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Publié par Dreuz Info le 27 novembre 2018

Enquête – Parmi les Français qui manifestent depuis quinze jours, les ruraux et les périurbains sont majoritaires. Souvent des habitants de pavillons, éloignés des centres-villes, dépendants de leur voiture pour aller travailler et endettés. Enquête sur ces villages champignons qui broient du noir, s’estiment méprisés et sont bien décidés à le faire savoir.

«Quand les avions passent à basse altitude au-dessus du lotissement, on se dit: “Tiens, c’est les Parisiens qui, eux, peuvent partir en vacances. Et, en plus, ils nous lâchent du kérosène.”» Parole d’un propriétaire d’un pavillon de 250 mètres carrés et d’un vaste terrain, achetés dans les années 1980 comme une promesse de cadre idéal pour voir grandir sa famille. Trente ans plus tard, Bruno déchante: «Les trains en retard pour aller travailler à Paris, les deux voitures indispensables pour les allées et venues des trois enfants et un bien immobilier qui se déprécie. On est la classe moyenne qui décroche et les rancœurs s’accumulent. Moi aussi, jeune homme, j’ai été bobo en scooter à Paris. J’ai donc vécu des deux côtés de la barricade.» Le salarié d’une entreprise de communication est désormais dans le camp des «assignés à résidence».

Quatre-vingt kilomètres séparent les «Yvelines Sud», où vivent Bruno et sa famille, de Noisiel, en Seine-et-Marne, où habite Jean-Pierre, employé chez Veolia. «Il ne se passe rien ici. Les adolescents s’ennuient. Pour les occuper, on fait des kilomètres, on les traîne dans les centres commerciaux et on dépense de l’argent. Tout ce qui était positif quand on est arrivé en 1995 a tourné court. La convivialité entre voisins a disparu. On est devenus méfiants. Même le trafic de drogue fait maintenant des ravages. Ça fait trois ans que je cherche à vendre», confie celui qui affiche un gilet jaune sur son tableau de bord en signe d’appartenance au mouvement.

La déprime, cette «France périphérique» du géographe Christophe Guilluy «qui attend d’être intégrée économiquement et respectée culturellement» sert aussi de trame au dernier prix Goncourt (1): «Leur vie durant, les parents d’Anthony avaient eu cette ambition: construire (une maison). Il ne restait plus que vingt ans de traites pour la posséder vraiment. Les murs étaient en placo […]. L’hiver, le chauffage électrique produisait un peu de chaleur et des factures phénoménales. À part cela, deux chambres, une cuisine intégrée, un canapé cuir et un vaisselier avec du Lunéville.»

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Pris dans l’engrenage

Le roman se situe dans les années 1990 mais, jusqu’ici, cette France était restée silencieuse. Elle a relevé la tête lors des grèves SNCF du printemps dernier. Privés de train, les banlieusards, se sentant définitivement exclus des métropoles, ont commencé à donner de la voix sur les réseaux sociaux. Et ce ne sont sans doute pas les annonces du gouvernement qui vont aujourd’hui les faire taire. «Ils nous parlent de fin du monde mais, nous, on n’arrive pas à boucler nos fins de mois», martèlent-ils dans leurs slogans.

