeau de copains, en souvenir d’Armelle. Il a plein de petites pousses, alors qu’il battait de l’aile à Paris. «J’ai fait tellement d’efforts pour avoir une belle vie de famille. A quoi ça a servi ? A rien. On vivait un truc magnifique avec Armelle. Pour en arriver là. Je survis pour mettre les enfants sur les rails, c’est tout.»

Tout a perdu son sens. Son boulot – il organise des croisières pour amoureux sur la Seine. «C’était une idée d’Armelle, River limousine. Un projet de couple. Seul, quel intérêt ?» Il n’a pas envie de s’étendre sur les galères administratives qui ont jalonné son année. Il y a pourtant à dire. Les façons de faire du Fonds de garantie des victimes de terrorisme, suspicieux sur tout, «comme si ton but dans la vie, c’était de les entuber». Un pote avocat se bat pour lui obtenir davantage que la somme proposée, mais lui ne se fait aucune illusion. «Toutes ces promesses d’une réparation juste, blabla, c’était du vent.» Il pourrait aussi raconter le manque de tact, notamment à l’école. Quand il a dû se battre comme un lion, jusqu’à faire appel au ministère, pour que la petite soit dans le même établissement que son frère, parce que le rectorat ne voulait pas accorder de dérogation. Ou cette prof qui n’a rien trouvé de mieux que de lui répondre «on a tous des problèmes» à propos des notes en chute libre de son fils au printemps. Les enfants sont pupilles de la nation, «mais dans les faits, toujours pas. Apparemment, ils sont débordés. Ça fait juste un an !» Il préfère sourire en repensant à cet appartement HLM qu’on lui a proposé… en face de l’une des terrasses attaquées le 13 Novembre.

Issues de secours

Il part farfouiller dans son bureau, en revient avec une feuille griffonnée. Quelques phrases, des choses à ne pas oublier de dire. Sa vie «cramée»,cette «cicatrice qui ne se refermera pas», «l’importance des amis, de ceux qui restent». Il parle de ces choses difficiles que les familles endeuillées connaissent, quand viennent les dates anniversaires, les fêtes de famille. Le manque charnel de l’être aimé. Les odeurs. Les photos disséminées dans la maison, sans savoir s’il vaut mieux en rajouter ou en enlever. Ces kilomètres avalés dans la nuit pour se recueillir sur la tombe d’Armelle, à Paris, parce que les enfants ont besoin de lui parler. «Ces trucs que tu découvres quand tu te retrouves seul avec tes gosses.Quand ta fille te dit qu’elle a envie de faire du shopping.»Cette angoisse que partagent tous les parents célibataires : «Ne pas pouvoir tomber malade, parce qu’ils n’ont que toi.»

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Et puis, il y a l’indicible, ce qui relève du traumatisme de l’attentat. «Les psys, je crois qu’ils ne savent pas vraiment gérer, ils ne sont pas préparés à ça.» Cela dit, il adore son nouveau psychiatre, «un homme extraordinaire. Le seul à m’avoir dit la vérité : je ne m’en sortirai jamais». Il a tenté la fameuse méthode EMDR, fondée sur le mouvement des yeux. «Ça m’a permis d’évacuer quelques images, mais il y en a tellement.» Il pense souvent à ces soldats qui ont vécu la guerre, aimerait les aider. En parlant, les images reviennent. «J’ai tout vu. Les corps tomber les uns après les autres. J’étais allongé comme ça» : il s’étale au milieu de son salon, sur le dos. «J’arrêtais pas de me dire, « putain mais ça va s’arrêter ». Mais non, ça continuait.» Il s’empare de notre calepin pour dessiner le plan de la salle. «On aurait dû s’enfuir tout de suite par là, suivre ce videur qui avait pigé. J’ai pas eu cet instinct. J’aurais dû l’avoir.» Il serre les poings. «Maintenant, je sais faire. Je ne me ferai plus avoir. Je suis prêt, mes enfants aussi.» Il dit ne pas vivre dans la peur, mais repère les issues de secours dès qu’il arrive quelque part. Il ne prend plus de TGV, «des souricières». Conseille un «bouclier. Avoir toujours un bouclier».Un bureau renversé, un humain, à défaut. La nuit reste le moment le plus difficile. Dormir le terrifie, «parce que dans ces moments-là, malgré moi, je relâche. Je ne suis plus sur mes gardes».

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