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Publié par Jean-Patrick Grumberg le 15 décembre 2018

« Donald Trump est un des meilleurs présidents américains que j’aie jamais vus » : a déclaré l’auteur Michel Houellebecq au très anti-Trump magazine Harper’s qui a dû s’étrangler !

Après une longue tirade très mal informée sur la démocratie américaine, une remarque assez juste sur le fait que la gauche américaine a totalement abandonné le combat pour la liberté de la presse, et une comparaison hasardeuse de la politique étrangère d’Obama et de Trump qui montre qu’il n’a pas bien compris les ressorts qui motivent Trump, Houellebecq plonge le bec dans ce que le président américain fait de bien, de son point de vue français.

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« Ce qui est le plus remarquable dans la nouvelle politique américaine, c’est certainement la position du pays sur le commerce, et là, Trump a été comme une bouffée d’air frais ; vous avez vraiment bien fait d’élire un président dont les origines se trouvent dans ce qu’on appelle la « société civile », dit Houellebecq.

« Le président Trump déchire les traités et les accords commerciaux quand il pense que c’était mal de les signer. Il a raison à ce sujet ; les dirigeants doivent savoir comment utiliser la période de réflexion et se retirer des mauvaises affaires. » [Houellebeck a manqué de préciser pourquoi Trump considère qu’un accord est bon ou pas. Le président applique un test simple : profitent-ils oui ou non au peuple américain]

Ce qui vient est plus douteux – en fait Houellebecq, comme beaucoup d’intellectuels français – se mélange les pinceaux avec des concepts économiques qu’il ne comprend pas bien.

« Contrairement aux libéraux [on ne sait pas si Houellebeck parle des « libéraux » au sens français du terme, ou au sens américain, qui veut dire gauchistes, et que le traducteur aurait mal traduit] du libre marché (qui sont, à leur manière, aussi fanatiques que les communistes), le président Trump ne considère pas le libre-échange mondial comme l’unique finalité du progrès humain [là-dessus, Houellebecq se goure, il n’a pas écouté les propos de Trump qui a plusieurs fois déclaré qu’il est pour le libre-échange total, et il n’a pas pigé que les libéraux ne voient pas le libre-échange comme une fin mais une façon de foutre la paix aux gens qui savent faire des affaires et du commerce]. Lorsque le libre-échange favorise les intérêts américains, le président Trump est en faveur du libre-échange [ben non] ; dans le cas contraire, il trouve les mesures protectionnistes démodées tout à fait appropriées [ben encore non, Houellebecq se met le doigt dans l’oeil, qu’il lise le contenu des nouveaux accords commerciaux avec le Canada et le Mexique – qui n’ont d’ailleurs pas encore été ratifiés par le Sénat].

« Le président Trump a été élu pour défendre les intérêts des travailleurs américains ; il défend les intérêts des travailleurs américains. Au cours des cinquante dernières années en France, on aurait souhaité rencontrer plus souvent ce genre d’attitude. »

Là, l’auteur a raison, et un superbe graphique animé montre l’évolution de la politique économique américaine et le succès du capitalisme et du libéralisme :

L’Europe, une idée stupide qui a tourné au cauchemar

« Le Président Trump n’aime pas l’Union européenne, poursuit l’auteur français. Il pense que nous n’avons pas beaucoup en commun, surtout pas de ‘valeurs’ ; et je dis que c’est heureux, parce que, quelles valeurs ? « Droits de l’homme » ? Sérieusement ? Il [Trump] préfère négocier directement avec les différents pays, et je crois que c’est en fait préférable ; je ne pense pas que l’union fasse nécessairement la force [il suffit de voir la Suisse ou Israël pour s’en convaincre].

Je crois qu’en Europe, nous n’avons ni langage commun, ni valeurs communes, ni intérêts communs, qu’en un mot, l’Europe n’existe pas, et qu’elle ne constituera jamais un peuple et ne soutiendra jamais une possible démocratie (voir l’étymologie du terme), simplement parce qu’elle ne veut pas être un peuple. Bref, l’Europe n’est qu’une idée stupide qui s’est peu à peu transformée en cauchemar, dont nous finirons par nous réveiller.

Et dans son espoir d’un « États-Unis d’Europe », référence évidente aux États-Unis, Victor Hugo n’a fait que prouver sa grandiloquence et sa stupidité ; cela me fait toujours un peu de bien de critiquer Victor Hugo.

En toute logique, le président Trump s’est réjoui de Brexit. En toute logique, moi aussi. Mon seul regret est que les Britanniques se soient montrés une fois de plus, plus courageux que nous face à l’empire. Les Britanniques me tapent sur les nerfs, mais on ne peut nier leur courage. »

La Russie n’est pas le guide universel de l’humanité

« Le Président Trump ne considère pas Vladimir Poutine comme un partenaire avec lequel il est indigne de négocier ; moi non plus. Je ne crois pas qu’on ait assigné à la Russie le rôle de guide universel de l’humanité – mon admiration pour Dostoïevski ne va pas aussi loin – mais j’admire la persistance de l’orthodoxie sur ses propres terres, je pense que le catholicisme romain ferait bien de s’en inspirer, et je crois que le « dialogue œcuménique » pourrait se limiter à un dialogue avec l’Eglise orthodoxe (le Christianisme est une « religion du Livre », comme on dit trop rapidement ; c’est aussi, et peut-être surtout, une religion de l’Incarnation). Je suis douloureusement conscient que le Grand Schisme de 1054 a été, pour l’Europe chrétienne, le début de la fin ; mais d’un autre côté, je crois que la fin n’est jamais certaine avant qu’elle n’arrive.

Il semble que le président Trump ait même réussi à dompter le fou nord-coréen ; j’ai trouvé cet exploit très classe.

Il semble que le président Trump ait récemment déclaré : « Vous savez ce que je suis ? Je suis nationaliste ! » [Je confirme]. Moi aussi, précisément. Les nationalistes peuvent se parler entre eux ; avec les internationalistes, curieusement, parler ne fonctionne pas si bien. »

L’un des meilleurs présidents que j’aie jamais vus

« En résumé, le président Trump me semble être l’un des meilleurs présidents américains que j’aie jamais vus.

Il faut s’habituer à l’idée, digne peuple américain : en fin de compte, peut-être que Donald Trump aura été une épreuve nécessaire pour vous. Et vous serez toujours les bienvenus en tant que touristes. »

Conclusion

Les remarques de Houellebecq sont plutôt justes, mais elles ne m’ont pas particulièrement impressionné. Je n’ai rien lu d’original, et il n’a pas exactement découvert l’eau tiède. On le dit provocateur, je peine à découvrir la provocation dans ses propos. De nombreux commentateurs américains ont des réflexions bien plus élaborées sur le président américain. Houellebecq reste assez superficiel. Mais il sort du lot des moutons anti-Trump, c’est déjà ça et ça mérite d’être salué.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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