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Publié par Dreuz Info le 24 novembre 2018

L’idée d’un jihâd qui se bornerait en une lutte spirituelle contre ses désirs charnels a envahi toutes les discussions contemporaines sur l’islam. Ses irénistes et fanatiques partisans se fondent immanquablement sur l’étymologie de la racine arabe jhd, la liant à la lutte et non à la guerre.

Jacqueline Chabbi, “Lire le Coran autrement”,

Une lecture anthropologique et historique du livre saint de l’islam est-elle possible et souhaitable ? Jacqueline Chabbi défie nombre des lieux communs attribués au Coran pour proposer une autre vision de ce que serait l’islam “premier”, revendiqué et capté par les djihadistes. Entretien.”

Cette vidéo YouTube de 37 min (ajoutée le 25 oct. 2016, par Mediapart) fait la promotion du livre de Jacqueline Chabbi fort complaisante avec un islam fantasmé reconstruit de toute pièce (Les trois piliers de l’islam – Lecture anthropologique du Coran*. Seuil, 2016). Outre que l’auteure occulte la triste vérité du jihad pour mettre en évidence une hypothétique humanité de l’islam des origines, à la fin de la vidéo propagandiste on apprend le plus grave. Le livre à peine publié est conseillé par les “experts” du ministère de l’Éducation nationale français à l’agrégation d’histoire/d’arabe et au CAPES (certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré) d’histoire-géographie/d’arabe. Cette apologie abusive d’un “islam de tolérance et de paix” est également proposée en support aux programmes d’histoire dans les manuels scolaires des élèves et aux étudiants d’histoire à l’université. C’est un procédé particulièrement pervers et sournois de manipulation et d’endoctrinement des jeunes générations de modifier leur perception du réel historique bâti sur des légendes qu’on leur impose [NDLR FS].

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D’autres inconditionnels de la RATP (religion d’amour, de tolérance et de paix) essaient de montrer que l’islam, à ses origines, était un mouvement pacifique. Karen Armstrong, dans son livre Muhammad, cite la tradition du “grand jihâd” et insiste sur le fait que les combats n’étaient “qu’une partie mineure de tout le jihâd”.

L’universitaire très “courant dominant” Jacqueline Chabbi [1] [2] talonnée de ses pales répétiteurs, entre autres, Rachid Benzine [3], démentent tout lien entre la paisible “société tribale d’origine” et la violence. Cette tribu isolée d’Arabie aurait sacralisé la vie à un degré inégalé. En effet, selon l’auteure, la violence n’est que pur effet de style littéraire hyperbolique, elle serait l’œuvre de lectures obvies tardives qui auraient corrompu la tendresse du message initial lors de sa “sortie d’Arabie”. Pourtant, la tradition islamique médiévale reprend à son compte ce thème du combat spirituel et verbal. Le prophète de l’islam Mahomet aurait dit (dans un hadith) à ses compagnons après leur retour de la bataille : “Vous venez du petit jihâd, allez au plus grand jihâd – la lutte d’un serviteur [de Allah] contre ses désirs.”

Quelle est la vérité dans ces études récentes sur les motivations des premiers musulmans, plus spirituelles que matérielles ? Quel bilan sur 1400 ans se demande Aldo Sterone ? [4] Examinons cet argumentaire postulant un berceau initial pacifique et d’un chamelier épris de lutte spirituelle, argumentaire qui révèle les fantasmes des uns et les lacunes des autres, voire d’une mauvaise foi évidente sur les réalités historiques.

Une grille de lecture chaotique emplie de lacunes et d’anachronismes

De prime abord, il est surprenant de voir, à l’aune de cette tendresse présupposée du chamelier Mecquois Mahomet “soucieux d’allier sa tribu à la divinité Allah”, la célébration continue et grandiloquente des conquêtes islamiques. Ces dernières, dans le film islamique Constantinople Fetih 1453 [5] ne sont jamais déplorées, aucun remords n’est audible concernant les meurtres et les asservissements. Les grands combattants des conquêtes sont toujours mis sur un piédestal. Les meneurs de celles-ci sont chéris comme des figures saintes, du moins par l’islam sunnite. En outre, ces adeptes de l’étymologie devraient dire que l’expression coranique exacte et complète est jihâd fi sabil Allah, “combat dans le sentier d’Allah”, un effort pour la cause d’Allah et celle de la charia. Seule la mort dans le jihâd assure l’entrée au paradis. En effet, selon le Coran, l’application rigoureuse des cinq piliers de la foi musulmane n’assure aucunement une place au paradis. Mais la seule manière d’y assurer son entrée, c’est de mourir dans le jihâd (d’où la profusion des candidats au martyre de nos délinquants arabo-musulmans modernes).

