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Publié par Michel Gurfinkiel le 26 novembre 2018

En entrant en guerre aux côtés des Alliés en 1917, le président américain Woodrow Wilson avait assuré leur victoire en 1918. Mais il ne sut pas organiser en 1919 une paix durable.

Le 4 décembre 1918, moins d’un mois après l’armistice de Rethondes, le président des Etats-Unis Woodrow Wilson quitte New-York avec son épouse Edith, à bord du George Washington – un paquebot allemand confisqué. Une foule exubérante est massée sur les quais, des dirigeables et des biplans tournoient dans le ciel, le canon tonne. Destination : Paris, où se négociera la paix.

Jamais un président américain en exercice n’avait voyagé hors du territoire national : au Congrès, certains se demandent si cette « lubie » est bien conforme à la Constitution. D’autant plus qu’il emmène avec lui le secrétaire d’Etat, Robert Lansing, ainsi que les meilleurs experts internationaux du pays, prélevés sur le Département d’Etat ou recrutés à Harvard, Yale, Columbia, et surtout Princeton, l’université dont il a assumé la direction de 1902 à 1910. Un journaliste observe : « Si le George Washington rencontrait malencontreusement un iceberg, comme naguère le Titanic, l’Amérique serait doublement décapitée : politiquement et intellectuellement ». La taille même de cette délégation fait ressortir une exclusion : le président, démocrate, n’a invité aucun homme politique républicain à le suivre.

La traversée, par un temps gris et sombre, dure neuf jours. Mais quand le paquebot atteint Brest, le 13 décembre, il fait un soleil éclatant. La rade est emplie de vaisseaux de guerre français, britanniques et américains. La ville, pavoisée aux couleurs alliées, accueille Wilson au son des binious et des bombardes. Les habitants, en habits traditionnels, se pressent sur le passage du président : « Chaque mètre carré de trottoir, chaque toit, chaque arbre, avait charge d’âmes », écrit l’historienne britannique Margaret MacMillan. « Les curieux se suspendaient même aux réverbères ».

Ces masses humaines se retrouvent tout le long du train de nuit spécial qui conduit Wilson à Paris. A trois heures du matin, le médecin personnel du président n’en croit pas ses yeux quand il soulève le rideau de son compartiment : « Partout, des hommes, des femmes, de petits enfants, qui retiraient leur chapeau quand nous passions et qui nous acclamaient… » Des enfants, par une nuit d’hiver ? Oui, pour qu’ils puissent dire un jour qu’ils ont vu passer l’homme qui a gagné la guerre et amené la paix…

Cette réputation quasi-messianique n’est pas usurpée. En rejoignant les Alliés, un an et demi plus tôt, Wilson a fait basculer matériellement la guerre mondiale en leur faveur : le PNB des seuls Etats-Unis est supérieur à celui des cinq principaux belligérants européens réunis, et sa population supérieure à celle de chaque belligérant pris séparément. Mais surtout, il l’a fait basculer moralement : à travers les « Quatorze Points »qu’il a présentés au Congrès le 8 janvier 1918. Rejetant les notions d’ « intérêt national » qui avaient conduit à ce conflit sans précédent, le président américain a proposé de bâtir une paix « juste et impartiale », fondée sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ce programme a assuré un regain de combativité chez les Français et des Britanniques, au-delà des épisodes défaitistes de 1917. Il a au contraire accéléré l’effritement des loyautés dans les Empires centraux après l’échec d’ultimes offensives entre mai et juillet 1918, des désertions, des refus de combattre, la sécession de minorités nationales, et enfin, du 26 octobre au 9 novembre, la chute des Habsbourgs à Vienne et Budapest, puis des Hohenzollern à Berlin, qui allaient rendre inévitable l’armistice du 11 novembre.

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Woodrow Wilson a soixante-deux ans. Son enfance a été marquée par la guerre de Sécession, qu’il a vécue dans sa Virginie natale : donc du côté sudiste. Il ne pourra jamais se départir d’une certaine hauteur vis à vis des « gens de couleur », y compris les Asiatiques, et imposera même, quand il sera président, un retour à la ségrégation, notamment dans les forces armées. Il a aussi des idées sudistes sur les femmes : il sait leur faire la cour mais répugne à leur accorder le droit de vote. Pour le reste, élu président en 1912 sur un programme de moralisation et de modernisation de la vie politique (impôt sur le revenu, création d’une banque centrale), il est réélu en 1916 sur la promesse de maintenir la neutralité américaine face au conflit européen. Quand il se décide, au printemps 1917, à entrer en guerre en raison de multiples provocations allemandes, il présente déjà « la paix mondiale et la libération des peuples » comme son but ultime. D’où les Quatorze Points.

