Publié par Gaia - Dreuz le 25 novembre 2018

Cuba, Chine, pays arabes: avant sa prise de fonction en janvier, le leader brésilien mulitiple les déclarations choc.

Jair Bolsonaro, qui deviendra officiellement président le 1er janvier prochain, fait déjà des étincelles sur la scène internationale. A la manière du président américain, qu’il admire, ce « Trump tropical » multiplie les déclarations, initiatives et provocations qui le positionnent déjà comme un chef d’État disruptif.

Pour commencer, il vient d’interrompre le programme d’assistance médicale par lequel, depuis cinq ans, Cuba « loue » 8.300 médecins au Brésil afin que ceux-ci interviennent dans des régions reculées où l’accès aux soins est quasi inexistant. Ce vendredi, les premiers docteurs cubains ont commencé à quitter le Brésil par des vols Brasilia-La Havane. Les opérations de rapatriements s’étaleront jusqu’au 12 décembre.

Un scandale? Pas exactement. Sur ce dossier précis, Bolsonaro a raison. Car selon l’accord signé en 2013 entre les gouvernements de Dilma Rousseff et Raúl Castro, les médecins reçoivent seulement 30% de leur salaire tandis que les 70% restants reviennent directement à la dictature cubaine. De plus, les docteurs expatriés ne sont pas autorisés à emmener leurs familles au Brésil. Afin de réduire les risques de défections, celles-ci sont en effet retenues « en otage » sur la grande île castriste…

Quoique signés sous l’égide de l’Organisation panaméricaine de la santé (une agence des Nations Unies qui dépend de l’Organisation mondiale de la Santé, l’OMS), ces contrats de travail sont contraires aux principes de l’organisation internationale du travail (OIT), une autre agence des Nations Unies.

« Il est scandaleux qu’une organisation internationale comme la PAHO n’ait formulé aucune objection contre une telle exploitation des docteurs cubains », a déclaré José Miguel Vivanco qui dirige la branche Amérique de l’ONG Human Rights Watch.

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Quand Bolsonaro attaque Pékin

Mais Cuba n’est pas le seul adversaire déclaré du futur président brésilien. Durant sa campagne électorale, ce populiste n’a cessé d’attaquer la Chine. « La Chine ne fait pas des achats au Brésil ; la Chine achète le Brésil ! » martelait Bolsonaro durant sa campagne, imitant la rhétorique de Donald Trump.

La logique d’une telle attaque verbale n’est pas évidente à saisir. La Chine est en effet un partenaire commercial essentiel pour le géant sud-américain. L’empire du Milieu est aussi l’un de ses principaux investisseurs au Brésil. Le futur vice-président brésilien, un ancien général nommé Hamilton Mourão, s’est d’ailleurs senti obliger de nuancer les propos de son chef.

« La rhétorique du président n’est pas toujours alignée sur la réalité, a-t-il corrigé. La Chine n’achète pas le Brésil, tout simplement parce que personne ne peut acheter le Brésil. La politique étrangère brésilienne a toujours été pragmatique. Nous devons maintenir cet équilibre. »

Selon Matias Spektor, professeur de relations internationales de la Fondatio Getulio Vargas, cité par le Financial Times, une bataille feutrée se déroule dans les coulisses de Brasília pour le contrôle de la politique étrangère.

Un premier groupe, modéré et pragmatique, est conduit par le vice-président Mourão et l’ex-général Augusto Heleno, jadis en charge du maintien de la paix à Haïti et futur conseiller à la sécurité nationale.

L’autre ligne politique, plus idéologique, est tenue par Eduardo Bolsonaro, le fils du président élu au Congrès le mois dernier avec un nombre record de suffrages. Admirateur du populiste italien Matteo Salvini, Bolsonaro junior est également un fan de l’Américain Steve Bannon auprès duquel il apparaît sur une photo postée sur son compte Twitter.

Il s’appuie sur un autre trumpiste, Ernesto Auraujo, 51 ans, nommé au poste de ministre des Affaires étrangères. Diplomate de carrière, ce dernier a pour le moins effrayé ses collègues de l’Itamaraty (le ministère des affaires étrangères) en publiant, l’année dernière, un texte de 36 pages faisant l’éloge du président américain. Selon lui, Trump n’est pas un dirigeant impulsif, erratique, imprévisible et autoritaire mais un homme qui représente « la réappropriation du passé symbolique, historique et culturel des nations occidentales ».

Il veut transférer l’ambassade du Brésil à Jerusalem

Autre dossier prioritaire de Bolsonaro: Israël. Comme Trump, le président brésilien a annoncé son intention de transférer l’ambassade du Brésil de Tel-Aviv à Jérusalem. Ce qui ravit les évangéliques, lesquels représentent 30% de la population brésilienne (ils sont très majoritairement « bolsonaristes »). Ce n’est pas tout : l’ancien capitaine de l’armée de terre a aussi laissé entendre que le Brésil pourrait fermer la représentation diplomatique palestinienne, à Brasília. Des prises de position qui cadrent mal avec la politique commerciale du Brésil. Ce géant de l’agro business exporte en effet beaucoup de produits agricoles vers les pays arabes.

Une certitude: le populiste Bolsonaro entend défaire la politique multilatérale mise en oeuvre sous la présidence Lula et axée sur le dialogue Sud-Sud. Son conflit idéologique avec Cuba et sa dénonciation du Venezuela, qu’il qualifie de dictature (Macron et Trump en font de même) en témoignent. Jair Bolsonaro rompt avec la tradition consensuelle et multilatérale de la diplomatie brésilienne, parfois surnommée diplomatie « arc-en-ciel ».

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La gauche n’est plus hégémonique en Amérique latine

A l’échelle de l’Amérique latine, l’avènement de Bolsonaro achève de redéfinir les relations internationales et le rapport de force droite-gauche. Au début du millénaire, le continent était largement dominé par des gouvernements allant du rose (Michelle Bachelet au Chili, « Pepe » Mujica en Uruguay) au rouge (Castro à Cuba, Chavez à Cuba), en passant par Lula au Brésil et le couple Kirchner en Argentine.

Outre la Colombie, ancrée à droite depuis longtemps, ce sont maintenant l’Argentine, le Chili et surtout le Brésil – premier pays latino américain par sa population (210 millions d’âmes) et son PIB — qui font pencher la balance côté conservateur. Désespérés par l’échec fracassant de la révolution bolivarienne au Venezuela comme par désillusion des années Lula au Brésil, la gauche tourne maintenant ses regards vers le Mexique (130 millions d’habitants). A partir de la semaine prochaine, le 1er décembre exactement, ce mastodonte latino, qui est deuxième économie de la région, sera dirigé par un certain Andres Manuel Lopez Obrador, la nouvelle figure présidentielle de la gauche latino.

Source : Lexpress

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