Dans aucune des six collections de hadiths, reconnues par l’islam sunnite, il n’existe la moindre mention d’un “grand jihâd” pacifique ; le jihâd est toujours considéré comme une guerre sainte. Le concept du “grand jihâd” est une fabrication tardive, totalement ignoré par la tradition primitive. Le juriste et savant musulman, fondateur de l’école de droit musulman chaféite, Al-Shafi’i (767-820), est le premier ayant exposé la doctrine selon laquelle le jihâd doit être une guerre permanente contre les non-croyants et non pas seulement lorsque ceux-ci entrent en conflit avec l’islam. L’hanbalite intransigeant théologien et jurisconsulte Ibn Taymiyya (1263-1328), inspirateur du courant wahhabite et salafiste, a proclamé que les musulmans doivent imposer l’islam par la force aux non-musulmans si ceux-ci empiètent sur le dar al-islam, le “territoire de l’islam”, extensible à l’infini et nie toute authenticité au hadith précité.

Il faut noter enfin que pour bon nombre de tendances chiites, le jihâd offensif est interdit jusqu’à l’avènement du Mahdi, le guide et rédempteur eschatologique attendu à la fin du temps, puisque ce dernier est la seule autorité légitime pour déclarer et appeler à la guerre sainte. Fidèle à l’enseignement de la ‟Révélation”, le droit islamique, le fiqh, s’est en effet plu à distinguer radicalement le croyant de l’infidèle, le musulman de l’impie, et à en tirer les conséquences juridiques pratiques découlant du manichéisme coranique et de l’exemple du prophète. Ces normes sont admises par pratiquement tous les exégètes musulmans et l’écrasante majorité des jurisconsultes musulmans classiques.

Alfred Morabia [6] auteur d’une monumentale étude sur le jihad, n’hésite pas à évoquer le fameux verset du sabre (Coran, 9:5), “considéré par les docteurs de l’islam comme venu abroger ces dispositions favorables” et de poursuivre en affirmant que “la règle définitive est qu’il faut mener un combat offensif et permanent contre les impies, même s’ils n’ont pas pris l’initiative des combats”, leur impiété constituant “une atteinte à l’islam et aux droits d’Allâh. Sami Aldeeb a confirmé ces dires par un travail de fond sur les sujets du jihad et un autre sur la violence inhérente à l’islam [7] [8].

L’islamologue Marie-Thérèse Urvoy indique que la conception coranique du jihâd est très liée à l’ensemble des événements violents de fondation et de première expansion de l’islam.[9] “On ne saurait opposer, continue l’auteure, le jihâd au qitâl (combat). Qu’il y ait, dans les 18 occurrences où le sens reste vague, possibilité pour les musulmans de greffer la théorie du jihâd majeur contre soi-même, on peut l’admettre. Mais il est illégitime d’affirmer que le jihâd coranique est uniquement spirituel.” Certains mystiques soufis médiévaux ont minimisé la centralité de la guerre sainte (mais pas tous ; beaucoup parmi les plus éminents étaient eux-mêmes des jihadistes). Dans son ouvrage Muqaddima, les Prolégomènes, le philosophe, théologien et juriste andalou Ibn Rushd (Averroes) classe le jihâd dans quatre catégories, celles qui sont reprises ensuite indéfiniment à ce jour : le jihâd du cœur, le jihâd de la langue, le jihâd de la main et le jihâd de l’épée. Cependant, François Sweydan écrit [10] : “Il est fondamental de comprendre que les deux se confondent, le “petit jihâd” ou “jihâd de l’épée” est une injonction religieuse, commandement par lequel se réalise un “grand jihâd” et vice-versa. La “petite guerre sainte” est une action sacrée de l’ordre du religieux qui exprime et atteste la réalité de la “Grande Guerre sainte.”