A Paris, où le couple Wilson passe les fêtes de Noël, à Londres et à Rome, où il se rend ensuite, l’accueil de la foule est toujours aussi extatique. Cependant, le président américain commence à mesurer les difficultés de son entreprise. Il sait, de façon abstraite, que les pertes humaines et économiques ont été énormes, de part et d’autre, et que plusieurs régions de France ont été dévastées. Mais à Paris, il voit soudain de près les séquelles de la guerre. Censée être « à l’arrière », la capitale française a été touchée elle aussi : « Les bombardements allemands du printemps et de l’été derniers avaient laissé des cratères béants au cœur de la ville », écrit Margaret MacMillan, y compris « au Jardin des Tuileries ». Sur les Grands Boulevards, « de nombreux marronniers manquaient : ils avaient été coupés pour le chauffage. On manquait de charbon, de lait et de pain. Des invalides et des soldats démobilisés mendiaient dans les rues. Une femme sur deux était en deuil. » Autre conséquence, indirecte, de la guerre : la grippe espagnole, qui continue à frapper indistinctement militaires et civils. Edward House, le principal conseiller de Wilson, manque d’en mourir en décembre. Sir Mark Sykes, le meilleur expert britannique pour le Moyen-Orient, y succombe en février.

La conférence de la paix se réunit pour la première fois au Quai d’Orsay le 18 janvier 1919 : une date symbolique, puisque c’est l’anniversaire de la proclamation de l’Empire allemand à Versailles en 1871, à l’issue de la première guerre franco-germanique. Au total, vingt-sept nations et cinq « nationalités » sont représentées. Soit plusieurs centaines de délégués, répartis en cinquante-deux commissions.

Cette conférence s’inscrit pour une part dans une tradition : les congrès européens qui, depuis le XVIIe siècle, négocient des traités de paix ou veillent à l’ « équilibre des puissances ». Les Congrès de Westphalie, en 1648, avaient mis fin à la guerre de Trente Ans. Ceux de Vienne, en 1814 et 1815, avaient réorganisé le continent après la tempête révolutionnaire et napoléonienne. Le Congrès de Berlin, en 1878, avait provisoirement réglé la question balkanique et la Conférence de Berlin, en 1884-1885, partagé l’Afrique.

Mais Paris 1919 marque d’autre part le début d’un nouveau type de relations internationales. Le premier des Quatorze Points promet de substituer une diplomatie « franche » et « publique » – nous dirions aujourd’hui « transparente » – à la diplomatie traditionnelle et à ses « accords secrets ».Le dernier stipule qu’ « une association générale des nations devait être formée à travers des pactes spécifiques en vue d’accorder des garanties mutuelles d’indépendance politique et d’intégrité territoriale à tous les Etats, grands ou petits, sur un pied d’égalité ». Ce sera la Société des Nations (SDN), à laquelle l’Onu succédera en 1945.

Peut-on souscrire simultanément à ces deux « modèles » diplomatiques ? Aujourd’hui encore, la question reste ouverte. En 1919, la réponse sera non. Certes, en théorie, les commissions travaillent nuit et jour, écoutent les revendications des uns et des autres, et accumulent les rapports. Aux Etats qui existaient avant le conflit s’opposent ceux qui viennent de naître, eux-mêmes contestés par des minorités ou des « nationalités » qui n’ont pas encore accédé à l’indépendance.

Mais dans les faits, la « diplomatie ouverte » subit d’emblée une première entorse : les vaincus sont exclus de la conférence. Pour les gouvernements issus, à Berlin et Vienne, des révolutions de l’automne précédent, c’est une trahison et surtout un désaveu, alors même que leur légitimité est fragile.

Seconde entorse : la prétendue « égalité des nations » fait rapidement place, au sein de la conférence, à la primauté des grandes nations. D’abord au sein d’un Conseil des Dix réunissant les principaux belligérants de la guerre mondiale. Puis d’un Conseil suprême de quatre membres : les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l’Italie. Et enfin, de facto, d’un Conseil des Trois ne réunissant que les Anglo-Saxons et la France, c’est-à-dire les trois pays disposant réellement d’une puissance économique et militaire. Ou plutôt leurs chefs : Wilson ; le premier ministre britannique David Lloyd George ; et le président du conseil français, Georges Clémenceau.