Le «rêve pavillonnaire» a longtemps fait briller les yeux de millions de Français. Encouragé dès les années Giscard par l’accession à la propriété, censée favoriser un électorat de droite. Séduisant aussi pour une classe moyenne qui croyait en l’ascenseur social et voulait s’éloigner des grands ensembles. Entre 1968 et 2011, la population périurbaine est passée de 9,4 millions à 15,3 millions (2). Et ce «périurbain» est à 90 % de l’habitat individuel, dont la moitié organisée en lotissements. Autre donnée, fournie par le sociologue Jean Viard: 80 % des Français vont travailler chaque jour en voiture, dont 40 % n’ont pas d’alternative. La distance moyenne parcourue pour aller travailler est de 50 km par jour. Dans le seul département de Seine-et-Marne, 14.000 nouveaux habitants s’installent chaque année dans des lotissements. «Quand ils résident dans des villes comme Nangis, Montereau ou Provins et travaillent à Paris, ces “commuters” ont quatre heures de trajet par jour. Ils sont épuisés. Leurs enfants sont livrés à eux-mêmes à la sortie de l’école. Les plats sont décongelés à la va-vite au micro-ondes. Le coût social et le gâchis humain sont immenses», décrit Jean-Louis Thiériot, maire de Beauvoir (200 habitants), aux confins de la Brie, ancien président du conseil général et député LR. Qui regrette que ces questions «passent largement au-dessus de la tête» de ses collègues LaREM, «primo-entrants à l’Assemblée, jeunes et urbains».

Mais pourquoi les élus continuent-ils depuis des décennies à multiplier cet habitat horizontal, très gourmand en carbone et sans âme? En réalité, les maires sont, eux aussi, «contraints». Pour garder une école, une gendarmerie ou la Poste, il faut se battre. Et toujours accroître sa population afin d’obtenir des subventions. «Comment faire? En créant des lotissements abordables, on y parvient, mais c’est un système sans fin. Un engrenage et un accélérateur de nos problèmes quotidiens», poursuit l’élu de Seine-et-Marne.

Un «rêve amer»

Outre les déconvenues financières – une maison qui vaut moins qu’à l’achat, des crédits qui plombent les fins de mois et, évidemment, la hausse des carburants -, c’est le sentiment de déclassement qui nourrit la grogne. «Cette impression d’avoir tout faux, on l’a en nous. Et les politiques enfoncent le clou en nous faisant comprendre qu’on a un mode de vie nul», soupire Bruno. Un fossé que le communicant Nicolas Corato, fondateur du think-tank Place de la République, a vu se creuser: «Les valeurs prônées aujourd’hui sont à l’opposé du mode de vie dans ces zones pavillonnaires.»

La charge supposée de Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, sur «ces Français qui fument des clopes et roulent au diesel» a laissé des traces. Tout comme la sortie d’Emmanuel Macron lors d’un déplacement en Corrèze devant les salariés de GM&S – «Il y en a certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux d’aller regarder s’ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas» -, en référence à une fonderie située à 30 km qui cherchait en vain à recruter.

Samedi dernier, au soir même de la manifestation qui avait mal tourné sur les Champs-Élysées, Patrick, «gilet jaune» de Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), pestait contre ces gouvernants qui «nous disent qu’on est nazes. Qu’ils fassent attention. Jusqu’ici, on était désespérés tout seuls, maintenant, on l’est tous ensemble! On est des gens de peu dans ces lotissements et, aujourd’hui, on est prêts à tout. Le rêve est amer».

«La France amère», c’est justement le titre d’une étude menée par Yves-Marie Cann, qui, en 2014, était directeur en charge de l’opinion à l’institut CSA. Parmi les catégories de Français étudiées, celle de cette «classe moyenne moyenne» montrait une rancœur accumulée pendant des années. Une population qui avait un vote protestataire supérieur aux autres catégories sociales mais qui glissait néanmoins un bulletin dans l’urne. Une population qui a pu également voter Macron en 2017 et qui s’estime «trahie». Des hommes et des femmes qui se lamentent, se décrivant «trop riches pour bénéficier d’aides, mais pas suffisamment pour bien vivre». Une composante de ce «peuple central» sur lequel Marine Le Pen mise désormais. Le Rassemblement national est très présent parmi les «gilets jaunes». «Le vote RN est plus élevé qu’ailleurs, dans ces lotissements. On l’appelle “le vote des haies de thuyas”, allusion à un mode de vie renfermé qui engendre un comportement électoral. Marine Le Pen a fait son pic de 26 % au premier tour à 30 km du cœur des grandes villes. Le vote frontiste suit le développement de cet étalement urbain. En 2002, pour Jean-Marie Le Pen, c’était à 20 km», explique Jérôme Fourquet, directeur du département opinion et stratégies d’entreprise de l’Ifop. En effet, plus les années passent, plus les lotissements s’éloignent des centres-villes, des axes routiers et des transports publics. Des pavillons poussent désormais à la place de champs de betteraves ou de maïs, sans aucun relais avec le monde extérieur. «La fracture numérique s’ajoute à la dépendance vis-à-vis de la voiture», note Jean-Louis Thiériot, qui déplore encore le départ d’un designer industriel installé sur sa commune. L’entrepreneur voulait créer des emplois, mais se heurtait à l’absence de connexion haut débit, indispensable pour travailler avec ses clients et ses fournisseurs.