Nouveaux paradigmes nébuleux

Le “nouveau paradigme anthropologique” qui permet à Jacqueline Chabbi de dédouaner Mahomet de toute violence, se heurte à l’archéologie, à l’histoire et aux manuscrits des non musulmans de ces époques. En effet, le contexte dans lequel a réellement évolué le “doux” Mahomet était plongé dans une guerre Sassanide-byzantine où les tribus arabes tant Lakhmides que Ghassanides étaient activement impliquées en tant que mercenaires. Jérusalem venait d’être prise en 614 par “les Perses impies”. Les temps étaient ceux “de leur divin carnage”, acte de piété selon Héraclius destiné à purifier la terre. Ces “adorateurs des étoiles et de la lune” selon Georges Pisidès, le panégyrique militaire d’Héraclius, devaient être passés au fil de l’épée. La relation entre ces deux personnages est si étroite que la biographie de l’un semble tirée de celle de l’autre. L’année où Héraclius renversait Phocas et où il lui coupait la main (610) correspond aux premières illuminations de Mahomet. L’année 622 où Héraclius partait en campagne, Mahomet démarrait son hégire (grand départ). Tous deux ceignent le glaive durant cette année : 3 avril 622 pour l’un, 2 juillet 622 pour l’autre. L’année où Mahomet subit la persécution des Quraychites, Héraclius est en proie à la dépression. En 624, Héraclius déjouait en Albanie Sarbar et les généraux perses, trois cents Arabes de Mahomet mettaient en fuite mille infidèles à Badr. En 625, Héraclius manquait de périr à Sarus contre Shahrbaraz. Mahomet, lui, était blessé et vaincu au mont Ohud. En 628, la paix était imposée aux Perses par Héraclius et par Mahomet aux Juifs de Khaïbar. Le pèlerinage de l’Empereur à Jérusalem se fait en 629 et Mahomet regagne la Mecque en 629. Au siège de Constantinople correspond le siège de Médine (626).

Aussi le tendre terreau de sables où se seraient déroulées les joutes théologiques du ‟paisible” chamelier demeure utopique et sa biographie – selon la tradition islamique fantasmée – à laquelle se réfère Jacqueline Chabbi est une réécriture tardive de celle du guerrier byzantin. Alors que toutes les découvertes actuelles [11] soulignent le long travail de composition du corpus coranique et de la canonisation très tardive de La Mecque, on peut se demander avec François Sweydan : “Quelle grille de lecture (“historicisante”) serait-elle possible d’un texte coranique qui fut une construction hétéroclite polymorphe a posteriori et deux siècles durant après la mort de Mahomet ?” Cette grille de lecture tribale mecquoise de Chabbi tombe à l’eau du fait que La Mecque n’existait pas et n’était qu’un trou inondable au temps de Mahomet.[12] Donc, comment fonder une analyse du milieu sur une localité inexistante en 622 ?

Non Madame Chabbi “l’islam ne démarre pas à La Mecque” sauf dans la légende dorée des discours islamiques. A aucun moment, cette spécialiste de l’arabe ne fait référence à l’analyse des transformations sémantiques et modulations lexicales opérées par le Coran sur les différents dialectes arabes existant à l’époque ni aux réformes de la langue arabe, ni aux expressions syriaques qui sont pléthore. Elle présuppose une langue arabe déjà formée dès le sixième siècle et universellement partagée par toutes les tribus.

Un contexte fondamentalement marqué par des conquêtes sanglantes

Le jihad reflète une idéologie de la conquête, inscrite au cœur même de la première société islamique. Il est ‟l’A.D.N” de cette idéologie. Robert Hoyland, historien à l’Université de New York, montre dans son œuvre magistrale In the God’s Path [13] que l’histoire de la montée de l’islam est en grande partie une histoire de conquêtes militaires : l’expérience de la communauté islamique est inextricablement liée à ses campagnes militaires contre les non-musulmans. Celles-ci ont débuté dans la péninsule arabique et se sont poursuivies dans toute l’Afrique du Nord et subsahariennes, le Proche et Moyen-Orient, l’Iran et Asie. Le succès des premières conquêtes a suscité les nouvelles et les califes musulmans étaient jaugés à leur succès dans cette lutte sans merci contre les forces non musulmanes. Le dar al-islam, “la maison/territoire de l’islam”, n’a cessé de croître. La primauté de la guerre dans la première communauté islamique se reflète dans la littérature islamique ancienne. Les premières biographies de Mahomet sont simplement appelées, Le livre des raids (Kitab al-maghazi) et beaucoup d’histoires de la dernière période sont connues sous le nom de Les conquêtes (Al-futuhât). Les victoires de l’islam sur le champ de bataille, son triomphe sur les infidèles, sont autant de signes de faveur divine. Dans toutes les directions, les vainqueurs étaient à la recherche sans relâche de nouveaux peuples et territoires à attaquer et à subjuguer. Le plus grand espoir était bien sûr Constantinople. En 674–78 et à nouveau en 717–18, des campagnes massives ont été organisées par les souverains omeyyades à la conquête de la capitale de l’Empire byzantin. Ces campagnes se terminent par un échec.