Troisième entorse : non seulement ces trois hommes décident de tout en dernier ressort, mais ils le font entre eux, sans témoins, et même sans interprètes. Car Clémenceau, qui a vécu aux Etats-Unis de 1865 à 1870 et qui s’y était marié, parle anglais couramment. On est bien loin de la « transparence » que prétend instaurer Wilson. Mais ce dernier n’a plus le choix : le temps presse. L’Europe orientale et centrale est en proie aux révolutions communistes (Russie, Hongrie, Bavière), aux contre-révolutions nationalistes ou monarchistes, aux guerres civiles. Aux Etats-Unis, l’opinion est de plus en plus perplexe : Wilson doit même retourner brièvement aux Etats-Unis, du 14 février au 8 mars, pour la rassurer. Le président américain sent aussi, confusément, que sa santé s’altère : de fait, il sera terrassé par un AVC au mois d’octobre.

Résultat : un traité signé le 28 juin 1919 à Versailles – seconde allusion à 1871 – et une demi-douzaine de traités secondaires signés dans d’autres châteaux d’Ile-de-France, Saint-Germain-en-Laye, Trianon, Neuilly, Sèvres. « Un mouton à trois pattes », dira Clémenceau. C’est-à-dire un empilement de contradictions. L’historien français Jacques Bainville le dissèque dans un livre publié en 1920, Les Conséquences politiques de la paix. A l’Allemagne et à l’Autriche on impose un « diktat » (amputations territoriales, démilitarisation, réparations financières à verser aux Alliés) mais on refuse une fusion qui eût pourtant été conforme au principe wilsonien d’autodétermination. Et de plus, comme le note Bainville, on maintient l’unité du Reich bismarckien. C’est donc créer les conditions d’une future revanche, « dans vingt ans au plus tard ».

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Même demi-mesures et même arbitraire dans le reste de l’Europe : la France n’obtient pas la rive gauche du Rhin, qui lui paraissait être le gage de sa future sécurité, ni l’Italie la Dalmatie ; la Hongrie est mutilée, la moitié des populations de langue magyare passant sous le contrôle de nations étrangères ; la « sécurité collective » repose sur des Etats fragiles, parce qu’improvisés et composites, Pologne, Tchécoslovaquie, Roumanie, Yougoslavie… En Orient, les Français et les Britanniques se partagent – sous la forme de « mandats » humanitaires – les territoires arrachés aux Turcs. En Afrique et dans le Pacifique, ils s’octroient les anciennes colonies allemandes dans les mêmes conditions, non sans accorder au passage le Rwanda et l’Urundi aux Belges.

Ces imperfections auraient peut-être été corrigées dans le cadre de la Société des Nations proposée par Wilson. Mais si celle-ci est bien instituée par le traité de Versailles, elle est désavouée dans le pays qui aurait du en être la clé de voute : les Etats-Unis eux-mêmes. Wilson paie en effet le prix du mépris qu’il avait manifesté envers l’opposition républicaine en décembre 1918. Maitresse du Sénat, celle-ci refuse le 19 novembre 1919 la ratification du traité, et par voie de conséquence l’adhésion américaine à la nouvelle organisation. Wilson n’est plus physiquement en mesure, à ce moment, de convaincre ses adversaires ou du moins d’amener quelques-uns d’entre eux à voter pour lui. Sa femme et son cabinet dissimuleront en partie son état de santé jusqu’à la fin de son second mandat ; mais ils ne pourront se substituer à lui dans des entrevues privées.

Sans les Etats-Unis, le traité n’est plus qu’un « chiffon de papier » et la SDN un vœu pieux, comme le créateur de la Turquie moderne, Mustafa Kemal Atatürk, le rappellera en 1936 dans un entretien avec le général Douglas MacArthur : « Messieurs les Américains, si vous ne vous étiez pas retirés des affaires européennes après 1919 et si vous aviez réellement mis en oeuvre le programme énoncé par Wilson, nous n’en serions pas là. »

Un leçon que les Américains retiendront en 1945, quand ils adhéreront à l’organisation qui remplacera la SDN : l’Onu. Et quand ils se pourvoiront d’un siège permanent, avec droit de veto, à un nouveau « Conseil suprême » : le Conseil de Sécurité.

Paris 1919 : Six Months That Changed The World. Par Margaret MacMillan, Random, 2003. 570 pages, 18,50 euros. (Margaret MacMillan est l’arrière-petite-fille de David Lloyd George).

© Michel Gurfinkiel & Valeurs Actuelles, 2018

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