Aux ronds-points et sur les parkings des centres commerciaux, des artisans, des employés, des retraités, des fonctionnaires et beaucoup de femmes parmi les gilets fluo. Une France moyenne blanche. La France de Johnny. La France qui se lève tôt. Qui, sur les barrages, parle beaucoup des fins de mois difficiles, râle contre les 80 km/h et la multiplication des radars, ne supporte plus le «matraquage fiscal». Mais qui travaille. Pas une France de la misère, loin de là. «Ces habitants de lotissements se sont placés dans une situation de vulnérabilité. Ils voulaient du foncier pas cher. Ils voulaient les services de la ville dans un décor de campagne. Ils aspiraient à une vie rassurante entre semblables. Mais ils ont sous-estimé le poste “carburant” de leur budget. Ils n’ont pas réalisé qu’une hausse de quelques centimes du prix de l’essence mettrait à mal leur modèle économique», souligne Jean-Nicolas Fauchille, urbaniste, qui enseigne à l’École polytechnique fédérale de Lausanne.

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«On se sent piégés»

Une désillusion que vit chaque jour Marc, employé de mairie à Montpellier et logé à Lodève, à 54 km de là: «Cette maison proprette qu’on a bichonnée tous les week-ends, ce grand terrain et cette piscine, on les a parfois en horreur. Avec nos deux voitures diesel, on se sent piégés.» Bruno, l’habitant des Yvelines, confirme: «Pour remplir les réservoirs de nos deux voitures, cela nous coûte 200 à 250 euros par mois.» Un notaire de la Sarthe ironise sur ces couples qu’il voit deux fois en cinq ans. La première pour signer l’achat du pavillon. La seconde où, à force de se disputer dans les magasins de bricolage, ils divorcent.

À l’heure de la transition écologique, ce «tout-voiture» incite les urbanistes à penser différemment le développement urbain. «Après des années de gâchis, certains élus commencent à comprendre que ce maillage de voies rapides et de rocades sur lequel viennent se plugger des lotissements n’a pas d’avenir et veulent changer de modèle. C’est peut-être la fin du credo “No parking, no business”, imposé par les hypermarchés. Pour éviter l’éloignement, on cherche à densifier l’habitat proche des centres-villes en construisant des maisons jumelées, des maisons superposées, voire des logements sur d’anciens parkings, détaille David Mangin, architecte urbaniste, auteur de La Ville franchisée (3). C’est une autre façon de faire de la maison individuelle mais, bien sûr, ce n’est plus le “petit château avec sa voiture à côté”.»

Bruno, l’habitant des «Yvelines sud», ne rêvait pas d’un château, juste d’une maison agréable. Il n’avait pas imaginé que son éloignement lui attirerait des sarcasmes: «Quand je sors à Paris le samedi soir, je suis obligé de quitter la table à 22 heures pour attraper le dernier train à Montparnasse. Quand mes amis ironisent: “Tu te couches avec les poules”,ça m’achève.»

(1) «Leurs enfants après eux» de Nicolas Mathieu, Actes Sud.

(2) «La Question périurbaine: enquête sur la croissance et la diversité des espaces périphériques» dans la Revue française de sociologie, 2016.

(3) Les éditions de la Villette, 2010.

Source : Lefigaro

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