“Fred Donner a montré que les conquêtes islamiques étaient le fruit de la naissance d’un ‟État islamique” pour la première fois à même d’organiser son expansion et Michael Bonner a lié étroitement cette genèse de l’État musulman et le développement du jihâd” (cf. note 10). Les musulmans devront attendre 1453, année à laquelle les Turcs ottomans vont prendre la ville. François Sweydan souligne “que la basilique Sainte-Sophie de Constantinople fut ‟sacralisée” mosquée en 1453 avec l’appel à la prière, ordonné par le sultan Mehmet II le Conquérant. Après le massacre abominable des prêtres et des fidèles (les femmes prises comme butin, candidates au viol ‟halal”), un imam est monté en chaire pour l’appel à la prière de la victoire et rebaptiser l’édifice.  Avant d’entrer dans la basilique, Mehmet II a pris lui-même un prisonnier chrétien, mis à genoux, égorgé comme un mouton. Puis le sultan plonge sa main dans la flaque de sang et apposa sa paume (main de Fatma [14]) à l’un des battants en bronze de la porte de la basilique ; geste symbolique d’un sacrifice à Allah et d’islamisation du lieu en prononçant “bism Allah” (au nom d’Allah), avant d’entrer dans les lieux pour la première prière.”

Le militantisme de la première société islamique est à l’image des autres sociétés de l’époque. Les califes s’appuyaient souvent sur les négociations stratégiques pour gagner la soumission des villes sans combat. Quand les opposants résistaient, ils étaient massacrés sans pitié. Hoyland raconte l’histoire des sept mille Byzantins tués par le premier calife omeyyade Muawiya à Césarée en 641 et des quarante mille habitants des villes iraniennes de Jur et Istakhr massacrés en 650. Il décrit les exécutions de masse accompagnant la conquête islamique de l’Espagne, à ce propos un chroniqueur chrétien déplore qu’un dirigeant musulman “condamne les seigneurs et les hommes puissants à la croix et les jeunes abattus et les nourrissons avec l’épée.” Ainsi ce qui distingue les conquêtes des Arabes des conquêtes des autres n’était pas la morale, mais plutôt le succès. Les Arabes ont sauvagement vaincu leurs ennemis.

Un jihad estampillé islamique au IXème siècle

Les sources islamiques suggèrent que les Arabes se sont soudainement réunis sous la bannière de l’islam et ont lancé une campagne militaire sans fin. Cependant un large éventail de sources – principalement chrétiennes – en syriaque, grec, latin, arménien font mention de conquêtes bien avant l’apparition de documents islamiques. Ces sources changent considérablement l’image des conquêtes. Les tribus arabes, avec d’autres peuples, tels que les Turcs et les Avars, avaient déjà commencé à faire des raids à la fois sur l’Empire byzantin et l’empire sassanide bien avant l’islam.

Selon Hoyland “Les conquêtes arabes n’ont pas été initiées par Mahomet seul, mais ont commencé avant lui.” L’analyse des sources non islamiques associée à un examen des inscriptions et des pièces de monnaie montre que l’islam n’existait pas au moment des premières conquêtes. Hoyland note qu’il n’existe “aucune preuve de l’islam” avant le règne du calife omeyyade Abd al-Malik (685–705). Le christianisme se répandait parmi les Arabes à l’aube de l’islam. Cela est attesté par une inscription arabe-grecque datée 567 dans le sud de la Syrie sur un martyrion chrétien. Ce graffito (doc 2) du cinquième siècle prouve que l’arabe était utilisé pour la diffusion du christianisme. Hoyland montre que l’arabe – comme l’araméen/syriaque – était avant tout une langue chrétienne. C’était la situation culturelle idéale pour l’arrivée d’une figure prophétique qui aurait prétendu recevoir la parole d’Allah en arabe d’un ange.

Au début, les conquêtes étaient “arabes” et pas encore “islamiques”. Les conquérants arabes s’installaient généralement dans les villes de garnison et évitent de se mêler aux populations conquises (par exemple pour ce qui est de la conquête de l’Égypte en 640). Pendant longtemps, les postulants à l’islam avaient besoin de s’associer à une famille arabe. Quand l’islam s’est finalisé au début du VIIIe siècle, la guerre était naturellement traitée comme un élément central de la foi. Le développement doctrinal de l’islam a donc impliqué l’incorporation d’une culture militante de la conquête. Les doctrines islamiques sur le jihâd, ont été façonnées et canonisées seulement durant cette période.

Entre désir et obligation

La violence de l’islam sacralisée par le jihâd est donc une notion qui recouvre à la fois une réalité historique continue, celle de la conquête de nombreux territoires et de l’établissement d’un empire musulman, mais également une obligation coranique religieuse qui fait l’objet d’une élaboration juridique. Le site oumma.com déclare [15] : “l’Islam non seulement peut, mais doit conquérir les corps à la pointe de l’épée, l’esprit suivra. La religion qui sut conquérir les cœurs devint une religion de conquérants, l’épée dégainée pouvait suppléer à la “Parole” révélée.” L’idéal porté par le jihâd demeure une sorte de désir inassouvi de paradis perdu, de regret mélancolique d’un passé glorifié et mythifié sur lequel on soupire et pour lequel aspire, à voir ressusciter cet âge d’or où régneront, souverainement, dans l’univers entier, la Parole et l’Ordre d’Allah et de Sa Faction.

Il semble que nos différents auteurs irénistes n’aient pas eu l’occasion d’analyser les différents corpus canoniques de la religion musulmane et n’aient jamais eu ne serait-ce qu’une maîtrise élémentaire du sujet. Ni l’exégèse coranique, ni la Tradition islamique au sens large, ni la position juridique des différentes écoles musulmanes ne leur sont familières. Les découvertes archéologiques et numismatiques leur semblent inconnues. Il est évidemment insensé de traiter de la question de la violence de l’islam et de la douceur originelle du chamelier Mahomet retranché dans le fond de l’Arabie, loin des guerres ambiantes, en faisant l’impasse de pareilles données [16] rigoureusement indispensables pour comprendre le cœur de cette idéologie pétrie de violence et de conquêtes territoriales.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Leila Qadr pour Dreuz.info.

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Doc 1. Miniature montrant l’exaltation du jihad

 

Doc 2. Graffito funéraire du Vème siècle avec une inscription arabe chrétienne près de Najran

Notes :

[1] Jacqueline Chabbi : Coran & Anthropologie Historique (20 juil. 2016).

[2] Jacqueline Chabbi, Les trois piliers de l’islam – Lecture anthropologique du Coran*. Seuil, 2016.

[3] Rachid Benzine. L’islam et son histoire d’hier à aujourd’hui (9 oct. 2015).

[4] Aldo Sterone, Le mensonge du « Djihad Spirituel » (28 mai 2017).

[5] Un film sur la conquête de Constantinople galvanise les Turcs, mais pas les historiens (9 mars 2012).

[6] Alfred Morabia,  Le jihad dans l’Islam médiéval*, Albin Michel, Paris, 1993.

[7] Sami Aldeeb Abu-Sahlieh, La violence dans l’islam*, Createspace (Amazon), 2018.

[8] Sami Aldeeb Abu-Sahlieh, Le jihad dans l’islam: Interprétation des versets coraniques relatifs au jihad à travers les siècles*, Createspace (Amazon), Charleston, 2016.

[9] Marie-Thérèse Urvoy, “Guerre et Paix”, Dictionnaire du Coran*, sous dir. Mohammad Ali Amir-Moezzi, Paris, Robert Laffont, 2007.

[10] François Sweydan, Dreuz.info, 14 sept. 2015, “Le jihad n’est pas l’islam ?”.

[11] Florence Mraizika, Le Coran décréé*, Ed. Docteur Angélique, 2018.

[12] Dan Gibson, “La ville sacrée”. La Mecque est-elle le lieu des origines ? (7 oct. 2017) : Dan Gibson, historien Canadien spécialiste des Nabatéens, affirme d’après ses recherches que les musulmans prieraient en fait dans la mauvaise direction. Selon lui, la ville des origines de l’islam ne serait pas La Mecque, mais Pétra, en Jordanie.

[13] Robert G. Hoyland, In God’s Path: The Arab Conquests and the Creation of an Islamic Empire*, 2014 ; 2016 (MP3 CD éditions) ; Oxford University Press, Reprint edition, 2017.

[14] ou khamsa, symbole de la protection d’Allah. Cette main serait un rappel du nombre des prières à pratiquer quotidiennement, chacune de ces prières étant selon eux plus ou moins liée à l’un de ces cinq noms fondateurs (Mahomet, Ali, Fatima, Hassan et Hussein).

[15] Oumma.com, 18 juin 2010, Que dit vraiment le Coran : Guerre & paix, violence, terrorisme (fin).

[16] Odon Lafontaine (Olaf), jesusoumohamed.com, 14 sept. 2017, Le silence des fouilles de La Mecque.

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